BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Les Roses, un volume avec planches, chez J. Rothschild. --Il y a des mots qui sont, pour ainsi dire, odorants, celui-ci entre autres, ce joli mot, le mot rose. On aime à l'écrire. Il évoque tout un monde de souvenirs ensoleillés et de parfums. Redoutté, le fameux peintre de fleurs, aima par-dessus tout les roses. Cette passion se conçoit; Quelle fleur égala celle-ci? Elle a sa légende: les Grecs voulaient qu'elle fût devenue vermeille parce qu'elle avait été teinte du sang de Vénus, disaient les uns, du sang d'Adonis, disaient les autres. Un chrétien, mieux que cela un saint, s'il vous plaît, saint Basile, prétend qu'à la naissance du monde toute rose était sans épines. Les épines poussèrent à mesure que les hommes eurent ta sottise de mépriser la beauté des roses.

M. J. Rothschild, un éditeur artiste entre tous, et qui nous donnait, il y a quelques années, de si beaux volumes sur les Plantes au feuillage coloré, sans compter l'admirable publication de M. Alphand, les Promenades de Paris et les livres du Dr Hœfer, le Monde des bois, etc, M. Rothschild a publié tout un volume sur les Roses et tout un volume sur les Pensées. Je ne sais rien de plus réussi que ces publications qui, par les chromolithographies, mettent sous nos yeux la nature même, la fleur, en quelque sorte vivante avec sa couleur. Que d'espèces de roses, fort inconnues, et que nous pouvons admirer ainsi! De tels livres sont plus que des livres, en vérité, ce sont de véritables parterres. Je vous garantis que le peintre Redoutté ou Saint-Jean encore en seraient jaloux.

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PLAN DU COMBAT NAVAL DE CARTHAGÈNE.

Depuis longtemps je devais signaler ce beau volume à l'attention des amateurs. Il a fait son chemin et il est devenu quasi célèbre sans moi; mais il est toujours temps de le louer comme il le mérite. Ce n'est point le seul livre de ce genre qui honore le nom de M. J. Rothschild. Que de publications à la fois scientifiques et artistiques entreprises par ce même éditeur! il a une bibliothèque florale, si je puis dire, et en même temps une bibliothèque hippique. Son livre, le Cheval, et son très-curieux volume sur les Haras, avec les portraits des éleveurs, des entraîneurs, des jockeys, sont d'une utilité absolue pour tous ceux qui, comme moi (je l'avoue à ma honte), sont de purs ignorants en matière de turf.

Mais je préfère encore ce joli livre les Roses, et je le regarderai longtemps encore lorsque la renommée de Boïard aura rejoint, parmi les vieilles lunes, la gloire d'Isabelle la bouquetière et celle de Gladiateur.

Les Amours parisiens, par M. Ch. Diquet. (1 vol. in-18. Dentu.)--L'auteur d'un roman dont nous parlions ici naguère, la Vierge aux cheveux d'or, M. Ch. Diquet, vient de publier sous ce titre un volume orné de gravures, qui ne vaut pas son précédent récit. J'aime peu ce genre de littérature aphrodisiaque, et ces petites historiettes de boudoir me semblent aujourd'hui des anachronismes. Trop de poudre de riz et d'eau de Lubin. Ces odeurs de Paris montent à présent à la tête et donnent la migraine. M. Biquet a certes assez de talent pour faire autre chose. Il était mieux inspiré lorsqu'il écrivait des vers pour l'Alsace et la Lorraine. Quelle idée lui a pris de recommencer, sous forme de dialogue, un roman beaucoup trop célèbre de M. Belot, et dont je ne veux même point donner le titre? Nous finirions par faire croire que de pareilles mœurs sont celles de la majorité de Paris. Laissons nos ennemis nous appeler la moderne Babylone. Il faut en rire, mais ne pas travailler, je pense, à leur donner un semblant de raison.

Histoires à sensation, par M. Pierre Boyer. (1 vol in-18. Lib. de la Société des gens de lettres.)--Voici un livre tout spécial et qui dénote un tempérament vigoureux d'observateur. M. Pierre Boyer, qui l'a signé, nous était déjà connu pour avoir publié, sous ce titre: Une brune, des scènes de la vie d'étudiant ou plutôt de carabin, qui ne manquaient pas du tout de saveur. Ce n'était pas du Murger, cela était plus réaliste; ce n'était pas du Champfleury, cela était plus artistique. On retrouvera le même talent, mais plus précis peut-être dans ces à sensation. Qu'on n'oublie pas que la plupart du temps c'est un peu un médecin qui conte. M. Boyer se déclare partisan de la littérature positive. Ce sont donc des faits et des choses vues plutôt que des choses imaginées qu'il met en scène. En ce genre, je ne crois pas qu'on puisse aller plus loin, dans la description de l'horrible, que dans le morceau que l'auteur appelle Tableau de famille. C'est la description d'un amphithéâtre d'hôpital. Je préfère de beaucoup l'admirable,--je maintiens le mot,--l'admirable épisode auquel M. Boyer a donné pour titre Un héros sans le savoir. C'est la description d'une opération faite par le professeur Velpeau sur un homme atteint du cancer des fumeurs. Il s'agit de l'ablation d'une partie de la mâchoire. Or l'homme supporte tout avec une patience incroyable, un sang-froid suprême, et se contente de dire parfois à Velpeau «avec ce qui lui reste de bouche»:--Cela va bien, continuez! La façon dont ce récit est conduit fait grand honneur à M. P. Boyer. L'opération littéraire est achevée de main de maître et l'auteur a eu raison de donner ce titre à son livre: Histoires à sensation. Il faudrait être insensible pour ne pas frissonner en le lisant.

Jules Claretie.

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:

Les médecins ne sont point d'accord sur ce qu'est le choléra.