BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Correspondance de Lamartine, publiée par Mme Valentine de Lamartine, (2 vol. in-8º).--Poésies inédites de Lamartine, (1 vol. in-8º.) (Chez Hachette et Cie.)--Mme Valentine de Lamartine vient de nous donner trois volumes nouveaux d'œuvres inédites du grand poète. Quand je dis œuvres, je devrais dire morceaux, car on ne saurait donner le nom d'œuvres à ces fragments de pièces de vers, à ces lettres, à ces billets de la vingtième année, qui sont fort utiles à qui veut écrire la biographie de l'auteur de Jocelyn, mais qui n'ajoutent, à proprement parler, rien à sa gloire. Et pourtant si, la Correspondance de jeunesse, qui va de 1807 à 1812, et les pœsies inédites que voici, servent à nous faire mieux connaître le poète, et, pour un homme comme Lamartine, être mieux connu c'est être plus aimé. On peut voir par des projets de débuts, premiers rêves de Lamartine, combien cette âme ardente aux premières heures de sa vie, dépensait déjà de génie encore mal formé, dans ses essais, dans les balbutiements de sa Muse. On ne saurait donner, sous peine d'abdiquer toute critique, la tragédie de Médée, qu'on nous présente ici, et les fragments de Zoraïde, comme des travaux qui eussent illustré le nom de Lamartine, mais ils n'en sont pas moins fort intéressants au point de vue de l'histoire littéraire. Il est, d'ailleurs, dans les Poésies inédites, des pages d'une valeur plus haute, et je citerai par exemple ce qui nous reste des Visions, ce grand poème épique, songe inachevé de la jeunesse de Lamartine.

«Je comprends d'autant mieux le plan de la Divine comédie, a écrit Lamartine dans son Cours de littérature que moi-même, hélas! mille fois inférieur en conception, en éloquence et en poésie au grand exilé de Florence, j'avais couru, dès ma jeunesse, une épopée, le grand rêve de ma vie, la seule épopée qui me paraisse aujourd'hui réalisable, sur un plan à peu près analogue au plan de la Divine comédie.» Il nous indique ensuite en quelques lignes ce que devait être ce poème, que l'homme,--et sa destinée présente, passée et future,--emplissaient tout entier. C'était en Italie, «après ces vagues souffrances de nerfs qui sont la croissance de l'esprit», que ce poème des Visions avait été projeté. «Je supposai deux Ames émanées le même jour, comme deux lueurs, du même rayon de Dieu; l'une mâle, l'autre femelle, comme si la loi universelle de la génération par l'amour, cette tendance passionnée de la dualité à l'unité, était une loi des essences immatérielles, de même qu'elle est la loi des êtres matériels animés», et ces deux âmes, le poète les promenait, les conduisait, de transfiguration en transfiguration, à travers les mondes et les siècles, pour les unir ensuite, en sa pensée, dans l'Être parfait. On voit quelle sorte de mysticisme philosophico-religieux emplissait, alors le cerveau de Lamartine. La réalité devait, au surplus, répondre ironiquement à ces songes dont le poète ne vit jamais la réalisation. «Mon poème, dit-il, après que je l'eus contemplé quelques années, creva sur ma tête comme une de ces bulles de savon colorées, en ne me laissant que quelques gouttes d'eau sur les doigts, ou plutôt quelques gouttes d'encre.»

Ce sont ces gouttes d'encre qu'on trouvera recueillies dans le volume des Poésies inédites, et l'on pourra se faire par elles une idée de ce qu'eût été l'épopée des amours d'Eloï et d'Adha, depuis leur création jusqu'au jour du jugement. L'auteur des Poèmes civiques, M. Victor de Laprade, qui a écrit pour ce volume une préface éloquente et attendrie, est d'avis que le fragment de la huitième Vision, intitulé le Chevalier, et qu'on publie dans le présent volume, est «un vrai type de la description et du génie pittoresque dans Lamartine». A mon avis, les descriptions de Jocelyn, et même celles de la Chute d'un ange, lui sont bien supérieures. Ce Chevalier de Lamartine est un peu trop habillé, selon mon goût, à la mode des troubadours de pendules: le cheval y est encore un palefroi, le vent y porte le nom de Zéphyre. Lamartine ne s'est pas complètement dégagé là de la phraséologie classique, ou plutôt fausse et fade des poètes de l'empire.

Je préfère à ces vers ceux qu'il adresse à l'ombre d'Alfieri ou à Mme Ristori:

Le marbre de Memnon sentait, bien qu'il fût pierre,

Mais son âme, ô soleil, n'était que la chaleur!

Nous pleurons, mais, avant de mouiller la paupière

Ces larmes de nos veux ont roulé de ton cœur!

On reconnaît, on retrouve là le véritable Lamartine, le poète des Méditations. Il y a bien un autre Lamartine, qui nous est également sympathique, c'est celui dont on pourrait dire ce que Sainte-Beuve a dit de Lamennais, qu'il a sauté, «comme à saute-mouton», du catholicisme à la démocratie. C'est le Lamartine tribun, le Lamartine patriote, le Lamartine homme d'État. Mais celui-là, dont M. Ch. de Mazade nous a conté l'existence dans un livre excellent, nous ne le rencontrons point dans ces premiers volumes. Le Lamartine que voici est semblable, intellectuellement parlant, au portrait que Flameng a gravé pour cette édition, et qui nous montre un jeune homme de vingt-trois ans, mince, fluet, admirablement beau, le profil pur, les cheveux frisés, vêtu de cet habit à collet haut auquel vous condamnait la mode d'alors. C'est le Lamartine sérieux et rêveur, sans doute, mais souriant aussi, de la Correspondance publiée par Mme Valentine de Lamartine.

Ce Lamartine de 1807 à 1812 est vraiment bien intéressant et parfois bien inattendu: il versifie, il s'amuse, il lit, il aime, il voyage, il raille, lui qui plus tard ne voudra plus savoir ce que c'est que la raillerie. Il fait des chansons, lui qui fera des odes. Il improvise sur l'air: Femmes, voulez-vous éprouver, etc.

Que j'aime à voir, dans mon jardin,

Rougir une rose nouvelle,

Et dans sa fraîcheur du matin,

M'offrir sa parure vermeille!

Mes amis, entre nous soit dit,

Ma belle et simple Éléonore,

Quand son modeste front rougit,

Me plaît bien davantage encore!

Rapprochez ces verselets des strophes superbes du Lac et des lamentations du Crucifix, et dites-moi si l'on pouvait soupçonner dans cet imitateur des poétereaux du XVIIIe siècle le grand poète du XIXe. C'est à ce titre que ces volumes sont particulièrement intéressants: nous étudions Lamartine dans l'œuf, si je puis dire. Ailleurs, le génie déploiera librement ses ailes. Ici, il les secoue et les essaie, et, après le triomphe d'un grand homme, je ne sais rien de plus captivant que ses premiers pas et ses premiers cris: l'apothéose a son prix et l'aurore a le sien. Or, à proprement parler, ce qu'on rencontrera dans cette Correspondance, et ces Poésies, c'est l'aurore de Lamartine.

Libération du territoire, par M. Albert Loustaunan. (Au profit de l'Œuvre des Alsaciens-Lorrains).--C'est là, avec la pièce célèbre de Victor Hugo, tout ce qu'a produit ce grand fait de l'évacuation du territoire. Quand j'aurai dit que les vers de M. Loustaunan ne valent pas ceux de V. Hugo, je n'étonnerai personne, mais il y a de l'émotion et un sentiment très-juste dans ces vers d'un poète, qui s'écrie:

Il n'aura point cessé notre asservissement

Tant que les prisonniers de l'Alsace-Lorraine,

Nos frères, gémiront sous la verge et la chaîne

D'un garde-chiourme allemand!

Les amours sauvages, par M. Paul Perret. (1 vol. in-18. Michel Lévy.)--M. Paul Perret a signé là son meilleur roman peut-être. Le contraste entre le caractère d'une femme, qui descend des Sarrazins, et le milieu provincial où elle est jetée est bien saisi, bien peint, avec des couleurs justes et suffisamment violentes. Ce roman avait déjà paru sous ce titre: La Sarrazine. Il mérite d'être lu et le sera avec plaisir.

Les Drames de la forêt, par M. Alexis Bouvier. M. Alexis Bouvier est un écrivain de l'école robuste, une sorte d'Amédée Rolland en prose. Il a publié, depuis un an, des romans vigoureux: les Pauvres, les Soldats du désespoir, Auguste Marette, des récits violents, trop violents parfois, mais mâles et hardis. Les Drames de la forêt sont de la même école et de la même venue. Le braconnage, les amours tragiques, les meurtres dans les fourrés, remplissent ces pages brutales et solides. Cette sève vaut mieux que bien des anémies, et on lit ces livres avec plaisir, sans fatigue et souvent avec beaucoup d'émotion.

Une gommeuse, par Camille Périer. (1 vol. in-18. Dentu.)--Les gommeux sont les successeurs des petits crevés, les héritiers des gandins, les fils des lions, les petits-neveux des muscadins. Ils ont changé de nom, selon les temps; mais, à toutes les époques, ils eussent pu se nommer les inutiles et même les nuisibles. Mme Camille Périer, quittant ses récits algériens, a voulu peindre un coin de la vie parisienne nouvelle. Elle a pris pour héroïne (quelle héroïne)! une gommeuse d'aujourd'hui, une merveilleuse d'autrefois. Peut-être a-t-elle poussé à l'horrible ce type de femme; peut-être l'a-t-elle présentée sous des couleurs trop sombres. Cette gommeuse est pis qu'une coquine, c'est une criminelle: sa scélératesse dépend de la cour d'assises. Le roman est d'ailleurs singulièrement attachant, et c'est un bon gros drame dans le genre de ceux qu'aimait ce pauvre Gaboriau. Il y a un public, et un public passionné pour ces œuvres.

Jules Claretie.

La vitrine du docteur Pierre, à l'Exposition universelle de Vienne.

EXPOSITION DE VIENNE
Vitrine du docteur Pierre
8, PLACE DE L'OPÉRA, PARIS

Le jury de l'exposition de Vienne vient de décerner la Médaille de Mérite à là Maison du docteur Pierre, consacrant encore, par cette récompense de haute valeur, les excellentes qualités de son Eau et de ses Poudres dentifrices, depuis longtemps déjà connues et justement appréciées.

Fondée en 1840, la maison du docteur Pierre est maintenant au premier rang de son industrie.

Nous donnons ici le dessin de sa vitrine à l'Exposition. On y trouve le bon goût, le fini, l'élégance qui l'ont toujours particulièrement distinguée et fait remarquer.

Nota.--La Médaille de Mérite accordée à la maison du docteur Pierre est la récompense la plus élevée obtenue par les dentifrices.

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:

Que de pendules n'ont point répondu à l'appel pour sonner l'heure de la libération du sol!...