ÉTATS-UNIS.

Un conflit extrêmement grave et qui va probablement précipiter le dénouement de l'insurrection dont l'île de Cuba est le théâtre depuis près de quatre ans, vient d'éclater entre les États-Unis et l'Espagne. Une dépêche parvenue à New-York, il y a huit jours, annonçait qu'un navire chargé de contrebande de guerre à destination des insurgés de Cuba, le Virginius, avait été capturé par l'escadre espagnole de blocus et conduit à Santiago, où, après un jugement sommaire, la plus grande partie de l'équipage avait été passée par les armes. Or, cet équipage se composait de citoyens américains et anglais, et le Virginius, au moment de la capture, naviguait sous pavillon des États-Unis. De là, grande émotion dans toute l'étendue de la république américaine; on sait quelles convoitises la reine des Antilles a toujours excitées chez les hommes politiques américains; l'acte de barbarie commis à Santiago venait de faire surgir l'occasion de satisfaire enfin ces convoitises; l'insulte faite au pavillon national, l'impuissance du gouvernement espagnol à en réprimer les imprudents auteurs, fournissaient au gouvernement de Washington un prétexte tout trouvé pour se faire justice lui-même par une intervention directe. Aussi l'opinion se prononça-t-elle avec énergie dans ce sens: malgré les protestations d'innocence du cabinet espagnol, le président tirant donnait l'ordre d'armer immédiatement la flotte américaine et les forts de la côte méridionale; en même temps, il déclarait que la question finale était réservée au Congrès, appelé à se réunir dans quelques jours, mais qu'il prenait dores et déjà toutes les mesures nécessaires pour le cas où cette décision aboutirait à la guerre. Telles sont, résumées en quelques mots, les informations acquises jusqu'à présent sur ce grave incident.

Le Congrès doit s'assembler le 1er décembre, et il est possible qu'un arrangement à l'amiable se produise avant cette date, mais on assure que dans le cas contraire la majorité du Congrès se prononcerait résolument pour la guerre, et en attendant le cabinet américain a nettement déclaré qu'il considérerait comme insuffisante, de la part de l'Espagne, toute réparation qui ne serait pas accompagnée de l'arrestation immédiate des auteurs des exécutions.

Nous avons dit plus haut qu'une partie de l'équipage du Virginius se composait de marins anglais. L'Angleterre est donc, elle aussi, intéressée dans la question, mais on paraît apprécier plus froidement les choses de l'autre côté du détroit.

S'il est incontestable que des exécutions sommaires comme celles qui ont eu lieu à Santiago constituent des actes indignes de peuples civilisés, il faut ajouter aussi que les règles du droit des gens applicables au cas particulier du Virginius ne laissent pas que de présenter une certaine obscurité. Des étrangers qui prennent une part active à une guerre civile perdent jusqu'à un certain point le bénéfice de leur nationalité et doivent renoncer, par ce seul fait, à la protection de la mère patrie. Quoi qu'il en suit, l'Angleterre a immédiatement envoyé un navire de guerre dans les eaux de Santiago, mais elle paraît décidée à attendre, avant d'agir, des explications complètes de la part du cabinet de Madrid.