ESPAGNE.
Les nouvelles venues des États-Unis pendant la semaine tendent à présenter sous un jour plus rassurant le différend survenu entre l'Amérique et l'Espagne au sujet de la prise du Virginius et du massacre des flibustiers qui le montaient. Rappelons d'abord que le Virginius était notoirement au service de l'insurrection cubaine, qu'il venait ouvertement s'approvisionner de contrebande de guerre, à destination de Cuba, dans le port de New-York, et qu'il en était à sa quatrième expédition de ce genre quand il fut pris par le Tornado dans les eaux de Santiago; que l'exaspération des Espagnols était, par conséquent, assez compréhensible, et que le cas de ce flibustier présente de frappantes analogies avec celui de l'Alabama au sujet duquel les États-Unis ont eux-mêmes eu maille à partir avec l'Angleterre. Ajoutons que, dans un intérêt de parti, les politiciens américains ont cherché à exploiter les exécutions de Santiago en excitant l'indignation publique pour s'en faire une arme contre le gouvernement du général Grant, disposé à voir les choses plus froidement et à n'agir qu'en connaissance de cause. Quoi qu'il en soit, d'après les dernières dépêches transmises par le câble transatlantique, le cabinet de Washington a décidé que le Virginius naviguait légalement avec un registre américain. Le général Sickles a reçu substantiellement pour instructions d'exiger de l'Espagne la restitution du Virginius, ainsi que les survivants de l'équipage et des passagers de ce navire; une excuse pour l'insulte faite aux États-Unis; une indemnité en faveur des parents des victimes; le châtiment des exécuteurs ou leur remise au gouvernement américain pour être par lui punis, et enfin la mise en vigueur immédiate des décrets portant restitution des biens et propriétés confisqués aux citoyens américains. Le ministre est également chargé de faire part au gouvernement de Madrid du vif désir du gouvernement américain de voir abolir l'esclavage.
L'opinion généralement établie dans les régions officielles est que la diplomatie parviendra à régler le différend; mais la situation, telle qu'elle est aujourd'hui, n'en est pas moins critique. Le sentiment public n'est pas précisément belliqueux, bien que certains journaux fassent des efforts suprêmes pour créer l'agitation. Les préparatifs militaires continuent. Une flotte de quarante-trois navires, portant un matériel de six cent quarante-trois pièces d'artillerie, a reçu l'ordre de se tenir prête au premier signal.