TERRE DE DÉSOLATION
Le glacier de Sermitualek dans la mer polaire.
Le paquebot transatlantique, Ville-du-Havre, coulé en pleine mer le 22 novembre.
Un parlement Groenlandais.
Gravure extraite de la Terre de désolation,
par le docteur J. J. Hayes. (Librairie Hachette et Cie.)
C'est du Groenland qu'il s'agit. Certes il est bien surnommé. Sans parler de ses côtes obstruées de glace et du plus difficile abord, il ne forme encore à l'intérieur qu'un amas confus de neiges, de glace et de montagnes, dont les fines aiguilles percent le ciel, surplombant des vallées à peine couvertes d'un tapis de mousse et sur lesquelles empiètent constamment les glaciers. Ces glaciers sont la grande curiosité du Groenland, ceux de la côte occidentale surtout. A leur hase, les blocs de glace ont la forme d'arcades magnifiques entre lesquelles sont d'énormes quartiers de glace précipités des hauteurs voisines, et que la marée, dans le reflux, entraîne à la mer. Quant aux habitants, ils ont la taille petite, les cheveux longs et noirs, le visage aplati, et le teint d'un jaune brun. L'hiver, qui est très-long et très-froid, ils habitent des huttes faites en pierre, et l'été, qui est aussi court que chaud, des tentes de forme conique. Les vues que nous publions du glacier de Sermitualek et d'une séance du parlement groenlandais donneront au lecteur une idée et de la nature du pays et de celle de ses habitants. Ces gravures sont extraites d'un nouvel ouvrage on ne peut plus attrayant que vient de publier la maison Hachette; La terre de désolation, traduit de l'anglais par M. E. Reclus.
NOS GRAVURES
Les nouveaux ministres
Dans l'histoire de la semaine de notre précédent numéro, nous avons donné la composition du ministère du 27 novembre. Quatre nouveaux membres y figurent: MM. Decazes, de Larcy, Depeyre et de Fourtou.
M. Decazes est âgé de cinquante-quatre ans. Il est entré dans la diplomatie sous les auspices de son père, le duc Decazes, et a représenté la France en Espagne et en Portugal. Rentré dans la vie privée sous l'Empire, il ne tenta d'en sortir, en 1869, que pour se faire battre aux élections pour le Corps législatif, par M. Chaix-d'Est-Ange fils, candidat officiel. Il fut envoyé à l'Assemblée nationale par le département de la Gironde, le 8 février 1871. Il y siège au centre droit, mais près des confins de la droite, et l'on sait que dans la commission des Trente, il a voté avec les commissaires de cette partie de l'Assemblée contre toute transaction entre MM. Thiers et Dufaure. Il a été l'un des ouvriers les plus actifs de la fusion pendant les vacances parlementaires. Il était, on le sait, ambassadeur de France en Angleterre depuis quelques semaines seulement lorsqu'il a été appelé au ministère des affaires étrangères.
M. de Larcy fut député de l'opposition sous Louis-Philippe, vota avec la majorité, après la révolution de Février, aux Assemblées constituante et législative, et protesta à la mairie du Xe arrondissement contre le coup d'État du 2 décembre. Envoyé en 1871 par le département du Gard à l'Assemblée nationale, il fut appelé aussitôt par M. Thiers au ministère des travaux publics, d'où il sortit, en 1872, à la suite de la manifestation des «bonnets à poils». Il fait partie de la réunion Colbert, ou droite modérée, qu'il n'a cessé de présider que pour prendre possession, pour la seconde fois, du ministère des travaux publics. M. de Larcy est né en 1805.
M. Depeyre, avocat, cinquante et un ans, député de la Haute-Garonne, appartient au parti légitimiste, mais sans passé politique bien marquant. Le rôle qu'il a joué dans la commission de prorogation des pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon lui a valu le portefeuille de la justice. Comme M. de Larcy, il appartient à la réunion Colbert.
M. de Fourtou, enfin, député de la Dordogne, a d'abord fait partie de la droite, puis du centre droit, puis presque du centre gauche. Son vote en faveur de M. Thiers, le 13 novembre 1872, contre la proposition Kerdrel, le fit appeler au ministère. Il faisait partie du cabinet du 23 mai, qui avait fait de l'organisation de la République par le vote des lois constitutionnelles le point important de son programme, lorsqu'il fut renversé le lendemain avec MM. Thiers, Casimir Périer, Waddington, Bérenger, et les autres ministres. Depuis, M. de Fourtou n'avait cessé de voter avec les divers groupes de la droite. On n'en regarde pas moins sa nomination au ministère de l'instruction publique comme une invite au centre gauche et un indice des tendances libérales du nouveau cabinet.