LE 1er JANVIER AUX INVALIDES

A toutes les époques officielles de promotion dans l'ordre national de la Légion d'honneur, au 1er janvier de chaque année notamment, le gouvernement décore un invalide. L'âge, les blessures, les états de service enfin, sont les titres qui décident du choix. C'est là une tradition des plus justes et des plus respectables.

A cette occasion, il se passe à l'hôtel même une cérémonie toute intime et empreinte d'un sentiment de touchant patriotisme.

A onze heures du matin, à la garde montante, c'est-à-dire au moment où les postes, les sentinelles de la veille, sont relevés, tous les pensionnaires valides descendent en grande tenue, sabre au poing, dans la cour d'honneur, et se massent en ordre de bataille sur un des côtés. En tête de colonne, face à l'entrée, se placent des enfants de troupe élèves-tambours, fils d'invalides, et dont le plus âgé remplit les fonctions de tambour-major. Un moment de silence, puis le commandement de: Garde à vos, fixe! se fait entendre. Un petit peloton vient à son tour de déboucher de l'intérieur. A sa tête est le nouveau légionnaire. Le peloton lui-même se compose de tous les invalides décorés dans des promotions antérieures: les anciens de Crimée, du Mexique, ceux de Gravelotte aussi, les cuirassiers légendaires, les marins de Courbet, tous sont là, personnifiant notre histoire militaire.

--Portez armes! Et le peloton s'aligne en face du bataillon.

Le colonel, major de l'hôtel, s'avance alors, remet au récipiendaire la croix avec le cérémonial réglementaire et lui donne l'accolade, puis il fait placer le nouveau légionnaire à ses côtés et toute la troupe défile par le flanc devant eux.

La cérémonie est terminée. Les vieux soldats se dispersent, un tantinet jaloux de celui qui a reçu la croix, fiers et reconnaissants tout de même: la patrie a montré à ses braves qu'elle ne les oubliait pas.