II

Ce fait s'est produit au cours de toutes les guerres, en Annam comme ailleurs.

Le combat terminé, quand on se compte, il vient se placer, à côté des morts et des blessés reconnus, une catégorie d'hommes dont la situation ne peut être nettement définie.

Personne ne les a vus tomber; nul ne les a ramassés sur le champ de bataille: ce sont des manquants à l'appel, des disparus.

Dans nos luttes européennes, cette mention est une espérance aux cœurs de ceux qui attendent. Là-bas, dans les campagnes coloniales, c'est au contraire, le plus souvent, l'écho d'une douloureuse agonie précédée d'innommables tortures...

Les clairons sonnent la charge.

Le long des pentes ravinées dont les bandes annamites garnissent les crêtes, là compagnie déployée monte, haletante.

Des balles, elle ne se soucie guère.

Mais voici que d'en haut, soudain, une trombe mugissante s'abat, faite de pierres énormes arrachées au sol et qui, tournoyant en bonds gigantesques, passent à la volée avec de grands souffles.

L'assaut subit un temps d'arrêt: chacun se gare, l'échine courbée.

Cependant, sur la ligne irrégulière tracée par les tirailleurs, un homme est tombé, fauché par un éclat, et roule à demi-assommé, inconscient, évanoui.

Un trou herbu est là, profond, qui le recueille: le voile de feuilles mouvantes, un instant déchiré, se referme... et, le soir venu, la bataille finie, on recherchera vainement celui qui manque à l'appel...

Ç'avait été le cas du caporal Munier.