«PASSIONNÉMENT»
Mistress Maud Vivian, dont la beauté est triomphante, est une Anglaise qui à Paris tient le haut du pavé dans les salons. Elle est veuve et très riche; son mari, sir Vivian, lui a laissé en testament vingt-cinq mille livres sterling, elle mène grand train avec ses premières ressources augmentées par les habiletés de la dame: voilà ce que le monde sait de mistress Vivian; mais ce que nous apprendrons bien vite, c'est que l'argent de Rixens, un agent de change, soutient seul le luxe de cette aventurière. Comme la baronne d'Ange du Demi-Monde, Vivian a, en outre de ce banquier qui assure les besoins de sa vie, un amour qui l'occupe plus agréablement: elle est aimée d'un jeune homme du monde, Edmond Sorbier, épris d'elle à ce point qu'il a résisté à toutes les instances qu'un ami de sa famille, M. Lafaurie, a faites auprès de lui pour lui faire épouser sa nièce, Geneviève Coraize, une charmante jeune fille, très riche, orpheline à laquelle M. Lafaurie, son tuteur, s'est dévoué. Geneviève est maintenant en âge d'être mariée et Lafaurie qui touche à peine à la cinquantaine serait bien aise, son devoir accompli auprès de Geneviève, serait bien aise de se marier, lui aussi. Il est passionnément amoureux de Vivian qu'il a rencontrée de par le monde et il s'est mis en tête de l'épouser. C'est ce qu'il explique à Edmond Sorbier, qui, à la suite d'une conversation avec M. Lafaurie, flaire quelque mensonge de la part de Vivian.
Les origines de sa maîtresse, en ce qui concerne la naissance et la fortune, ne lui paraissent plus aussi nettes. Il part pour l'Angleterre; il se renseigne, l'enquête n'est pas longue. Maud Vivian n'est autre qu'une coquette, qui ne doit l'argent dont elle vit scandaleusement qu'à de très riches protecteurs. Indigné d'être dupe, il chasse Vivian qui jure de se venger.
Cette vengeance, elle l'a sous la main. Edmond Sorbier va épouser Geneviève. Cependant qu'on prépare la fête des fiançailles, et qu'on n'attend plus que l'arrivée de l'oncle Lafaurie, une lettre arrive: Lafaurie revient, il s'est marié à Naples, il emmène dans sa famille sa femme qui n'est autre que Maud Vivian, laquelle rentre dans la maison avec toute l'autorité que lui donne la situation de son mari.
C'est la guerre que Maud apporte, et, comme Sorbier sent son ancienne maîtresse capable de tout, il lui enjoint avec menaces de ne pas toucher à Geneviève, ne serait-ce que par un mot, ou par une allusion au passé.
Le mariage se fait; et cette vipère de Maud imagine de mettre sous les yeux de la jeune femme une lettre passionnée que lui a adressée autrefois Edmond; mais Geneviève, prévenue par son mari contre de pareils procédés, laisse passer une telle infamie. La Maud en est pour ses frais de méchancetés, car M. Lafaurie est revenu lui-même de son aveuglement pour cette créature. Il ne peut chasser l'aventurière de sa maison; mais il a recours au divorce et Maud se retire de ce milieu d'honnêtes gens.
La comédie de M. Albert Delpit, dont notre dessin reproduit une des scènes les plus belles, celle du 4e acte, entre Maud. Edmond Sorbier et Geneviève, est fort bien interprétée par MM. Dumény, Calmettes, Paul Reney, Mme Melcy et Mlle Dieudonné.