LE GÉNÉRAL CAMPENON

Le général Campenon était, dans toute l'acception du terme, un soldat. Au parlement dont il suivit les débats sur les choses militaires comme ministre de la guerre d'abord, et ensuite comme sénateur inamovible, il apportait cette rondeur familière et un peu âpre, cet air martial, cette brusquerie d'allures, que donne l'habitude du commandement.

Il était né à Tonnerre en mai 1819; il entra à Saint-Cyr; il était capitaine au moment de la révolution de février 1818. Le capitaine Campenon était imbu d'idées libérales et démocratiques: le nouveau régime était fait pour lui convenir: il ne s'en cacha point. C'est ainsi qu'il se trouva désigné pour encourir la sévérité du gouvernement, que le coup d'État établit en 1851. Arrêté avec Charras et avec d'autres officiers suspects de républicanisme, Campenon fut déporté.

Nous le retrouvons peu après, contraint par la proscription d'entrer au service du bey de Tunis, dont il organisa les troupes jusqu'à l'heure où vint l'autorisation de rentrer en France et de reprendre son rang dans l'armée nationale. C'était l'heure de la campagne d'Italie: brave au feu, comme il était loyal citoyen, le capitaine Campenon conquit les épaulettes de chef d'escadron d'état-major.

Ce n'est qu'au début de la guerre de 1870 que le lieutenant-colonel Campenon fut promu colonel.

A la bataille de Rezonville où notre cavalerie sut, dans un effort héroïque, démonter l'artillerie ennemie et chasser du terrain la cavalerie allemande, le colonel Campenon, criblé de blessures, fut laissé pour mort sur le champ de bataille.

A la paix, Campenon reçut enfin les étoiles de général: il commandait la cinquième division d'infanterie à Paris quand Gambetta lui offrit le ministère de la guerre. C'est lui--il ne faut pas l'oublier--c'est ce républicain de la veille qui eut le courage, sur l'inspiration de Gambetta, de passer outre aux polémiques des partis pour songer seulement aux véritables intérêts de l'armée en prenant le général de Miribel comme chef d'état-major.

Après la chute de Gambetta, le général Campenon a été à deux reprises encore ministre de la guerre: dans le cabinet Jules Ferry en 1883: puis dans le cabinet Brisson. Il a pu ainsi donner tous ses soins aux œuvres de reconstitution militaire entreprises depuis l'avènement de la République.