L'INCENDIE DE COUDEKERQUE

L'autre soir, à quatre heures et demie, on entendait à Dunkerque une explosion formidable; on apercevait une colonne de flamme qui dardait vers le ciel; puis une fumée très noire et très épaisse montait dans l'air, s'étendait sur l'horizon, obscurcissait tout l'atmosphère: c'était la raffinerie de pétrole de M. Clerc, à Coudekerque-Branche, qui était en feu.

A distance, le spectacle était terrifiant; il avait la beauté sinistre et sauvage des grandes catastrophes. On organisait les secours à la hâte, en se demandant quelles serait l'étendue et les conséquences du malheur. Cependant l'incendie s'activait, le train de Bruxelles qui passe à vingt mètres environ de la raffinerie dut ralentir sa marche pour traverser le passage dangereux.

Des wagons, les voyageurs distinguaient au milieu de la fumée trois ou quatre cylindres dont les surfaces de tôle blanche trouaient l'épais brouillard ambiant. De moment en moment, les fusées d'étincelles éclairaient les fûts de pétrole entassés qui brûlaient avec de lugubres crépitements. Les réservoirs étaient également en feu.

Les douaniers, les pompiers, la police de Dunkerque, les autorités civiles et militaires, un piquet du 110e de ligne, étaient sur les lieux. Mais la tâche des sauveteurs n'était pas aisée. Il ne fallait pas songer à répandre de l'eau sur le foyer incandescent, sous peine de fournir un aliment nouveau à la flamme. On requit tous les charretiers afin d'aller chercher du sable pour étouffer l'incendie. Cependant le pétrole enflammé courait jusque dans les ruisseaux des rues...

Quand on pénètre enfin dans le vaste immeuble incendié, un spectacle affreux s'offre à tous les regards. Des débris humains jonchent le sol: on découvre deux squelettes carbonisés. Il y a dix personnes sur le sort desquelles on n'est pas fixé et qui ont disparu.