LA MACHINE VOLANTE DE M. ADER
Personne n'a rien vu, personne ne sait rien; mais l'Illustration a des amis partout. L'un d'eux se trouvait à la chasse aux environs de Paris lorsqu'à travers la feuillée il aperçut une chose de forme étrange ayant l'aspect d'un énorme oiseau de couleur bleuâtre. Impossible d'approcher, une clôture le séparait du parc particulier enclavé dans la forêt ou se trouvait, la machine en question. Ce ne pouvait être qu'une machine à voler assurément. Notre ami est quelque peu dessinateur et ingénieur, il nous communiqué le croquis qu'il n'a pu faire qu'à distance, mais qui est aussi exact que possible. Informations prises, il paraît que l'inventeur est M. Ader, l'ingénieur électricien bien connu par ses nombreux appareils téléphoniques, et que la machine a volé réellement pendant quelques centaines de mètres, s'élevant à 15 ou 20 mètres de haut et se dirigeant dans l'espace. Nous ne reprendrons pas la liste des tentatives faites dans cet ordre d'idées; plusieurs livres ont été publiés là-dessus et notamment ceux de notre ami Gaston Tissandier sont trop répandus pour qu'il soit nécessaire d'insister.
La machine que nous voyons se compose de deux grandes ailes articulées, de 15 mètres d'envergure environ, et d'une hélice s'appuyant sur l'extrémité d'une sorte de cône formant le corps de l'oiseau et renfermant le mécanisme et le voyageur. Le tout serait, en étoile de soie recouvrant une carcasse légère en osier ou aluminium.
Le nom de l'inventeur de cet oiseau volant serait une garantie en faveur de la réussite possible. Qu'on nous permette cependant quelque doute. La machine, nous assure-t-on, a parcouru une certaine distance: 100, 200, mettons 400 mètres. Mais est-elle capable de continuer ainsi pendant, plusieurs heures sans avoir recours à une installation fixe pour changer ou rechanger le moteur qui la fait manœuvrer? Car tout est là: quel est le moteur? L'inventeur, électricien émérite, qui a étudié cette science nouvelle à fond, a dû s'adresser à son élément favori: l'électricité.
Mais les accumulateurs sont impossibles à cause de leur poids; les piles ne donnent des courants puissants que pendant peu de temps, et encore ont-elles un poids fort peu négligeable.
Aussi, jusqu'à nouvel ordre, jusqu'au jour où nous aurons assisté à une expérience concluante, où on nous aura montré le générateur de la force employée, nous resterons sceptique et croirons, seulement à cause de la haute personnalité de l'inventeur, que si la machine dont notre ami a pu faire un croquis peut en effet marcher, c'est pendant très peu de temps.
G. M.