LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE

Nous avons annoncé, la semaine dernière, la capitulation de Port-Arthur, signée dans la soirée du 2 janvier. Depuis la première attaque dirigée contre la place, la bataille de trois jours de Kin-Tchéou (26 mai), sept mois s'étaient écoulés, sept mois d'attaques sans cesse renouvelées et de bombardement continu. Toutes les nations, et jusqu'au souverain du Japon lui-même, ont rendu hommage à l'héroïsme de Stoessel, de ses officiers, de ses hommes.

L'amiral Doubassov (Russe).--Phot. Levitsky. L'amiral baron de Spaun (Autrichien).--Phot. Grillich.

LES DEUX NOUVEAUX MEMBRES DE LA COMMISSION D'ENQUÊTE SUR L'INCIDENT ANGLO-RUSSE DE HULL

L'armée assiégée comptait, au début, 35.000 hommes; 11.000 furent tués, 16.000 étaient malades ou blessés; ne restaient plus dans les forts que 8.000 hommes, dont 2.000 environ n'étaient pas en état de combattre. Pendant le siège, 265% des hommes furent mis hors de combat: ce chiffre extraordinaire s'explique par ce fait que de nombreux soldats blessés successivement plusieurs fois (jusqu'à 7 fois) retournèrent se battre après chaque guérison. Sur 10 généraux, 2 furent tués, 1 mourut, 2 furent blessés, 1 fut contusionné. Sur 9 commandants de régiments, 2 furent tués, 2 moururent de blessures, 4 furent blessés. Sur 8 commandants de batteries, 1 fut tué, 5 furent blessés.

D'après le texte de la capitulation, toute la garnison était prisonnière. Les officiers pouvaient garder leurs épées; il leur était permis de rentrer en Russie, contre leur parole de ne plus servir jusqu'à la fin des hostilités; le tsar, par télégramme, les a autorisés à donner cette parole. Tous les forts, batteries, navires, matériel, etc., devaient être remis dans l'état aux Japonais. Cette convention a été immédiatement exécutée. Dès le 3, à midi, les Russes évacuaient les forts de Itzé-Chan, Antzé-Chan, Kaiyang-Kow. Le 4, au matin, commençait le transfert du matériel. Le 5, commençait la pénible opération du désarmement; elle a eu lieu dans le village de Yakoutsoui, près du rivage de la baie du Pigeon. Les prisonniers de guerre étaient ensuite dirigés sur Dalny, d'où ils partiront pour le Japon. Le même jour, le 5, un premier détachement japonais entrait dans la ville pour maintenir l'ordre. L'entrée officielle des vainqueurs a été fixée au 8. Sur 878 officiers, 441, jusqu'à présent, ont donné la parole demandée par le général Nogi et retourneront en Russie; le général Stoessel est parmi ces derniers.

La deuxième escadre du Pacifique est arrivée,--après avoir contourné le cap de Bonne-Espérance et, par le sud, Madagascar,--sur la côte nord-est de la grande île; les cuirassés de l'amiral Rodjestvensky jetaient l'ancre, le 2, à Sainte-Marie de Madagascar; le 3, les navires de l'amiral Falkersam mouillaient dans la baie de Passandeva; le point de concentration serait décidément la rade de Diego-Suarez.

--Les préparatifs de la 3º escadre sont poussés avec vigueur, à Libau.

Une escadre japonaise continue à croiser dans les environs de Singapour; 4 croiseurs ont été vus sur le littoral oriental de Sumatra; le 6, un croiseur a reconnu l'entrée du port de Manille.

M. VADECARD

M. Vadécard.--Phot. Marius.

M. Vadécard, dont le nom vient d'acquérir, à la suite d'incidents retentissants, une notoriété quasi universelle, est, nul ne l'ignore aujourd'hui, le secrétaire général du Grand-Orient de France. L'importance soudainement révélée de son rôle dans l'affaire désormais historique dite «des fiches» l'ayant mis au premier plan de l'actualité, sa personne ne pouvait rester à l'abri de la curiosité des profanes, derrière les murailles du Temple où il exerce ses fonctions avec une activité discrète. De ce jour, la publication de sa biographie s'imposait. Déjà la presse quotidienne l'a répandue à des milliers d'exemplaires; bornons-nous donc à en résumer les points exacts.

Fils de travailleurs de modeste condition, M. Vadécard est né dans la Seine-Inférieure. Des bancs de l'école primaire, il passa au pupitre d'une étude de notaire, puis, appelé sous les drapeaux, fit son service comme artilleur; à sa sortie du régiment, il obtint un emploi à l'administration centrale du Grand-Orient, devint sous-chef du sous-secrétariat et enfin secrétaire général. Ce titre, ses qualités d'ancien administrateur de la caisse des écoles du quatorzième arrondissement de Paris, sa collaboration à divers journaux et revues d'un républicanisme plutôt foncé lui valaient le ruban rouge, au mois de janvier de l'an dernier.

Mais rien ne saurait mieux compléter cette notice sommaire que la physionomie même du personnage, et, s'il est un soin qui tout particulièrement incombe à un grand périodique illustré, c'est de la faire connaître au public. Nous donnons donc son portrait, document rare et presque inédit, jusqu'à présent, d'après une photographie récente, ressemblance garantie. Cette fidèle image d'un des plus fervents zélateurs d'un genre d'apostolat qu'il ne nous appartient pas d'apprécier ici nous montre un homme encore jeune (trente-huit ans), un visage d'apparence bénigne au premier abord, mais où les traits caractéristiques, à les observer de près, annoncent un esprit réfléchi, méthodique et ferme en ses desseins.

Loin de renier son humble origine, M. Vadécard s'honore d'être un enfant du peuple; il se flatte de devoir surtout à son labeur la haute situation qu'il occupe aujourd'hui dans la puissante association maçonnique de la rue Cadet. Certes, sa place n'est point une sinécure, à n'en juger que par l'organisation du fameux système de «fiches» dont il fut la cheville ouvrière. A ce sujet, d'ailleurs, le secrétaire général du Grand-Orient, soucieux de départir les responsabilités, déclare en propres termes que, «si, depuis février 1901, il a contribué à fournir au ministère de la guerre les moyens de contrôler les sentiments et les tendances politiques des officiers de l'armée française, c'est sur la demande expresse du ministre, au vu et au su de son entourage immédiat».

Mme Barnay, soeur de M. Gabriel Syveton. M. Sylvain Périssé, ingénieur, chargé des expertises sur la cheminée. Phot. G. Blanc. M. le Dr Pouchet, chargé des expertises toxicologiques. M. Girard, directeur du Laboratoire municipal. Phot. Berthaud.

La dernière lettre écrite par M. Gabriel Syveton à son père, quatre jours avant sa mort.

LA CHEMINEE A GAZ DU CABINET DE TRAVAIL DE M. SYVETON.

La tache noire que l'on aperçoit au milieu du manteau blanc de la cheminée est un débris des scellés de justice qui fermaient le tablier et qui ont été brisés pour les expertises judiciaires.

LE CABINET DE TRAVAIL DE M. SYVETON
Photographie officielle prise par M. Bertillon après la mise en place devant la cheminée d'un agent de la sûreté figurant le cadavre.

Casbah de Saïdia.

Village des Bocoyas Phare

Panorama de Port-Say et de la plaine des Oulad-Mansours.

Port-Say, vu de la plage du Kiss.

Débarquement d'orge à l'abri de la première
jetée de Port-Say.

Le prétendant Moulay-Mohammed, celui que les Merarbas appellent le Rogui (le Révolté), après une assez longue période d'inaction, est rentré en scène à la frontière algéro-marocaine. Le 31 décembre dernier, il avait envoyé 500 cavaliers attaquer la casbah de Saïdia, située à l'embouchure de l'oued Kiss, qui forme en cet endroit près du rivage méditerranéen la frontière entre l'Algérie et le Maroc.

Il fut d'abord repoussé avec de grandes pertes par le pacha El Hadj Allai, commandant militaire de la casbah. Mais, quelques jours après, grâce aux cavaliers de Rou Amama, il fut vainqueur de la mahalla d'Oudjda et prit sa revanche sur les troupes du pacha, qu'il battit complètement dans la plaine des Triffas.

Les dépêches, qui nous apportaient ces nouvelles de Port-Say, ajoutaient que les Marocains, démoralisés, franchissaient l'oued Kiss et s'établissaient sur le territoire algérien.

En présence de ces événements le général Servières, chef du 19e corps, ordonna au capitaine Quoniam commandant les zouaves d'Adjeroud de déplacer son camp et de prendre position à l'entrée de Port-Say, pour protéger la petite colonie.

Port-Say est situé, en effet, à 1.200 mètres environ de la casbah de Saïdia, d'où l'on aperçoit les petites maisons blanches et les tuiles rouges de la ville naissante.

Fondée, il y a cinq ans, par M. Louis Say, lieutenant de vaisseau de réserve, à l'extrémité orientale de la plaine des Oulad-Mansours et de la plage du Kiss; située à l'embouchure d'un oued, route naturelle en Algérie qui, par le cirque d'Adjeroud, la met en communication avec la plaine des Triffas et la grande plaine des Angads où se trouvent Marnia et Oudjda, la nouvelle ville est le débouché de tous les produits agricoles de la région.

L'énergie de M. Louis Say et l'activité intelligente de ses collaborateurs, dont l'un des principaux est M. Bourmancé, facilitent aux négociants les transactions commerciales.

Un port est en construction et un abri temporaire permet à de petits bateaux plats, en usage aussi à Tanger et appelés «gondoles», les embarquements d'orge, de bestiaux, ou les débarquements de matériaux et d'approvisionnements, destinés au camp des zouaves et au bordj des spahis.

Le pacha El Hadj Allai lui même a souvent recours aux marins bocoyas de M. Say. Récemment les Bocoyas, des Riffains établis à Port-Say, opérèrent le débarquement de plusieurs milliers de quintaux d'orge achetés en Algérie pour ravitailler la casbah et les silos de la plaine des Oulad-Mansours, dévastés par la guerre actuelle.

Non seulement les Marocains viennent à Port-Say pour échanger leurs produits, mais encore, lorsqu'ils sont malades, ils y trouvent les soins et les remèdes nécessaires. Il existe même à Port-Say une école où les petits Marocains apprennent le français.

Enfin, à l'entrée de la grande avenue, dite de Marnia, s'élève une construction élégante de style barbaresque: c'est le «Colonial Club» où chaque soir, après le dur labeur de la journée, M. Say se réunit avec ses collaborateurs.

Tout cela est bien de la vraie «pénétration pacifique» et l'on voit que nos colons algériens, comme nos diplomates, ne restent pas inactifs dans l'accomplissement de la mission dévolue à la France.

A. Gautheron

Le cirque d'Adjeroud: carrefour-frontière des sentiers de mulet allant, à droite, vers le Maroc, à gauche, vers l'Algérie. A Port-Say: le Colonial Club où se réunissent les collaborateurs de M. Say.

SUR LA FRONTIÈRE ALGÉRO-MAROCAINE