Documents et Informations.

UNE LOCOMOTIVE SANS CHARBON NI EAU.

Une locomotive est actuellement en construction pour le Southern Pacific railroad, aux Etats-Unis, qui, si l'on en croit certains experts, est destinée à révolutionner les transports par voie ferrée. Ne nous hâtons toutefois pas trop de nous émouvoir; ce n'est pas la première fois qu'on nous annonce des révolutions de ce genre. La nouvelle locomotive marche électriquement, mais elle produit elle-même son électricité; elle consiste en un moteur à combustion interne du type non explosif qui actionne une dynamo. Aussi cette locomotive n'a-t-elle ni charbon ni eau; elle ne fait point de poussière ni de fumée. Elle marchera à 160 et 180 kilomètres à l'heure, sans difficulté, et porterait sans peine avec elle le combustible nécessaire à un trajet de près de 5,000 kilomètres. Ce qui caractérise la nouvelle locomotive, c'est qu'au lieu d'envoyer dans l'atmosphère 90% de l'énergie disponible dans la houille, en n'en conservant que 4% dans les chaudières, ce qui fait qu'à la roue on n'en a que 2 1/2%, son coefficient d'utilisation est de 38% au point de vue thermique, l'utilisation aux axes étant de 28.35: onze fois ce que donne la locomotive. Le moteur est à quatre temps. Un réservoir à air comprimé actionne un piston qui aspire de l'air; au second temps, l'air est comprimé à haute pression et à haute température; au troisième temps, du pétrole est injecté dans cet air incandescent; au quatrième, a lieu l'expulsion du gaz. C'est au troisième temps que se fait le travail: la combustion du pétrole se fait pendant une partie du temps seulement.

Attendons maintenant de savoir ce que donnera la nouvelle locomotive. En tout cas, il est permis d'exprimer cette opinion que la locomotive ordinaire actuelle est un outil barbare, qui est la cause d'un gaspillage effroyable.

Le Lion de Chéronée reconstitué.
--Phot. Comm. par M. Caclamanos.

LE LION DE CHÉRONÉE.

Il y a deux ans (7 avril 1903) nous publiions une photographie des ruines du Lion de Chéronée, élevé par la piété des Thébains à la mémoire de leurs trois cents compatriotes du «Bataillon sacré» tombés en défendant la patrie contre l'assaut de Philippe de Macédoine, en 300 avant Jésus-Christ. Ces débris avaient grande allure, et la tête du lion, toute fruste et mutilée qu'elle fût, conservait une noblesse de style, une fierté d'expression très impressionnantes.

On a, comme nous le disions alors, entrepris de restaurer ce monument vénérable. M. L. Sokhos, l'artiste qu'on a chargé de cette tâche, y a apporté tout le soin pieux dont il était capable, y a mis toute son âme. Le monument, réédifié, sur son socle, domine maintenant le champ sacré de Chéronée et va être de nouveau inauguré au printemps, en une fête qui n'aura certes pas, quoi qu'on fasse, le caractère de celle dont il put être le témoin le premier jour où il se dressa à cette place. D'aucuns trouveront que les morceaux en étaient plus augustes et plus émouvants que ne paraît être la restitution. Les ennemis des «restaurateurs» n'ont pas toujours si grand tort qu'on le pense. Mais les «restaurateurs» sont tenaces!

Les étudiants du Cercle français de l'université
d'Harvard se préparant à une représentation des
«Folies amoureuses» de Regnard.

LE THÉÂTRE FRANÇAIS EN AMÉRIQUE.

La nouvelle d'un curieux événement théâtral nous arrive de Cambridge (Etats-Unis): pour sa dix-huitième représentation annuelle, le Cercle français de l'université d'Harvard a donné les Folies amoureuses, de Regnard, avec le prologue et le ballet de la Folie, c'est à-dire la pièce dans toute son intégrité, telle que l'auteur l'offrit au public parisien il y a deux siècles. Les organisateurs de ce spectacle ont même poussé plus loin l'esprit d'initiative dont ils sont coutumiers: déjà, en 1899, ils avaient eu la bonne fortune de «monter» la «première» du Pédant joué de Cyrano de Bergerac; cette fois, ils ont réussi à découvrir le manuscrit original de la partition composée par Gilliet pour accompagner l'oeuvre de Regnard en 1704, partition qui ne fut jamais imprimée et a disparu du répertoire de la Comédie-Française.

Malgré les difficultés techniques d'interprétation, la partie musicale n'a pas obtenu un succès moins vif que la pièce elle-même, où la sûreté et la finesse de leur jeu ont valu aux acteurs les applaudissements enthousiastes d'une nombreuse assistance. Notons que, la troupe étant exclusivement formée d'étudiants, sous la direction du professeur Bernard, les rôles de femmes étaient tenus par des hommes qui, sans compter l'habile simulation de la voix et du geste féminins, surent tirer le meilleur parti des artifices du maquillage, des postiches et du costume.

Cette représentation méritait d'être signalée, ne fût-ce qu'à cause de la très intéressante reconstitution des Folies amoureuses; mais il convient de remarquer en outre que le Cercle français de l'université d'Harvard n'en est pas à son coup d'essai. Voilà dix-huit ans, en effet, qu'il est fondé et qu'il s'efforce de faire connaître au public américain les chefs-d'oeuvre de notre art dramatique, interprétant en français Molière, Racine, Corneille, Beaumarchais, voire Labiche; ainsi, avec ses conférences inaugurées en 1898, il apporte une intelligente contribution à l'oeuvre de la Fédération de l'Alliance française aux Etats-Unis pour la propagation de notre langue et de notre littérature.

LE «BOUCLAGE» DU GYROSCOPE.

Les champions du looping semblent avoir adopté la proverbiale devise de Nicolet: «De plus fort en plus fort»! Après le «bouclage» de la boucle, le «cercle de la mort», la «flèche humaine» et tant d'autres prouesses prodigieuses, ce genre d'acrobatie vient de s'enrichir d'une nouvelle création récemment inaugurée dans un de nos music-halls parisiens: le «bouclage» du gyroscope.

Le gyroscope acrobatique.

L'ingénieux appareil construit par M. Roquejoffre consiste essentiellement en une énorme roue métallique de 4 mètres de diamètre qui, semblable à une roue de cycle, est adaptée à une solide colonne de support en fonte; grâce aux roulements à billes, elle peut aisément à la fois tourner dans le plan vertical et pivoter dans le plan horizontal; enfin, un contrepoids d'environ 250 kilogrammes assure l'équilibre du système. Quant à la piste, dont les lamelles de bois légèrement espacées augmentent l'adhérence, elle est établie en porte-à-faux sur la face extérieure de la jante.

Ceci posé, voici comment s'exécute l'exercice. L'homme se met en piste sur une bicyclette un peu plus lourde qu'une machine ordinaire; il pédale d'abord rapidement et, par l'intermédiaire des roues adhérant aux lamelles, tel un écureuil faisant tourner sa cage, il imprime un mouvement inverse au gyroscope; puis, il se cale, s'arrête brusquement et le gyroscope l'entraîne en arrière. A une certaine hauteur, la force ascensionnelle devenant nulle, le cycliste se lance de nouveau en pédalant; alors son poids, la rapidité de la descente le projettent en avant et, en répétant le même effort, il parvient, au bout de plusieurs reprises à la partie supérieure du gyroscope, qu'il boucle six ou huit fois de suite.

L'ÉPAISSEUR DES CHEVEUX CHEZ L'HOMME SAIN ET CHEZ L'HOMME MALADE.

Un médecin japonais, le docteur Matsuura, de Kioto, a fait de curieuses observations sur les variations d'épaisseur des cheveux et sur les conditions dans lesquelles ces variations se produisent.

L'auteur est parti de cette idée que la nutrition du cheveu doit, comme celle de l'ongle, dépendre de l'état de la nutrition générale et que, si la consistance, le volume et la coloration de l'ongle subissent des altérations dans les parties qui croissent dans le cours d'une maladie, il doit en être de même de la consistance, du volume et de la coloration du cheveu.

L'observation a confirmé ces prévisions théoriques, et M. Matsuura a constaté que, dans le cours de presque toutes les maladies aiguës ou chroniques, la partie des cheveux qui avait poussé durant la période morbide avait une épaisseur inférieure à l'épaisseur normale. Cette diminution d'épaisseur variait d'un dixième à un quart, alors que les inégalités normales n'atteignaient jamais un dixième.

Comme on pouvait s'y attendre, c'est dans les maladies de longue durée, la fièvre typhoïde, et surtout la phtisie, que cette altération était le plus accentuée. Les seuls cas où l'auteur n'ait pu constater aucune trace de ce phénomène sont ceux où la mort était arrivée soit subitement, soit dans un temps très court, comme dans les ruptures d'anévrisme, les embolies, les fractures du crâne ou autres accidents mortels.

En même temps que la diminution de l'épaisseur des cheveux, l'auteur a observé l'interruption de leur couche médullaire et leur friabilité. Les cheveux des malades s'épilent aussi plus facilement.

Ces observations ne constituent pas une simple curiosité médicale. Pratiquement, elles peuvent servir à rétablir l'histoire des maladies d'un individu et, en médecine légale, à contrôler certaines affirmations et à vérifier des identités douteuses.

COMMENT S'APPELLE LA PLUS HAUTE MONTAGNE DU GLOBE?

Jusqu'ici, quand on demandait quelle est la plus haute montagne du globe, les gens bien informés répondaient sans hésitation: «Le mont Everest ou Gaurisankar, dans l'Himalaya; 8,840 mètres.» Il va falloir changer cela, en conséquence des récentes investigations qui ont mis fin à des discussions qui duraient depuis longtemps déjà. Quand le pic de 8,840 mètres fut découvert, la science géographique lui donna un numéro d'ordre, en l'absence de toute dénomination indigène. Ce fut le pic XV. En 1856, L'Indian Surrey proposa de donner au pic XV le nom de son ancien chef, Everest. Ce qui fut fait. Mais en 1857, Schlagintweit vint tout troubler. Il avait vu, de Kaulia, un sommet très élevé que les indigènes de la région nommaient Gaurisankar, et il ajoutait que ce Gaurisankar n'était autre que le pic XV ou Everest du gouvernement indien. Le nom indigène devait prévaloir, disait le voyageur allemand qui n'était peut-être pas fâché de vexer un peu les Anglais. Mais ceux-ci répondaient qu'il devait y avoir erreur. Ils ne niaient pas l'existence du Gaurisankar, mais contestaient que cette montagne fût la même que l'Everest. Il devait y avoir deux pics. De nombreux mémoires furent écrits pour et contre; mais on fit mieux: on explora, et, pour achever de faire la lumière, une expédition fut envoyée au Népaul en 1903. Cette expédition a réglé le différend.

Elle a fait voir qu'effectivement, l'Everest et le Gaurisankar sont deux pics bien distincts. Ils sont même à 57 kilomètres de distance et appartiennent à deux massifs différents.

Le plus élevé est le pic XV ou Everest; le Gaurisankar (pic XX de l'Indian Surrey), de l'autre côté de la vallée du Dudh Kosi, n'a que 7,143 mètres. L'Everest est considéré comme en ayant 8,840: la récente exploration a obtenu trois chiffres, par trois visées différentes: 8,767, 8,817 et 8,840 mètres; elle a retenu la plus forte, déjà obtenue par d'autres géographes. Il faut donc, à la question posée plus haut, répondre désormais: «Mont Everest, 8,840 mètres.» Il paraîtrait aussi que le nom de Gaurisankar serait une erreur; il n'y aurait pas de Gaurisankar. Il y aurait une cime très élevée, voisine de l'Everest, présentant deux sommets. Ces sommets auraient chacun leur nom: le plus élevé serait le Sankar et l'autre le Gauri.

Il ne faut plus parler du Gaurisankar, mais seulement du Gauri et du Sankar.

C'est le Sankar qui aurait 7,143 mètres.

LE NOUVEAU TRAITEMENT DES NÉPHRITES.

Depuis peu de temps une nouvelle méthode s'est introduite dans la thérapeutique des néphrites: c'est la méthode opothérapique, préconisée par le professeur Renaut, de Lyon, et qui consiste à traiter ces affections si redoutables et si pénibles par la macération de rein de porc.

MM. M. Page et Dardelin, qui ont utilisé cette méthode, ont communiqué à la Presse médicale leurs impressions sur les résultats obtenus par eux. Celles-ci sont très satisfaisantes. Ils ont soigné 18 cas par la méthode lyonnaise et, dans 16 cas, l'albumine a totalement disparu. Voici quelques renseignements sur la méthode. Le remède se prépare en coupant un rein de porc en menus morceaux qu'on lave avec de l'eau fraîche pour enlever ce qui pourrait rester d'urine. Après quoi on fait un hachis de ces morceaux de rein et on le pile jusqu'à ce qu'il forme une bouillie qu'on met dans 300 grammes d'eau fraîche additionnée de sel (à la dose de 7 gr. 50 0/00). On laisse macérer trois heures, au frais, en remuant de temps en temps. C'est le liquide de macération qui constitue le remède: on le boit en trois fois dans la journée, additionné de julienne froide, par exemple, pour masquer le goût qui d'ailleurs n'est pas trop mauvais. Le traitement doit se prolonger pendant dix jours consécutifs. La macération doit être faite chaque jour, car elle ne se conserve pas du jour au lendemain; il faut la conserver à la glace pour éviter un commencement de fermentation.

Même dans des cas d'artériosclérose avancée, la méthode expérimentée par MM. Page et Dardelin leur a donné d'excellents résultats: plusieurs mois après le traitement, l'albumine n'avait pas reparu. Aussi faut-il espérer que les médecins mettront à l'épreuve le procédé inauguré par M. Renaut et que leurs malades s'en trouveront aussi bien que ceux de MM. Page et Dardelin.