L'ATTAQUE DE KEKAUSAN-NORD.
Le fort russe de Kekausan-Nord, écrit M. d'Adda, fut l'un de ceux que les Japonais attaquèrent le plus furieusement. Du 26 au 30 octobre ils dirigèrent contre lui, avec des obus de 28 et de 12 centimètres, une canonnade terrible, afin d'en démolir la caponière qui formait, à l'avant, contrescarpe et de préparer ainsi l'attaque d'infanterie qu'ils projetaient.
Dans l'après-midi du 30; les parallèles japonaises étaient arrivées à 150 mètres environ de cette caponière. Alors, deux bataillons nippons se ruèrent à l'assaut de la position russe. Mais un feu meurtrier les accueillit. En un clin d'oeil, ils furent comme fauchés. Sur la pente rougie de leur sang les cadavres demeuraient accroupis, la plupart tenant toujours, dans leurs mains crispées, leurs fusils, dont les baïonnettes scintillaient au soleil.
Ils attendirent là une dizaine de jours, dans cette suprême attitude héroïque. L'odeur qu'ils dégageaient était telle, que les combattants, des deux côtés, en étaient par moments suffoqués. La position, pour les soldats russes dans leur fort comme pour les Japonais dans leurs tranchées, devint intenable.
Un jour, on vit sortir de l'une des parallèles un médecin japonais parlant russe. Il agitait un drapeau de la Croix-Rouge. Contrairement à leur habitude (qui, d'ailleurs, est aussi celle des Japonais), les Russes ne firent pas feu. Le médecin avança, très calme, vers l'ouvrage et, à 50 mètres environ, s'arrêta.
--Holà! braves camarades du fort! cria-t-il.
Un officier russe de taille herculéenne se dressa sur le parapet:
--Que demandez-vous? interrogea-t-il.
--Voulez-vous bien nous permettre de venir chercher nos morts?
--Mais oui... Seulement ne venez pas plus qu'une dizaine d'hommes et, bien entendu, sans armes...
--Très bien, c'est convenu! Merci, camarade.
--Adieu, camarade.
Et les Japonais purent enlever ces cadavres à demi décomposés.
A la date du 26 novembre les parallèles japonaises n'étaient plus qu'à quelques mètres de la caponière. On fit exploser la mine; puis on attendit encore quatre jours, comme si l'on avait hésité à donner l'assaut décisif à cette fortification éventrée. Enfin, le 30, après une lutte désespérée à la baïonnette, les petits hommes jaunes s'emparèrent de la caponière. Mais aujourd'hui encore (2 décembre) le fossé et l'escarpe sont aux mains des soldats du tsar.
Ce que les soldats japonais du 7e régiment (9e div.) ont trouvé dans une tranchée prise aux Russes: une mitrailleuse Maxim, une torpille marine (dont les Russes se sont souvent servis comme mines), un tambour, etc. L'obus couché est un obus de 30 centimètres lancé par le «Sevastopol», le 30 octobre, et qui n'a pas explosé.