BAINS CHAUDS OU BAINS FROIDS?

La température des bains, on le sait, n'est point indifférente. Des recherches récentes confirment nettement cette notion. A la Société de thérapeutique, M. Deschamps, de Rennes, a insisté sur l'utilité des bains froids pour les obèses.

Chez ces sujets, dit-il, l'accumulation de graisse est liée à un défaut de rayonnement calorique. Alors, pour augmenter ce rayonnement, M. Deschamps provoque la réfrigération par un bain tiède prolongé. Le premier bain se donne à 33º les suivants à des températures inférieures, mais qui ne descendent jamais au-dessous de 25°. Les bains se donnent tous les deux jours et durent de 15 à 45 minutes, suivant la susceptibilité du sujet qui doit sortir de l'eau dès qu'il a la chair de poule, le frisson ou des tremblements. Durant le bain on constate que le pouls s'accélère et que la température centrale s'élève. D'après M. Deschamps, ces bains, en augmentant le rayonnement calorique, diminuent vite l'obésité, sans toutefois affaiblir le malade.

L'obèse doit donc rechercher le bain tiède. Le neurasthénique, par contre, devra rechercher le bain chaud. C'est du moins l'opinion de M. U. Alessi, qui ne s'est pas bien trouvé de l'hydrothérapie froide pour ses neurasthéniques et qui a remarqué, par hasard, chez ceux-ci des effets très favorables à la suite de bains chauds.

Le neurasthénique se trouvera particulièrement bien du bain chaud pris le matin au lever. Le bain doit être aussi chaud que possible, tout en restant agréable au malade.

Cette hydrothérapie chaude est très calmante, dit M. Alessi; les bains--qui doivent être de 40 minutes environ--suppriment les états d'excitation et les remplacent par un bien-être très prononcé qui permet au malade d'aller à ses affaires et d'être, pour un temps au moins, plus supportable pour son entourage.

LA MÉDAILLE DU PRÉSIDENT STEIJN

Avant son départ de Paris pour le Natal, le mois dernier, M. Steijn, ancien président de l'État d'Orange, a reçu du comité franco-sud-africain, ayant à sa tête son président d'honneur et président, M. Louis Herbette, conseiller d'État, et le sénateur Pauliat, son médaillon, oeuvre remarquable d'un des membres du comité, le graveur en médailles Henri Dubois, de l'Institut, auteur de la belle médaille commémorative du président Krüger.

Mouvement littéraire.

L'Amant et le Médecin, par Gabriel de la Rochefoucauld (Calmann-Lévy, 3 fr. 50).--Ames d'autrefois, par Louise Chasteau (Calmann-Lévy, 3 fr. 50).

L'Amant et le Médecin.

Jean de Merrien est issu d'une famille fort aristocratique. Élevé chez les jésuites, il y a rencontré les mêmes sentiments religieux et traditionnels que dans sa maison. Mais, peu à peu, l'esprit du siècle l'a pénétré; les amis nouveaux l'ont orienté d'un autre côté; il a lu et discuté les philosophes à la mode. Aussi sa foi catholique et monarchiste s'est-elle singulièrement affaiblie. Un jour, son père le fait dîner avec une chanoinesse, un dominicain et un abbé. Du premier coup, et dans les moindres mots de la conversation, Jean de Merrien constate tout le désaccord qui s'est fait entre ses hôtes et lui. Il ne les comprend plus. Ce sont des croyants, tandis qu'en son esprit le sens critique s'est éveillé. En cet état Jean de Merrien fait son entrée dans la vie... et dans la vie amoureuse.

Ne gardera-t-il pas cependant, même en amour, beaucoup du catholicisme premier? N'apportera-t-il pas dans la sensualité un certain mysticisme? Et pour celle qu'il adore n'aura t-il pas une pudeur exagérée, jusqu'à vouloir lui interdire la visite du médecin?

Au dix-huitième siècle, la noblesse avait versé dans les idées nouvelles; mais elle était voltairienne, spirituelle, d'un libertinage irrespectueux. M. de la Rochefoucauld a voulu, semble-t-il, nous montrer quelle forme prend parfois dans l'aristocratie, au commencement du vingtième siècle, la perte de la foi catholique. Aucune moquerie sur les lèvres, aucune haine du culte doucement abandonné, je ne sais quoi de religieux encore, jusque dans les écarts passionnels. On sent même que l'arbuste tient toujours au terreau ancien par quelques racines et qu'il pourra à un moment refleurir. Impossible de nettement définir ces êtres nerveux, passionnés et sans volonté. Si ce portrait est exact, s'il y a vraiment ce mal, M. de la Rochefoucauld l'a très habilement signalé aux moralistes et aux pères de famille.

Maintenant quelle est la donnée romanesque? Dans un restaurant de nuit, accompagnée de son mari, Mme Mirevault est apparue pour la première fois aux regards de Jean de Merrien. Il la retrouve, par hasard, en Suisse et, comme le mari est fort occupé avec une chanteuse italienne, il la promène à travers les routes et les sentiers voisins. Comment, dans cette intimité et au milieu de cette nature de Montreux, resteraient-ils insensibles l'un à l'autre? Nous assistons à la naissance troublante de leur amour. A Paris, ils se revoient et, avec frénésie, Jean de Merrien s'attache à l'aimée; son amour est aiguillonné par la jalousie, car il ne peut supporter la pensée du mari. Que fera-t-il pour rapprocher encore davantage de lui Mme Mirevault et la mettre à l'unisson de sa folie? Par des lectures, par des rêveries, par un certain décadentisme, il aiguisera jusqu'au détraquement sa sensibilité. Délivrés du mari qui est parti avec l'Italienne, ils font ensemble un voyage sur la Méditerranée, mais sans assez consulter la force d'endurance de Mme Mirevault, laquelle tombe dangereusement malade à Saint Tropez. C'est peut être la mort. Jean de Merrien se méfie des médecins, et en particulier d'un certain Michel, une célébrité de l'art, professeur à la Faculté, en qui ces dames et Claire Mirevault surtout ont une absolue confiance. Cependant, malgré ses répugnances, il est obligé de mander Michel qui accourt et guérit la malade. Comme il gémit de son impuissance et de la supériorité de Michel auprès de Claire et de la reconnaissance émue que celle-ci témoigne à son sauveur! Est-ce que l'époux et l'amant ne devraient pas en même temps être le médecin? A Paris, Michel continue à faire ses visites presque quotidiennes. Au fond, la malade n'est à l'ami qu'autant que le docteur le permet. Un jour, dans un accès de rage jalouse, Jean de Merrien force la porte du cabinet de Michel et constate qu'il s'est trompé, que le médecin donne des soins absolument nécessaires. Irrité contre lui-même, incapable d'aimer sans horriblement souffrir et faire souffrir, trop sensuel, trop déraisonnable dans la passion, il part pour un voyage lointain et peut-être sans retour. Voilà l'histoire racontée par Jean de Merrien lui-même et qu'après son départ il envoie à la bien-aimée.

Peut-être quelques-uns n'estimeront-ils pas cette fin très logique. Pourquoi se sépare-t-il de la femme adorée au moment où il en est passionnément épris et où il a la preuve de sa fidélité? Une élégance de bonne conversation, relevée de poésie, une belle tenue distinguent le roman de M. de la Rochefoucauld.

Ames d'autrefois.

Encore une femme à ajouter à la liste des romanciers de talent. Il y a tout dans ce petit livre: une phrase à la fois classique et personnelle, donnant toute la pensée de l'auteur et sonnant à l'oreille comme une musique; une morale pure unie à un récit captivant, et la plus harmonieuse composition. Presque tous les romans masculins sont faits de pièces et de morceaux; on y voit, comme dans une lanterne magique, des scènes succédant à d'autres scènes, sans aucun lien entre elles. Ici, tout s'enchaîne; les faits se tiennent étroitement, j'allais dire qu'ils s'engendrent les uns les autres. L'histoire se passe sous la Révolution et sous le Consulat. Dans un château du Périgord, nous apercevons une veuve impérieuse, maintenant autour d'elle les anciens principes. Elle a deux enfants: Martial et Lucette. Fort épris d'une jeune huguenote hollandaise, que la maladie de son père a retenue dans le village périgourdin, Martial veut l'épouser. Comment ne l'aimerait-il pas? Elle a toutes les vertus avec la beauté. Mais sa mère, Mme de Fonspeyrat, entre en fureur dès que Martial lui fait entrevoir son dessein. D'un autre côté, le père de la jeune fille ne cédera jamais et n'aura pas pour gendre un papalin. En vain l'oncle de Martial, un doux philosophe, essaye-t-il d'intervenir. Il ne rencontre des deux parts qu'inflexibilité. Le vieux huguenot, craignant tout et sachant l'amour profond de sa fille Katerine, quitte le pays sans dire à personne où il va. Peut-être par mille persécutions Mme de Fonspeyrat a-t-elle aidé à cette fuite. Désespéré, Martial, ô abomination! s'engage dans les armées de la Révolution et s'attache à la fortune de Buonaparte. Pendant qu'il guerroie, Mmede Fonspeyrat oblige sa fille Lucette à renoncer à un beau et jeune chevalier, pour s'unir à l'oncle de celui-ci, âgé, presque défaillant, mais d'une immense fortune. La châtelaine est arrivée à ses fins et à tout faire plier devant elle. Mais quelle vieillesse elle s'est ménagée! Quelle tristesse est la sienne! La jeune Katerine, retirée en Hollande, devient orpheline. Jeune, sans soutien, que deviendra-t-elle? Elle se rappelle le vieil oncle de Martial, le philosophe indulgent, et lui écrit. Celui-ci appelle près de lui Katerine et la confie en mourant à une de ses vieilles amies, fort en désaccord avec Mme de Fonspeyrat. Cependant comme celle-ci se désole dans sa solitude, on lui envoie de temps à autre, sous un nom supposé, la douce Katerine. Quand Martial revient avec des blessures, qu'aperçoit-il au chevet de sa mère minée par le chagrin et mourante? Sa fiancée. On devine la suite: Mme de Fonspeyrat expirée, il épouse la bien-aimée de sa première jeunesse. Encore une fois, cela est fort bien conduit, avec une sûreté et une phrase exquise qui ne défaillent jamais et qui nous enchantent.
E. Ledrain.