L'ENQUÊTE SUR L'INCIDENT DE HULL: LES TÉMOINS

Les seules séances un peu pittoresques que pouvait nous offrir la conférence internationale chargée de l'enquête sur l'Incident de Hull sont maintenant passées; ce sont celles au cours desquelles ont déposé les armateurs, patrons et matelots des chalutiers qui péchaient sur le Dogger Bank, lors du passage de l'escadre russe.

Mais une déposition, parmi toutes celles-là, a provoqué dans l'auditoire un vif mouvement de curiosité; c'est celle que fit, dans l'après-midi du mercredi 25 janvier, M. George Beeching, armateur, qui a indiqué, avec une grande précision de détails, les conditions dans lesquelles les chalutiers de la mer du Nord, et ceux du port de Hull en particulier, pratiquent la pêche. Ce fut une véritable et très instructive leçon de chose.

D'abord, on vit M. George Beeching sortir d'un petit coffret un modèle réduit du chalutier qu'il déposa sur le bureau de la commission; puis on apporta devant lui de grosses lanternes bien brillantes, bien nettes, de ces fanaux aux formes trapues, aux glaces épaisses et protégées par de solides armatures de cuivre, qui sont en usage à bord des navires et qu'on appelle feux de position. Et, devant ces accessoires, il commença sa conférence technique.

Sa déposition terminée, il fut demandé au témoin s'il avait embarqué des torpilles. A quoi il répondit d'un accent ferme:

--Non, certainement.

--Y avait-il des Japonais à bord?

--Non, monsieur.

--Un bruit quelconque de la présence d'un navire de guerre dans les parages de Hull, est-il venu à vous?

--Non, jusqu'au passage des navires russes.

Le commandant Clado, qui était embarqué sur le Prince-Souvarof en qualité de second capitaine de pavillon de l'amiral Rodjestvensky, allait apporter, avec non moins d'énergie et de précision, dans sa déposition, des affirmations tout autres.

Fanaux des pêcheurs de Hall.

Le commandant a été entendu dans les deux séances tenues mardi dernier, 31 janvier. Le matin, il a déposé en russe, comme il avait été convenu. Mais, alors que, pour les autres témoins, c'est un traducteur qui lit la version française des dépositions, c'est M. Clado lui-même, qui, le même jour, à la séance de l'après-midi, a donné lecture de la traduction de sa déposition. Il l'a fait d'une voix claire, sans le moindre accent.

Et il attesta la présence, dans les eaux de Hull, sur le lieu de l'incident, non pas d'un, mais de deux torpilleurs, reconnus à la forte volute d'écume que soulevait leur étrave, à leurs doubles cheminées basses et crachant des panaches de fumée.

La chemiserie Clément, avenue de
la République, après l'explosion.