ADOLF MENZEL

Le peintre Adolf Menzel, qui vient de mourir, à Berlin, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, n'était guère connu en France, encore qu'il eût participé à toutes nos expositions universelles: en Allemagne, il était

Le grand peintre
allemand Adolf Menzel.
D'après un instantané.
célèbre, national, et l'une des gloires de l'école. En 1899, l'empereur Guillaume II avait consacré son renom en lui accordant, par une faveur exceptionnelle, le grand cordon de l'Aigle rouge, C'était un étrange petit vieillard, au front saillant, tout blanc de poils, aux allures de gnome, une manière de marmouset de la Forêt-Noire, d'humeur, dit-on, assez atrabilaire. Ces particularités mêmes de son caractère et de son physique avaient contribué, peut être aidant que son talent, à rendre sa figure populaire.

Il avait débuté dans la lithographie, au moment où l'art de Senefelder, tout nouvellement créé, était dans le plein de sa vogue. Il était demeuré, jusqu'au bout et par-dessus tout, un illustrateur au crayon alerte et précis. Comme peintre, son oeuvre se peut diviser en deux parties: l'une, à laquelle il se donna avec passion, avec ferveur, fut consacrée à glorifier les actions du grand Frédéric, celles qu'a recueillies l'histoire et celles de la légende; l'autre où il semblait se délasser en reproduisant des scènes de la vie réelle. Le premier cycle surtout devait enthousiasmer l'empereur Guillaume II, qui donna un jour au peintre cette joie de faire reproduire en tableau vivant, à la cour, par des personnages fort haut placés, l'une de ses toiles les plus fameuses, la Séance de, musique, où Frédéric tient en personne son instrument favori, cette flûte dont si allègrement son père, le «Gros Guillaume», lui cassa parfois sur les reins quelque exemplaire. Sans doute la postérité cotera-t-elle plus haut la Forge, la Pâtisserie à Kissingen, En chemin de fer et autres oeuvres où Menzel s'est montré observateur amusant, naturaliste au meilleur sens du mot.