LA BANDE d'ABBEVILLE

Depuis le 8 mars, les débats d'un procès sensationnel se déroulent devant la cour d'assises de la Somme; procès important par la qualité des accusés et le nombre des crimes qui leur sont reprochés.

De 1900 à 1903, dans toutes les grandes villes de France--châteaux, villas, églises--des cambriolages audacieux furent commis, dont on ne pouvait surprendre les auteurs. Le 22 avril, à la suite d'un vol qualifié à Abbeville, de l'assassinat d'un agent et d'une tentative de meurtre sur un brigadier de police, le chef d'une association de malfaiteurs et ses deux lieutenants tombaient entre les mains de la police. C'était la découverte de la bande qui ne comprenait pas moins d'une quarantaine d'affiliés. Vingt-neuf purent être connus; vingt-trois sont sur les bancs de la cour d'assises, les autres ayant pris la fuite.

La bande possédait des outils de cambriolage d'une perfection inconnue jusqu'à ce jour. Telle trousse qui figure parmi les pièces à conviction,

Jacob, chef de la bande. dont chaque instrument s'emboîte dans une unique poignée, fut estimée 10.000 francs; un levier est d'une force de 2.000 kilos.

Parmi les hauts faits de la bande il faut signaler le vol, à la cathédrale de Tours, de tapisseries du dix-septième siècle d'une valeur de 200.000 francs. Chez un bijoutier, rue Quincampoix, à Paris, après avoir perforé un plafond, trois accusés s'introduisirent en plein jour, un dimanche, et emportèrent pour 130.000 francs de bijoux et de valeurs.

Jacob, le chef de l'association, n'a pas avoué, à l'instruction, moins de 150 cambriolages et plusieurs incendies volontaires. A dix-huit ans, il était condamné pour fabrication d'explosifs; à vingt ans, s'étant fait passer pour un commissaire de police, il opérait une prétendue perquisition, à Toulon, chez un commissionnaire au mont-de-piété et se faisait remettre par lui de nombreux bijoux et titres. Il a à peine vingt-quatre ans.

Son attitude, à l'audience, est extraordinaire. Il raille, il bafoue ses victimes, dont la richesse, dit-il, est une insulte permanente à la misère. Le président ne peut le retenir. Il part à tout moment en récriminations contre la société, se répand en bavardages de club révolutionnaire, proclamant qu'il avait le droit d'exercer les «reprises» qu'on lui reproche comme vols. C'est un type peu banal, malfaisant, dangereux mais curieux. Il ironise, plaisante, parfois pas sottement, cynique, jamais à court de reparties et toujours parfaitement indifférent, semble-t-il, aux conséquences de ses actes, quelles qu'elles soient; enfin un bandit de la nouvelle école, par certains cotés intéressant à étudier.

Ferrand, qui n'est pas plus âgé que Jacob, a reconnu, au cours des différentes audiences, être l'auteur d'une soixantaine de cambriolages.

Bour, qui a tué, près d'Abbeville, un agent, Pelissard, Serré, Vaillant, ont une attitude cynique. Tous les accusés étaient, du reste, solidement armés et ils n'ont dû de s'échapper souvent qu'en faisant feu sur ceux qui, les ayant surpris, les poursuivaient.

Félix Bour. Serré. Vaillant. Ferrand. Pelissard.