L'ACQUISITION DES CHARMETTES
Les Charmettes, cette agreste maison de Mme de Warens, blottie au fond d'un vallon de la Savoie, à deux pas de Chambéry; les Charmettes, où Jean-Jacques coula auprès de la «Maman» quelques-uns des rares bons jours de sa vie aventureuse, allaient être vendues, c'est-à-dire accaparées, fermées aux pèlerins, détruites peut-être. L'Etat, en accordant 25.000 francs pour le rachat de cette maisonnette, fameuse dans l'histoire de la littérature, la conserve au culte de Rousseau. Les fidèles, de nouveau, pourront librement errer dans les allées étroites du jardinet, bordées de roses en été, et y rêver devant le calme horizon de montagnes; ils pourront franchir la porte basse, cintrée, que, les premiers soleils revenus, des glycines vénérables et toujours vigoureuses ombragent de leurs grappes mauves et, sous la conduite des guides obsédants, visiter le petit musée où, à l'aide de meubles d'authenticité douteuse, on s'est efforcé de reconstituer l'intérieur où vécurent les deux amis.
Mme de Warens règne encore là en effigie et la reproduction photographique d'un pastel de Quentin de la Tour, retrouvé, en 1894, à Londres, et identifié par lady Playfair, image où la «Maman» revit telle que la décrivent les Confessions, avec «un air caressant et tendre, un regard très doux, un sourire angélique» est l'une des choses les plus attachantes de cette galerie de souvenirs, l'une de celles devant lesquelles le visiteur s'arrête plus volontiers.
La façade des Charmettes, avec sa glycine.--Phot. Fortin.