A TRAVERS LES LANDES

ENTRE ARCACHON ET BIARRITZ.--Les équipages de mules landaises sur tracé du futur boulevard automobile.

Un voyage d'exploration en France est chose peu commune. Le cas vient de se produire néanmoins et une caravane, composée d'une quarantaine de voyageurs, les uns à cheval, les autres en voitures traînées par des mules, vient de traverser les Landes, d'Arcachon à Biarritz, en longeant l'Océan.

Cette caravane avait pour mission de reconnaître le tracé d'une route qu'on a projeté de construire et qui sera spécialement réservée aux automobiles.

Ce sont deux sportsmen landais, MM. Bacon, maire de Labouheyre, et Vigneau, qui ont eu l'idée de créer cette route. Le «boulevard automobile Arcachon-Biarritz» reliera les deux grandes stations balnéaires par une voie longue de 135 kilomètres placée à 300 ou 400 mètres de l'Océan; la chaussée, large de 20 mètres, sera en béton armé et clôturée de chaque côté.

Actuellement il n'existe pas de route praticable dans les Landes et la caravane, partie d'Arcachon, marcha pendant quatre jours en se faufilant à travers la forêt de pins ou en parcourant de vastes dunes. Les mules, sans traits, simplement attelées par le cou à la flèche de la charrette au moyen d'un carcan rectangulaire de bois et de cuir, lentement tiraient les bros, petites voitures à roues larges faites pour aller sur le sable. Piétinant les hautes herbes ou les arbustes, les vigoureuses bêtes traînaient les bros qui passaient à tous moments sur le tronc d'un arbre abattu et retombaient ensuite dans une ornière profonde.

A la nuit, après douze heures de marche, la caravane avait ainsi franchi une soixantaine de kilomètres. Et, dans deux ans, c'est sur ce même sol, foulé hier par le sabot des mules se frayant un chemin à travers la brousse, que les automobiles silencieuses fileront à 120, 130 kilomètres à l'heure--et, qui sait, peut-être plus vite encore--sur une route droite, unie, sans obstacles, mais traversant cependant une région pittoresque où le calme des immenses forêts n'est troublé que par le bruit imposant des vagues de l'Océan s'écrasant sur le sable fin.

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