QUELQUES ASPECTS ACTUELS DE PORT-ARTHUR
UNE SOIRÉE AU SOUS-SECRÉTARIAT DES BEAUX-ARTS, RUE DE VALOIS.
--Phot. Paul Boyer.
En prenant possession du sous-secrétariat des Beaux-Arts, M. Dujardin-Beaumetz a tenu non seulement à montrer tout de suite l'esprit d'initiative, l'activité qu'il entendait apporter dans l'exercice de sa haute fonction, mais encore à donner des gages de cette sociabilité qui lui vaut d'être cité parmi nos hommes politiques tes plus aimables et les plus accueillants. Un de ses premiers soins a été de faire rafraîchir et aménager les somptueux salons de la rue de Valois, afin d'y organiser des réceptions hebdomadaires qui ont été immédiatement très courues du Tout-Paris artistique et littéraire. La soirée de samedi dernier fut réussie à souhait: nombreuse et brillante assistance et beau programme comprenant notamment le premier acte de Lakmé, interprété par Mme Vallandri, Delvoye, Porno, etc. et M. Clément, de l'Opéra-comique.
S. M. la reine Alexandre d'Angleterre. S. M. la reine Amélie de Portugal. S. M. la reine douanière Maria-Pia de Portugal.
TROIS REINES
Photographie prise par le correspondant de l'Illustration, M. Benoliel, après le déjeuner en l'honneur de la reine d'Angleterre offert au palais de Cintra par la reine Maria-Pia, mère du roi Carlos de Portugal.
Smith. Albert Almond. William Smith.
Arthur Rea. John Nixon.
l'épilogue d'un incident international--Physionomies des victimes de la canonnade de Hull après le versement de l'indemnité russe.
On vient de verser aux marins qui furent victimes de la canonnade des Russes, sur le Dogger-Bank, les indemnités qui leur ont été accordées. Un photographe s'est trouvé là, fort à point pour voir, comme on dit vulgairement, la tête que faisaient les marins du Crâne sous cette pluie d'or. Le second, William Smith, a touché 50.000 francs; les quatre matelots: John Nixon, Arthur Rea, Albert Almond et Smith, respectivement 12.500, 10.000. 7.500 et 6.250 francs. Tous étaient venus endimanchés comme à la noce, et, si Rea et Smith demeurèrent assez flegmatiques devant l'objectif, en revanche, un franc sourire illuminait les figures des trois autres.
Documents et Informations
La lecture des livres étrangers au Japon.
Il est fort intéressant de savoir si les Japonais sont curieux de la littérature des pays étrangers et dans quelles proportions les livres étrangers concourent à leur éducation.
Un récent rapport de M. Harmand, notre ministre plénipotentiaire à Tokio, nous apporte des documents capables de nous donner sur ce point d'importants renseignements.
Nous y voyons tout d'abord qu'en 1901, les livres étrangers les plus lus au Japon étaient les livres allemands; puis venaient les livres anglais, les livres américains, les livres chinois et les livres français. Mais, en réalité, les livres français étaient huit fois moins lus que les livres allemands.
Deux ans après, en 1903 quelques changements s'étaient produits: les livres allemands ont un peu moins de vogue; mais les livres anglais ont un succès immense: ils sont quatre fois plus demandés que les précédents. Les livres américains gagnent un peu. Par contre, les livres chinois sont délaissés et les livres français sont un peu en hausse.
Toutefois, en proportion réelle, les livres français sont vingt fois moins demandés que les livres anglais.
D'après M. Harmand, les livres importés de France sont pour la plupart des ouvrages de droit et des romans. Les livres de science proviennent d'Allemagne, d'Angleterre et des États-Unis.
Une explosion d'acétylène.
On ne saurait trop recommander la prudence la plus méticuleuse et la plus continue dans la manipulation et l'usage des appareils à acétylène. Ce mode d'éclairage, qui rend des services si sérieux, si incontestables, dans les localités dépourvues d'usine à gaz, est dangereux, moins par ses pouvoirs asphyxiants que par ses risques d'explosion, au moment de la fermeture ou de l'ouverture des récipients.
Une maison éventrée par une explosion d'acétylène à Pierrefeu (Var).--Phot. Lebègue.
C'est ainsi qu'il y a trois ans environ, un appareil à acétylène, explosant dans une cave d'un hôlel-restaurant d'Aix-en-Othe (Aube), éventra le plancher du rez-de-chaussée, tua la jeune femme du restaurateur, M. Trottier, et blessa plusieurs personnes. Une explosion plus terrible encore vient de se produire, il y a quelques jours, dans la commune de Pierrefeu (Var), au café de l'Europe. Vers 8 heures et demie du soir, de nombreux clients se trouvaient dans l'établissement, lorsque, tout à coup, une détonation formidable se fit entendre. Les murailles s'écroulèrent, les plafonds et les planchers s'effondrèrent, ensevelissant et tuant les propriétaires de l'établissement, M. et Mme Camoin, blessant plus ou moins grièvement les consommateurs présents.
Nos photographies donnent une juste idée de la violence inouïe de cette explosion.
Un nouveau traitement du rhume de cerveau.
Il existe mille et une méthodes de traitement du rhume du cerveau, ce qui démontre clairement qu'il n'y en a pas une seule de bonne. Il n'est aucun de nous qui n'ait essayé de plusieurs de celles-ci et qui n'ait éprouvé leur inefficacité. Aussi croyons-nous devoir signaler le mille deuxième procédé imaginé par le professeur Henle, de Breslau.
Il est fort simple d'ailleurs. Cela consiste, quand on sent commencer un rhume de cerveau, à s'aller pendre, ou à peu près; il ne faut pas aller jusqu'au bout de la pendaison.
Pour parler sérieusement, la méthode de M. Henle consiste à enserrer légèrement le cou avec un tube en caoutchouc que l'on attache après l'avoir serré de telle manière qu'il produise une turgescence manifeste des veines de la face. La face doit être un peu gonflée et rouge. Le tube de caoutchouc a pour effet de ralentir la circulation veineuse de la tête. Il doit rester deux ou trois heures en place et, pendant qu'il opère, on sent diminuer et disparaître les sensations de picotement nasal et l'écoulement. Si le rhume paraissait vouloir revenir, on aurait de nouveau recours au caoutchouc: il est rare qu'il faille plus de deux séances coup sur coup pour empêcher un rhume de s'installer. Le remède, on le voit, est simple; il serait très efficace d'après M. Henle, quand on a soin de l'employer à temps, c'est-à-dire dès la première menace d'un rhume.
Prévention de la maladie des cidres.
Dans la fabrication ordinaire du cidre, le moût, obtenu par pression ou par diffusion, est abandonné à la fermentation sans aucune addition de levure, de sorte que l'on n'est pas maître de cette fermentation, qui marche tantôt bien, tantôt mal, et fournit des cidres de qualité vraiment médiocre.
Le ferment qui agit dans ces conditions est celui qui se trouve répandu sur la pelure des pommes.
Or, si, avant de broyer les pommes, on les lave dans de l'eau formulée à 8/1000 et qu'on enlève ce liquide par un second lavage dans l'eau pure, le broyage et le pressurage étant faits ensuite avec des appareils préalablement lavés avec la même solution à 4/1000 les moûts ainsi obtenus ne fermentent plus. Ils ont été stérilisés par la soustraction des ferments de la pelure.
Ces moûts stériles présentent deux grands avantages: d'abord, ils peuvent voyager; des échantillons ont subi avec succès le voyage de Rennes à Buenos-Ayres, aller et retour; les traces de formol qu'ils renferment disparaissent au bout de quelques jours. D'autre part, ils peuvent être ensemencés avec des levures de choix, connues pour la bonne qualité des boissons qu'elles produisent.
Cette application directe des méthodes pastoriennes au cidre est duc à M. Perrier; elle mérite d'être connue. Le cidre est une boisson assez répandue pour qu'on se préoccupe d'assurer sa qualité et de lutter contre ses maladies, comme on a appris à le faire contre les maladies des vins et de la bière.
La vogue du pois chiche.
Le pois chiche semble jouir présentement d'une faveur qu'il n'a jamais connue. La production de pois chiches en France représente une valeur de 12 ou 13 millions de francs. Jusqu'ici, l'exportation était assez faible; mais, en 1904, elle s'est considérablement relevée.
L'importation, par contre, est importante. En 1904, pour neuf mois seulement, elle a représenté plus de 10 millions de francs. Les pois chiches non indigènes viennent du Maroc, de l'Algérie, de la Turquie et aussi des Indes. Mais les pois chiches des Indes ne s'offrent qu'au bétail: les autres sont réservés à l'homme.
Dans le midi de la France, la consommation de pois chiches est en croissance évidente; il s'en consomme en Italie aussi, et depuis longtemps les Espagnols sont particulièrement friands de ce produit. Mais la concurrence s'en mêle; d'autres amateurs surgissent. Il faut espérer toutefois qu'il n'y aura pas de «crise des pois chiches» et que cet excellent légume restera, comme maintenant, abordable.
La criminalité en France.
Le rapport sur l'administration de la justice criminelle en France, qui vient d'être publié, concerne l'année 1902.
On y lit que le nombre total des affaires criminelles soumises au jury, en 1902, est descendu à 2.024, après avoir été de 2.524 en 1899, de 2.283 en 1900 et de 2.103 en 1901.
Dans ce chiffre, la proportion des crimes contre les personnes est de 51% et celle des crimes contre les propriétés est de 49%.
Si l'on considère la période quinquennale 1891-1895, on voit qu'en cinq ans, la diminution du nombre des crimes a été de 29%, se partageant ainsi qu'il suit: 35%pour les crimes contre les biens et 27% pour les crimes contre les personnes.
En 1902, la proportion des accusés, selon le sexe, a été la suivante: 86 hommes et 14 femmes sur 100 accusés; selon l'état civil, 62 célibataires, 32 mariés et 6 veufs ou divorcés.
Abstraction faite des individus qui n'ont pas de profession, c'est la classe des accusés occupés à des travaux de manutention et de transports journaliers urbains pour la plupart qui, dans ses rapports avec la catégorie correspondante d'habitants, présente la proportion la plus forte (167 sur 100.000).
Au dernier degré de l'échelle criminelle se placent l'agriculture et les services publics (8 et 7 sur 100.000).
Mouvement littéraire
1815, tome III, par Henry Houssaye (Perrin, 7 fr. 50 et 3 fr. 50)--L'Armée moderne et les États-majors, par Pierre Baudin (Flammarion, 3 fr. 50).
1815.
Le tome III de M. Henry Houssaye commence après Waterloo et comprend l'abdication, la rentrée de Louis XVIII et la Terreur blanche. Que rencontra Napoléon revenant à Paris le 20 juin? L'hostilité de la Chambre des pairs et du Corps législatif où dominaient les libéraux comme La Fayette... Un seul moyen lui restait: user de son pouvoir de prorogation ou de dissolution des Chambres. Il pouvait faire un dix-huit brumaire légal et s'emparer de la dictature. C'est ce que lui conseillait Lucien. Mais l'esprit de décision de sa jeunesse et sa confiance ancienne en son étoile lui manquaient. En vain les fédérés, les soldats, les ouvriers criaient: Vive l'empereur! devant l'Elysée, il ne crut pas, dans la situation présente, pouvoir, sans les Chambres, réussir à chasser l'étranger; il craignait pareillement de déchaîner les foules révolutionnaires.
Trahi par Fouché, il abdique en faveur de son fils et se laisse persuader de quitter Paris pour s'établir, en attendant les événements, à la Malmaison (25 juin). De là il eut encore pu s'échapper; les tambours et les vivats des soldats qui passaient lui réveillaient toutes ses humeurs guerrières; il demanda à la commission exécutive, composée de cinq membres, avec Fouché comme président, de prendre le commandement des troupes, ce qui lui fut refusé. Fouché intriguait avec Vitrolles et, sans désirer nettement les Bourbons, se ménageait, dans la prévision de leur retour. Aussitôt après la nouvelle du désastre, Louis XVIII s'était acheminé de Gand vers la France. Après s'être arrêté à Cambrai, il en était parti le 30 juin sur l'avis de Wellington et, le 8 juillet, faisait son entrée solennelle dans Paris. En échange de ses bons offices, le général anglais lui imposa Talleyrand dont il savait l'habileté, et l'engagea à signer la nomination de Fouché comme ministre de la police. Etait-il possible de se passer de cet homme, un régicide, mais qui tenait dans ses mains le pouvoir et tous les fils de toutes les intrigues?
Que devient l'empereur, lequel, dans ces circonstances, est si loin de l'énergie première? Il se rend à Rochefort, afin de s'embarquer, sur une frégate française, pour les États-Unis. Mais, craignant la croisière ennemie et comptant sur la noblesse du peuple anglais, il se livre à Maitland, commandant du Bellérophon.
Rien de plus lamentable que l'état de la France pillée, incendiée et violée par les alliés. De plus, le parti vainqueur dresse ses listes de proscription. Des massacres illégaux comme, à Avignon, celui de Brune, dont le cadavre est traîné dans les rues et précipité dans le Rhône, se mêlent aux exécutions juridiques de La Bédoyère de Ney et des frères Faucher.
La Chambre introuvable élue, Fouché ne pouvait rester au pouvoir. On le nomme ministre de France à Dresde. Atteint, au commencement de 1816, par la loi contre les régicides relaps, il mourut en exil, l'an 1830.
Avec une belle éloquence toute littéraire et des documents précis et nombreux, M. Henry Houssaye nous a représenté ces mois si dramatiques. Il s'arrête à la chute de Talleyrand et au ministère du duc de Richelieu (25 septembre) qui signa les préliminaires de paix avec les quatre puissances.
L'Armée moderne et les États-majors. M. Pierre Baudin, dans ses études, examine l'ancienne armée avec le remplacement et les sept ans; l'armée de M. Thiers, sans homogénéité, prétend-il, avec les cinq ans et le volontariat; l'armée de trois ans avec les dispenses; enfin l'armée nouvelle avec la loi de deux ans et la suppression des dispenses. Pour le première fois, dit M. Baudin, nous aurons, comprenant toutes les forces intellectuelles, la nation armée en laquelle il se sent plein de confiance pour le: luttes futures ou pour maintenir fermement la paix autour de nos frontières.
Mais ce qu'il faut surtout considérer c'est l'état-major qui prend toutes les dispositions pour les guerres possibles. En Allemagne, il est peu nombreux et de sélection très étroite. Il ne comprend pas plus de deux cent quarante-huit officiers, débarrassés de tout formalisme administratif et de toute paperasserie. Chez nous, les officiers d'état-major sont au nombre colossal de sept cents--la Russie n'en compte que six cents--et s'occupent beaucoup trop d'administration minutieuse, en même temps qu'un certain nombre sont employés comme officiers d'ordonnance. Il les faudrait renfermer dans les questions techniques et stratégiques et dans les rapports sur les armées étrangères. C'est une critique sérieuse que fait de notre état-major, dont il reconnaît du reste les grandes qualités, M. Pierre Baudin. Dans son patriotisme, il le voudrait aussi parfait qu'il le désire. Son examen de l'état-major russe, composé de six cents officiers et son regard sur les causes des désastres en Extrême-Orient sont fort curieux. Au fond, je retrouve là ce que j'avais lu dans le livre d'un homme fort compétent, le général Zurlinden.
(Souvenirs de 1870).
A l'Académie de guerre de Saint-Nicolas, les commandants russes n'ont pas appris la guerre napoléonienne, la guerre d'attaque, toute en mouvement; ils font la guerre de position comme au dix-huitième siècle et comme nos généraux de 1870; ils cherchent les postes avantageux et y attendent l'ennemi. Or, avec les troupes de première ligne, il s'agit, dans les luttes modernes, de précipiter les chocs, d'aborder l'adversaire et de le culbuter, réservant, pour achever l'action ou pour les actions ultérieures, les troupes de seconde ou de troisième ligne, les réserves. Ce qui a réduit les Russes à la désastreuse guerre de position, ce n'est pas seulement leur enseignement militaire, mais leur peu de préparation. Pour l'agression et pour le mouvement, il ne faut pas des bandes ramassées rapidement, sans cohésion suffisante, mais une armée si une qu'elle ne paraisse que comme une seule force, et presque comme un seul homme. Dans les batailles, il est pareillement nécessaire de tout prévoir. Napoléon, d'avance, se rendait compte des forces et des projets de l'ennemi. Il semblait avoir assisté au conseil de ceux qui se tenaient en face de lui. Rien de plus lucide et de plus vigoureux que le livre militaire de M. Pierre Baudin.
E. Ledrain.