PREMIÈRES REPRÉSENTATIONS

L'Armide, de Gluck, charme les habitués de l'Opéra malgré son caractère archaïque et la surabondance de formules vieillies, affirmant ainsi ta toute-puissance de la mélodie, de l'art de tendresse, de grâce et aussi d'inspiration adéquate aux sentiments exprimés. L'interprétation est supérieure avec Mlle Bréval, excellente avec Mmes Féart, Demougeot, Verlet et M. Delmas, suffisante avec les autres interprètes.

Nous avons déjà enregistré plus haut la nouvelle victoire que compte la Comédie-Française avec le Duel, de M. Henri Lavedan, pièce originale, hardie et fort émouvante ainsi que nos lecteurs pourront en juger. L'interprétai ion est à la hauteur de l'oeuvre. Mme Bartet, MM. Le Bargy, Paul Mounet et R. Duflos forment un ensemble d'une perfection absolue.

Nous publierons également l'Armature, pièce en cinq actes, tirée d'un roman de M. Paul Hervieu, par M. Brieux, et représentée au théâtre du Vaudeville. L'auteur y développe, avec son entente habituelle de la scène, le thème déjà connu des déboires et des turpitudes qu'occasionne la fusion irréalisable de la noblesse traditionnelle avec les fortunes trop rapides de la finance. Mlle Cerny et M. Grand jouent leurs rôles, les seuls sympathiques de la pièce, avec une ardeur des plus communicatives.

AVANT LA PROCHAINE BATAILLE NAVALE.
--Le pont avant du "Mikasa", cuirassé-amiral de la flotte japonaise.
Cette photographie a été prise au cours d'une réception des correspondants de guerre étrangers par l'amiral Togo.

Documents et Informations

Les réclames commerciales au Japon, le long des voies de chemin de fer.

Publicité pittoresque au Japon.

Décidément, les Japonais ont résolu d'étonner le monde en s'assimilant la civilisation occidentale sous toutes ses formes: rien n'échappe à leur ardeur imitatrice, pas même la très moderne industrie de la publicité. Chez nous, on ne le sait que trop, hélas! celle-ci ne se contente plus des murailles des villes et des épaules des hommes-affiches pour étaler ses mirifiques boniments, copieusement illustrés et violemment enluminés; elle s'est emparée des terrains situés en bordure des voies ferrées, elle envahit les sites les plus agrestes, à la grande désolation des amateurs de paysages. Cette innovation du progrès était, paraît-il, une de celles que le Japon nous enviait, à l'égal de nos institutions; comme nous, il avait déjà des chemins de fer, mais il se sentait en état d'infériorité notoire, tant que son réseau n'était pas, comme le nôtre, bordé d'un indicateur commercial exhibant, sur le passage des trains, d'aguichantes réclames, et son amour-propre national devait en souffrir. Là encore, les Nippons, se piquant d'émulation, ont voulu se mettre «à la hauteur»; c'est chose accomplie aujourd'hui. Ils apportent d'ailleurs à l'application du système leur ingéniosité proverbiale, les ressources particulières de leur art et, en voyageant chez eux, à la vue de ces écriteaux décorés d'images, de ces édicules bizarres, de ces mannequins dressés le long des rails, peut-être, le prestige de l'exotisme aidant, goûterions-nous le pittoresque «bien japonais» d'un procédé de publicité emprunté par eux à notre Occident, où, bien que fort pratiqué, il ne compte pas précisément parmi les spectacles faits à souhait pour le plaisir des yeux.

Le fusil-mitrailleuse Rexer en position de tir avec son ruban-magasin à cartouches.

Une mitrailleuse perfectionnée.

On annonce que le gouvernement russe vient de commander un certain nombre de mitrailleuses d'un modèle tout récemment créé par un ingénieur danois, M. Rexer. Le Japon avait d'ailleurs devancé son adversaire: il va utiliser à bref délai, si ce n'est fait déjà, une quantité importante de «rexers», et l'armée anglaise a mis, la semaine dernière, en essais la nouvelle arme. En effet, l'an dernier, tandis que le roi Édouard VII était en Danemark, il avait eu l'occasion d'assister aux expériences de M. Rexer et en avait immédiatement signalé l'intérêt au War Office. L'armée anglaise fut ainsi la première cliente de l'inventeur, que le gouvernement de son propre pays n'encourageait guère.

A en croire les spécialistes, la mitrailleuse, ou plutôt le fusil automatique Rexer, est une arme parfaite et appelée à détrôner les engins du même genre, comme les maxims, en usage jusqu'à présent.

Le rexer est, en réalité, une sorte de gros mousquet. On peut voir sur nos photographies combien sont réduites ses dimensions. Il ne pèse que 8 kilogrammes, alors que le poids de la moins lourde des mitrailleuses en service est de 37 kilogrammes. Un fantassin le porte aisément à la bretelle. Un cavalier le pend à l'arçon de sa selle, tandis qu'un cheval peut suivre avec 8.000 cartouches, de la dimension même des projectiles lancés par les maxims, et contenues dans un magasin en éventail, le «ruban à cartouches», qui, au moment de l'action, s'adapte directement sur le fusil.

Quant au fonctionnement de l'arme, tout ce qu'on en connaît par les quelques détails publiés jusqu'à ce jour, c'est que le canon, enfermé dans une enveloppe ou tube extérieur, est en partie mobile; le mouvement de recul que lui imprime chaque détonation est corrigé par l'action d'un ressort qui le ramène à sa place normale.

Ce double mouvement de va-et-vient actionne le mécanisme renfermé dans la culasse; celle-ci s'ouvre automatiquement; la cartouche vide est expulsée et la culasse se referme sur la nouvelle cartouche.

L'arme est complétée par un chevalet à deux jambes fixé à l'extrémité du canon, sur le tube extérieur. Pour tirer, l'homme peut s'étendre à plat ventre sur le terrain; il appuie la crosse sur son épaule droite; de la main gauche, il met en place les rubans à cartouches. Il n'a plus qu'à toucher la détente pour épuiser, en moins de deux secondes, le magasin qui comporte vingt-cinq cartouches.

Après quelque entraînement, un homme peut tirer jusqu'à trois cents coups en une minute, résultat obtenu au cours des essais qui ont eu lieu la semaine dernière à Ealing (Angleterre). Grâce au tube extérieur et aux deux pieds fixés à l'extrémité du canon, réchauffement de ce dernier n'interrompt pas le tir.

Nous ajouterons que les cartouches peuvent être tirées une à une, comme avec un fusil ordinaire, ce qui permet au soldat, en cas de besoin, de prendre son temps pour viser. L'effet du recul étant presque nul, l'arme ne dévie pas sensiblement pendant le tir et c'est un jeu pour un bon tireur, ainsi que l'ont prouvé les exercices de tir exécutés à Copenhague, que de faire mouche avec les vingt-cinq balles du magasin.

Cavalier armé du fusil-mitrailleuse Rexer et son cheval porteur d'une réserve de 8.000 cartouches.