UN AVERTISSEUR DE LA PRÉSENCE DE GAZ TOXIQUES DANS LES APPARTEMENTS.
En raison des défauts d'installation des appareils de chauffage, du manque d'aération suffisante, ou d'accidents survenant dans la tuyauterie ou la manoeuvre des robinets des appareils à gaz, les appartements sont exposés à être envahis par des gaz toxiques de diverse nature: acide carbonique, oxyde de carbone, carbures d'hydrogène, etc, plus ou moins lourds que l'air.
Il existe bien des appareils avertisseurs de la présence de ces gaz, mais ces appareils ne sont valables que pour un gaz déterminé.
MM. Hanger et Pescheux viennent de présenter à l'Académie des sciences un appareil avertisseur qui a le grand avantage de s'appliquer à tous les gaz toxiques, qu'ils soient plus lourds ou moins lourds que l'air.
Cet appareil consiste en une balance très sensible. A l'extrémité d'une des branches du fléau se trouve un récipient d'air normal hermétiquement clos, équilibré à l'autre extrémité par un plateau. Il est évident que, si le récipient est plongé dans un gaz plus léger ou plus lourd que l'air, l'équilibre se trouve rompu. Une aiguille attachée au fléau descend alors dans un bain de mercure et, en fermant un circuit électrique, fait tinter une sonnette d'alarme. Les effets de température et de pression sont corrigés par un thermomètre métallique et un baromètre anéroïde.
Dans ces conditions, la plus petite invasion d'un gaz autre que l'air fait fonctionner l'appareil.
Dans les mines, cet appareil dénoncerait la présence du grisou avec la plus grande sensibilité.
Mouvement littéraire.
Lamennais, sa vie et ses doctrines, par l'abbé Charles Boutard (Perrin, 5 fr.).--Louis XIV et la Grande Mademoiselle, par Arvède Barine (Hachette, 3 fr. 50).--Au service de l'Allemagne, par Maurice Barrés (Fayard, 1 fr. 50).
Lamennais.
Le livre de M. l'abbé Boutard est d'une vive actualité N'est-ce pas Lamennais qui, encore dans l'Église, a demandé le premier la séparation de l'Église et de l'État? Il l'a réclamée dans l'Avenir, après 1830, avec une singulière énergie. Déjà même, en pleine Restauration, quand il combattait le gallicanisme et se faisait déférer, sous Charles X au tribunal de police correctionnelle, on avait senti poindre, dans ses écrits, la théorie de la séparation M. l'abbé Boutard, dans le volume qu'il nous livre et auquel il nous promet une suite, étudie en ses origines et en ses premières manifestations, l'illustre et âpre polémiste, qui fut en même temps un si grand poète. Son travail s'arrête à l'année 1828. Né le 29 juin 1782. Félicité Robert de Lamennais montra dès son enfance un tempérament nerveux et enclin à la colère. Il aimait l'isolement. D'une farouche indépendance, il fit presque seul son éducation intellectuelle et fut son propre maître à lui-même. Près que malgré lui, après de nombreuses hésitations et au milieu d'inquiétudes mortelles, il entra dans le sacerdoce, poussé par son frère Jean, par un sulpicien, l'abbé Teysserre, et surtout par l'abbé Garron, qu'il avait connu à Londres pendant les Cent-Jours. Les volumes successifs de l'Essai sur l'indifférence obtinrent, surtout le premier, un prodigieux succès. C'est là qu'il établit comme critérium de la certitude le sens commun, le consentement général des hommes, mettait, pensait-il, à la base des connaissances humaines le principe d'autorité là où Descartes avait mis la raison individuelle. Impétueux, n'admettant la tyrannie d'aucun groupe, royaliste indépendant, catholique peu soumis à l'épiscopat français, répandant avec vigueur et sans atténuation ses sentiments, prenant souvent le ton d'un prophète, tel nous apparaît Félicité de Lamennais. M. Boutard termine son premier volume au moment où le grand Breton recrute des disciples et commence de fonder, avec l'abbé Gerbet, l'école de La Chesnaie. Qu'il me soit permis de dire ici toute ma pensée: le Lamennais de M. l'abbé Boutard est une des oeuvres les plus étonnantes et les plus inattendues. Dans la dédicace à M. Emile Olivier, l'auteur appelle Lamennais une âme haute et complexe. Croyant, d'une sûre doctrine. M. Boutard a traité celui qui a écrit les Paroles d'un croyant avec un respect presque attendri. Il signale évidemment ce qu'il estime les erreurs de Lamennais; il regrette que celui-ci ait reçu le sacerdoce sans préparation, sans même la préparation du grand séminaire; il sait tout ce qu'il y eut parfois de violent et d'amer dans l'indomptable Breton. Mais quelles nuances dans les jugements de M. Boutard! Quelle tolérance chez cet écrivain, attaché à la doctrine catholique et la connaissant si parfaitement! Quelle subtile psychologie! Son livre est un des plus beaux qu'il m'ait été donné de lire depuis longtemps. Catholiques, protestants, libres penseurs, trouveront un charme extrême dans ces pages si fermes, si attrayantes, si apaisées et qui portent l'imprimatur de l'autorité ecclésiastique.
Louis XIV et la grande Mademoiselle.
Avec une aimable érudition, Mme Arvède Barine (alias Mme Vincens), une favorite de l'Académie française, a raconté les jeunes amours de Louis XIV, son adolescence, ses fêtes galantes, son inclination première vers les libertins. Mais ce qui domine dans le livre de Mme Arvède Barine, c'est la Grande Mademoiselle. Dans un précédent volume, elle nous l'avait dépeinte au milieu de la Fronde, héroïque, batailleuse. Ici, c'est une autre Mademoiselle qui apparaît. La Fronde a éteint ses derniers feux; nous sommes en 1692. Mlle de Montpensier est reléguée dans le château de Saint-Fargeau, où elle s'ennuie, ne cherchant qu'un prétexte pour faire sa paix avec Mazarin, auquel elle finit par se soumettre. Elle se débat avec son père, Gaston d'Orléans, et avec sa belle-mère, qui voudraient lui enlever de son bien pour le faire passer à ses demi-soeurs. Aidée de Préfontaine, elle sait résister et parfaitement établir ses comptes. Mais, ce qui l'occupe surtout, c'est la recherche d'un mari. Un moment elle espère le grand Condé dont la femme est malade; mais celle-ci se rétablit. Epousera-t-elle Monsieur, frère du roi, qui a dix-sept ans?--elle en a trente. Mais cet adolescent, cette fille manquée, lui échappe. Le roi lui veut donner pour mari Alphonse VI, roi de Portugal, un être qui n'a rien d'humain et dont le corps exhale une odeur pestilentielle. Cette fois-ci, Mademoiselle, malgré son désir d'un époux, recule et refuse d'obéir au roi, son cousin. Charles-Emmanuel II, veuf de Mlle de Valois, aurait parfaitement convenu à la duchesse de Montpensier, mais le duc de Savoie la déclare trop âgée, ce qui la jette dans le désespoir.
Le comte de Lauzun était le plus petit et le plus insolent des cadets de Gascogne. La voilà éprise, elle, géante de quarante-deux ans, de ce nain rusé, malfaisant et le plus plat des courtisans. Le dessein de Louis XIV était alors de la marier avec Monsieur--on revenait à Monsieur, veuf de Henriette d'Angleterre.--Mais il lui faut Lauzun. Après avoir cédé sur ce point, le roi retire son consentement, ce qui amène des cris, des évanouissements, un beau tapage de Mademoiselle. Toute la cour et tout Paris s'amusèrent de cette vieille fille amoureuse. Comme Mme de Montespan passait pour s'être opposée au mariage, Lauzun poursuivit celle-ci de ses injures, ce qui lui valut un long exil dans la forteresse de Pignerol Pour le délivrer, Mademoiselle subit un chantage de la maîtresse royale et livra quelque beau morceau de sa fortune au duc du Maine. Mais si licencieux s'étalait Lauzun, qui lui coûtait cher, que Mademoiselle le chassa après l'avoir battu. Il est vrai qu'elle le reprit ensuite, mais pour peu de temps. Tel fut ce roman qui égaya si fort les contemporains. Mademoiselle mourut, sans connaître les charmantes douceurs de l'état conjugal--il est peu probable qu'il y eut un mariage secret entre elle et Lauzun--le 5 avil 1693, à l'âge de soixante six ans. Plus négligé, plus malpropre que jamais, Lauzun, à soixante-quatre ans, épousa Mlle de Lorges, qui comptait rapidement l'enterrer; il mourut à quatre-vingt-dix ans passés, en 1723. Une charmante vivacité tout académique anime et enchante le récit de Mme Arvède Barine.
Au service de l'Allemagne.
Il y a deux parties dans le volume de M. Barrés: la première historique et philosophique sur les races, sur la lutte entre l'esprit germain et l'esprit latin, établie à la pointe de la Lorraine. Peut-être désirerait-on là plus de rigueur scientifique; toutefois, M. Barrés excelle à analyser ce qui doit se passer dans l'âme d'un Alsacien, sous le casque pointu. Ehrmann a voulu demeurer dans la terre où l'on entend la voix des ancêtres et y maintenir la France. Est-ce que les émigrés servent vraiment la cause française? Ne vaut-il pas mieux, dans l'intérêt de la vieille patrie, ne pas abandonner le sol alsacien? Pendant son volontariat, Ehrmann se sent d'une autre race que ceux qui l'entourent; il n'a rien de commun avec les Allemands; il a le geste français, libre, souple, non les mouvements automatiques. Au moral, il montre une politesse, une délicatesse, un altruisme, une fleur dont ses compagnons sont dépourvus: ça, c'est la France. Son passage par le régiment ne lui fera que mieux comprendre jusqu'à quel point il diffère des Prussiens et quels liens l'attachent à la vraie mère. De plus, il aura été pour les autres un beau spectacle et des plus utiles, il leur aura découvert ce que vaut l'âme française, de quelles vertus elle est formée. Ingénieuse, serrée et d'une belle noblesse patriotique, la seconde partie du livre de M. Barrés nous émeut. J'aurais voulu, en même temps, donner mon sentiment sur le Préjugé des races, dans lequel M. Finot soutient une thèse qui n'est pas précisément celle de: Au service de l'Allemagne; mais je réserve l'oeuvre si nourrie de M. Finot pour l'article que je me promets de consacrer à la philosophie.E. LEDRAIN.