LES THÉÂTRES

Le Chérubin de M. Massenet, qui avait, paraît-il, soulevé des transports d'admiration à Monte-Carlo, a été accueilli avec plus de calme sur la scène de l'Opéra-Comique. L'éminent compositeur de Werther et du Jongleur de Notre-Dame, pour ne parler que de ses grands succès les plus récents, peut mettre au service d'une oeuvre légère, comme l'est la bluette de MM. F. de Croisset et H. Cain, tous les trésors de son imagination spirituelle et ardente, et l'éclat d'une facture brillante, variée à l'infini, il ne parvient pas à donner la sensation de la gaieté. Il est presque inutile de dire que l'interprétation est excellente. Mlle Carré chante avec infiniment de grâce; M. Fugère se montre, comme toujours, artiste accompli. Quant à Mlle Garden, chargée du rôle de Chérubin, elle est espiègle à souhait, et la gentillesse un peu exotique de sa prononciation n'est pas pour nuire à son succès.

L'Opéra-Italien, installé au théâtre Sarah-Bernhardt, va bientôt atteindre le terme fixé à sa brillante carrière. Le succès de la Zaza, de M. Leoncavallo, s'est accentué aux représentations suivantes, et l'on vient d'acclamer le vieux et toujours jeune chef-d'oeuvre de Rossini, le Barbier de Séville, interprété par le célèbre ténor Masini et Mlle Parini. Nous reparlerons de cette représentation.

Le théâtre Trianon a représenté les Vautours, de M. A. Fresquel, une pièce dramatique dont l'intérêt serait plus marqué si elle ne prenait trop souvent le caractère de pamphlet dirigé contre la religion catholique, il était inutile d'imaginer, à la cantonade, je ne sais quel mystérieux personnage chargé de souffler la discorde au sein d'un ménage de braves gens: la Foi suffisait pour creuser un abîme entre le député socialiste Dariot et sa fille, élevée chrétiennement. M. Brausset, Mlle Besson soutiennent avec vaillance cette lutte qui, je l'espère pour le théâtre, se prolongera longuement. A. de L.

Documents et Informations

La maison de M. Edmond Rostand a Cambo.

La villa Arnage, que M. Edmond Rostand vient de se faire
construire à Cambo pour y résider.
--Phot. Ouvrard.

Depuis plusieurs années qu'il a fixé sa résidence à Cambo, sous le bienfaisant climat du pays basque, M. Edmond Rostand habitait, avec sa famille, un des chalets loués aux baigneurs; mais ce n'était là qu'une installation provisoire; tout de suite, l'auteur de Cyrano avait acheté un terrain, ayant formé le projet d'avoir une maison à lui, construite et aménagée à son gré. Ce projet est aujourd'hui réalisé et la confortable maison rêvée s'élève sur la colline, dans un site délicieux, fait à souhait pour le plaisir des yeux et pour l'inspiration du poète.

Un coup de foudre à Paris.

Arbre stigmatisé par la foudre à Paris,
avenue du Maine, le 18 mai 1905.

Phot. de M. Em. Touchet.

Un violent orage s'est abattu sur Paris, vers 3 h. 1/2 du soir, le jeudi 18 mai, au cours duquel un coup de foudre a frappé un arbre de l'avenue du Maine, en face le numéro 199, à l'angle du passage Rimbaut.

La décharge a atteint l'arbre (un orme) à environ cinq mètres du sol et a suivi le tronc, faisant éclater l'écorce, jusqu'à une distance d'un demi-mètre du trottoir où le sillon se termine. Une personne qui a vu le coup de foudre déclare qu'une boule de feu est partie du pied de l'arbre et a sauté jusqu'au milieu de la chaussée, sans doute sur les rails du tramway, excellents conducteurs du fluide.

Comme on le voit sur la photographie ci-dessous, le sillon est très contourné. Il n'entoure pas l'arbre en spirale comme cela arrive souvent, mais est entièrement situé au sud-ouest, au sud et à l'ouest.

Dès le lendemain matin de l'orage, les ouvriers de la Ville de Paris ont arrangé tout le sillon de la foudre, coupant l'écorce régulièrement et passant le tout au goudron pour protéger l'aubier. C'est ce qui explique la régularité de la blessure sur la photographie et les reflets brillants sur la couche de goudron encore fraîche.

A quelques mètres de l'arbre se trouve une maison de six étages dont la toiture, les conduites de descente, les tuyaux d'eau et de gaz constituent des conducteurs parfaits. L'étincelle atmosphérique a préféré l'arbre. La foudre a parfois des caprices bien bizarres!

La proportion des sexes aux États-Unis.

On sait que, chez tous les peuples civilisés, c'est le sexe féminin qui domine. Les naissances masculines sont toujours un peu plus nombreuses que les naissances féminines, mais il meurt plus de petits garçons que de petites filles et, de 15 à 25 ans, le sexe masculin est en minorité. Les victimes que fait la maternité lui rendent ensuite la majorité jusque vers cinquante ans. Finalement, la durée de la vie étant moindre chez l'homme que chez la femme, le sexe féminin finit par dominer. Ceci est la loi classique en démographie. Mais voici que le dernier recensement des États-Unis semble apporter à cette loi un démenti fort grave. Dans la totalité de la nation, on a, en effet, enregistré un excédent de 1.638.621 individus mâles.

Sans doute, dans certains États, il y a un peu moins d'hommes que de femmes: de 47 à 49 pour 100 habitants; mais dans quelques autres, par exemple dans le Wyoming et le Montana, on constate un excès masculin parfois considérable, pouvant aller jusqu'à 63.

Toutefois, cette contradiction avec la loi reconnue n'est peut-être qu'apparente; car il est certain que l'émigration, si importante aux États-Unis, et qui n'y introduit guère que des éléments masculins, est sans doute la cause de cette inversion numérique des sexes.

D'ailleurs, les femmes sont en grand excès dans les villes. Dans 1.861 villes, on compte un excédent de plus de 200.000 femmes.

La mortalité des hommes est, aux États-Unis comme partout, supérieure à celle des femmes, dans la proportion de près d'un septième.

Comment éviter le mal de mer.

Mille méthodes, procédés et remèdes ont été préconisés pour combattre le mal de mer; quelques-uns font un certain bien; mais, de façon générale, pour beaucoup de personnes, le mal de mer reste un mal odieux et inévitable. Il semble toutefois, d'après M. Legrand, médecin principal de la marine en retraite, que la théorie de la thérapeutique du mal de mer la plus ancienne est encore la meilleure; la vieille théorie mécanique de Kéraudren, de la contention des viscères abdominaux. «Immobilisez le ventre», disait notre compatriote il y a soixante-dix ans. Et l'on répète, aujourd'hui: immobilisez le ventre. Le mal de mer serait essentiellement une asphyxie due à la contracture du diaphragme et au retentissement réflexe de celle-ci sur les grandes fonctions. Avant tout, il faut faciliter la respiration, et c'est pourquoi l'air pur du pont convient mieux que l'atmosphère renfermée de la cabine. Mais il faut aussi immobiliser les viscères: autrement ils viennent frapper le diaphragme et le contracturer. Pour éviter ce choc, il faut sangler l'abdomen. C'est du moins la conclusion à laquelle arrive la Ligue contre le mal de mer. Il faut comprimer le tronc, du pubis aux fausses côtes, au moyen d'une bande de flanelle par exemple, large de 10 ou 15 centimètres, longue de 10 ou 15 mètres, avec laquelle on comprime le ventre de bas en haut, 4 ou 5 heures après les repas. Et il est bon de s'être exercé au sanglage avant de s'embarquer.

L'épargne française.

Dans une communication faite à la Société de statistique de Paris, M. A. Neymarck a établi que l'épargne française possède plus de 23 milliards en actions et en obligations des six grandes compagnies de chemins de fer, actions et obligations réparties et morcelées à l'infini. En outre, cette épargne possède un capital de 26 milliards en rente 3% perpétuelle et en rente 3% amortissable. Le même morcellement s'observe dans ce capital, la même diffusion dans les plus petits portefeuilles. 75% des titres des obligations des chemins de fer et des rentes sur l'État sont au nominatif et constituent un placement en quelque sorte définitif.

Une représentation d'«Antigone» à Athènes.

A ATHÈNES.--Une représentation d'"Antigone" en présence
de la reine d'Angleterre dans le Stade panhellénique.
--Phot. Macropoulos.

Au cours de sa récente croisière dans la Méditerranée, la reine Alexandra, qui vient de rentrer en Angleterre, est allée, on le sait, visiter son frère, le roi Georges de Grèce. Pendant son séjour à Athènes, elle eut l'occasion d'assister à une représentation d'Antigone, donnée au Stade panhellénique, où l'annonce de la présence de la très sympathique souveraine avait contribué à attirer une affluence extraordinaire. Ce fut devant une salle comble, si l'on peut ainsi dire du vaste théâtre en plein air, reconstitué sur le modèle antique, que se déroulèrent les péripéties du chef-d'oeuvre de Sophocle, et, si le décor naturel de la scène était merveilleux, tous ces gradins chargés de spectateurs offraient, sous la splendeur du ciel ensoleillé, un immense tableau vivant d'un pittoresque achevé.

EN MER.--Le canot automobile "Camille" retrouvé et
remorqué par un paquebot.

Le Camille, abandonné en course par son équipage à cause de la tempête, fut, depuis, rencontré, errant au gré des flots, le 23 mai au soir, par le paquebot Tafna, qui mit son you-you à l'eau pour lui attacher une remorqua, et c'est ce que montre notre première photographie. Un officier et deux matelots prirent même place à bord du Camille, qui fut ainsi remorqué toute la nuit. Mais, le lendemain, il piquait dangereusement le nez dans la plume et faisait eau. Son équipage provisoire dut remonter à bord du Tafna. Et le Camille fut ainsi abandonné une seconde fois, à 15 milles au sud-ouest de Toulon.

Le centenaire de Méhémet-Ali Pacha.

A ALEXANDRIE.--La statue de Méhémet-Ali
illuminée pour les fêtes du centenaire.

--Ph. Damadian.

Le 13 mai on a célébré, à Alexandrie, la commémoration solennelle du centenaire de l'avènement du vice-roi d'Égypte, Méhémet-Ali Pacha, mort en 1849. Tout a été mis en oeuvre pour rehausser l'éclat des fêtes organisées à cette occasion: décoration et pavoisement des édifices publics, construction d'un arc de triomphe, etc., et, le soir, l'électricité, apportant aux illuminations son précieux concours, inondait de sa vive clarté la statue équestre de Méhémet-Ali, érigée sur la place des Consuls.

A VENISE.--La salle française à la 6e exposition d'Art international.

A WASHINGTON.--Garden-party offerte, le 12 mai, par le président Roosevelt
aux délégués du Congrès des chemins de fer, dans le parc de la Maison-Blanche.

--Copyright Underwood and Underwood.