LES THÉÂTRES

«J'ai voulu, écrit M. G. Ancey dans la préface de sa comédie: Ces Messieurs, jouée au Gymnase, j'ai voulu simplement, n'accusant personne, ou, tout au moins, accusant en face, montrer la terrible influence que peut prendre le prêtre sur la femme pour leur plus grand péril à tous deux...» Et le vigoureux écrivain qui, un instant, régna sur le Théâtre-Libre, remplit avec usure les conditions de son programme, accumulant à plaisir les prêches laïques et gouverné malgré lui par des préjugés d'une criante injustice. Cette comédie, condamnée à sa naissance par la censure, a fait beaucoup de bruit avant d'être jouée; on l'a accueillie avec calme, mais non sans fatigue, tout en applaudissant, comme de juste, le très beau duo mystique de la fin, où l'auteur, moins intransigeant, se rapproche de la vérité vraie. Mlle Mégard, MM. Calmettes et Dumény tiennent remarquablement les principaux rôles.

Mlle Trouhanova.--Phot. Enrietti.

A la Gaîté, excellente reprise du célèbre Champignol malgré lui, de MM. G. Feydeau et M. Desvallières, avec quelques-uns des artistes de la création, notamment M. Germain. MM. Galipaux, Noizeux, Mmes V. Lavergne et M. Lavigne ont aussi leur bonne part du succès.

Au Théâtre-Italien, le maître incontesté de Siberia, M. Umberto Giordano, a de nouveau capté la faveur du public avec son ouvre de début, André Chénier, drame lyrique très adroitement agencé par M. Luigi Ellica, en se servant des épisodes «classiques» de la Révolution française.

La partition, des plus mouvementées, révèle les exceptionnelles qualités dramatiques du compositeur; elle charme souvent, émeut par moments et ne cesse pas d'intéresser. L'interprétation est excellente: le baryton Sammarco, le ténor A. Bassi et Mme G. Debrazzini s'y font particulièrement applaudir.

Au théâtre de Monte-Carlo, représentations brillantes d'un ballet en trois tableaux de M. Jean Lorrain dont le scénario, émouvant, passionnant même, a heureusement inspiré le musicien, M. Narici. On y a surtout acclamé la prestigieuse danseuse russe, Mlle Trouhanova, qui a créé le principal rôle, celui de la Marietta, avec un brio remarquable.

LE DUC D'AUDIFFRET-PASQUIER

Phot. Piriou, boul. Saint-Germain.
M. d'Audiffret-Pasquier.

Le duc d'Audiffret-Pasquier vient de s'éteindre à l'âge de quatre-vingt-deux ans, à Paris, où il était né en 1823. Depuis assez longtemps déjà, il vivait effacé, après avoir joué un rôle politique considérable pendant la première période du régime actuel. Député de l'Orne à l'Assemblée nationale de 1871, il prit une place influente au centre droit, dans le groupe orléaniste, et, comme président de la Commission chargée de l'examen des marchés conclus pendant la guerre, il prononça des discours véhéments qui le classèrent d'emblée au rang des leaders de la majorité.

Il contribua très activement à la chute de M. Thiers, à la fusion des deux branches de la famille de Bourbon et aux tentatives de restauration monarchique; mais, celles-ci ayant échoué, il se rapprocha du centre gauche libéral, vota la Constitution de 1875 et fut élevé à la présidence de l'assemblée. Il devait plus tard devenir président du Sénat, dont il avait été élu membre inamovible, en tête de la liste.

Bien qu'il n'eût aucun bagage littéraire, le duc d'Audiffret-Pasquier appartenait, depuis 1878, à l'Académie française, où il hérita du fauteuil de Mgr Dupanloup; suivant une de ses traditions, la Compagnie avait voulu surtout honorer en lui l'éloquence parlementaire.

Documents et Informations

Un record électoral.

Ce record assez curieux, c'est assurément en France une commune du Gard qui le détient, d'après les renseignements précis que nous adresse un de nos correspondants. En effet, dans l'espace d'un an, du 1er mai 1904 au 14 mai 1905, à Quissac, chef-lieu de canton de l'arrondissement du Vigan, il n'y a pas eu moins de sept élections: 1° le 1er mai 1904, élection du conseil municipal; 2° le 1er août, élection d'un conseiller d'arrondissement; 3° le 23 octobre, élection d'un conseiller général; 4º le 20 novembre, nouvelle élection d'un conseiller d'arrondissement, par suite de démission; 5° le 11 décembre, élections complémentaires au conseil municipal, pour le remplacement de 7 démissionnaires; 6° le 5 février 1905, même opération pour la même cause; 7° le 14 mai 1905, élections municipales nécessitées par la dissolution du conseil.

Les électeurs de Quissac, on le voit, n'ont guère chômé, et cette fréquence des consultations du suffrage universel n'est peut-être pas l'indice d'un parfait accord entre les divers éléments d'une population que divise notamment la question religieuse (elle compte un tiers de catholiques et deux tiers de protestants). Or, étant donné qu'il s'agit d'une localité de ce Midi où les passions politiques sont vives et les têtes chaudes, la seule mention d'une pareille série de scrutins évoque tout d'abord l'image de scènes violentes: désordres, bagarres, urnes renversées, bulletins lacérés, invectives réciproques, pugilats, intervention de la gendarmerie, procès-verbaux dressés. Eh bien, fait à noter, pendant la période agitée qu'elle vient de traverser, la petite ville provençale ne connut pas ces déplorables incidents; malgré les divergences d'opinions, le devoir civique s'y accomplit avec une parfaite dignité et, du sage esprit de tolérance qui règne à Quissac, on ne saurait donner une preuve plus concluante que ce détail typique: les jours de vote, les partisans des candidats opposés «font la manille» ensemble!

Etudiants et docteurs en médecine.

La nouvelle loi militaire ralentira-t-elle le mouvement qui porte les jeunes gens vers les études médicales? La chose est probable et souhaitable.

En attendant, le nombre des diplômes de docteur délivrés en 1903-1904 a été de 1.143, supérieur de 27 au nombre de l'année précédente; et celui des élèves inscrits au P. C. N. va toujours en augmentant. En 1905, il atteint le chiffre 1.692, le plus élevé qui ait été noté depuis l'application des nouveaux programmes.

Il faut cependant remarquer que le nombre des étudiants en médecine s'est abaissé d'un millier, dans l'espace des dix dernières années: de 7.779 en 1895, il n'est plus, cette année, que de 6.763.

Malheureusement, le nombre des étudiants étrangers a également diminué de moitié, tombant, dans le même intervalle, de 1.137 à 613.

Les éliminatoires anglaises pour la coupe Gordon-Bennett.

M. Rolls, sur voiture Wolseley. M. Bianchi, sur voiture Wolseley.
Copyright Campbell-Gray.
M. Clifford Earp, sur voiture Napier.