LA CATASTROPHE DU "FARFADET"
Une terrible catastrophe vient d'éprouver notre marine de guerre: le sous-marin Farfadet a coulé, avec douze hommes appartenant à l'élite de la flotte. Et, comme si ce n'était pas assez de la gravité du fait même, la douloureuse émotion causée par ce sinistre s'est accrue de la pensée des souffrances et des angoisses indicibles des naufragés, d'une trop longue incertitude au sujet de leur sort, pendant les tentatives de sauvetage réitérées, demeurées vaines, hélas!
| Le lieutenant de vaisseau Ratier, commandant du Farfadet, survivant. | L'enseigne de vaisseau Robin, victime de la catastrophe. | Le maître mécanicien Maheu, victime de la catastrophe. |
L'ÉTAT-MAJOR DU "FARFADET."--Phot. comm. par le Matin.
C'est le 65 juillet, vers 8 heures du matin, que se produisit l'accident. Le Farfadet, construit à Rochefort sur les plans de M. l'ingénieur Maugas, mesurant 40 mètres de longueur, 2 m. 90 de diamètre, et déplaçant 185 tonneaux, évoluait devant l'arsenal de Sidi-Abdallah, au fond du lac de Bizerte, lorsque son commandant, le lieutenant de vaisseau Ratier, donna l'ordre de plonger. A ce moment le panneau d'avant refusa de se fermer; l'eau, y pénétrant, en chassa l'air violemment; le commandant, le second maître Le Troadec et le quartier-maître Lejean furent projetés au dehors: ils durent leur salut à cette circonstance.
Le Farfadet à l'appontement de l'arsenal. Le Farfadet en plongée.
L'avant du Farfadet. L'arrière du Farfadet.
Mais l'enseigne de vaisseau Robin, le maître Maheu, les quartiers-maîtres Moleuc, Reuflet, Simon, Boujard, Rabin, Moulin, Cheval, Lessausse, Rolland et Paume restaient emprisonnés dans le bateau, qui avait coulé à 20 mètres de profondeur. On avait lieu de les supposer protégés par les cloisons étanches et pourvus d'une provision d'air pour plusieurs heures; les réponses faites aux premiers appels des scaphandriers, au moyen de coups frappés contre la coque, confirmèrent cette hypothèse: il y avait donc de sérieuses chances de sauver l'équipage en opérant rapidement le renflouement du sous-marin.
Les travaux, suivis de loin comme de près avec une anxiété poignante, furent entrepris aussitôt, sous la direction de l'amiral Aubert. Malheureusement, une grue s'abattit, des chaînes se rompirent; deux tentatives effectuées en temps utile échouèrent, faute d'un matériel suffisant, et il fallut renoncer à l'espoir, un instant conçu, de ramener vivantes les victimes de ce drame de la mer, dont les péripéties remplissent le coeur de tristesse et l'imagination d'épouvante.
Il est surtout navrant de constater qu'un arsenal neuf, sur lequel on fondait les plus grandes espérances, puisse, à ce point être dépourvu d'outillage qu'un sous-marin, coulé tout près et à une faible profondeur, soit perdu sans ressource. L'arsenal de Sidi-Abdallah est remarquable, paraît-il, à certains égards: il n'est certainement pas complet--la preuve en est douloureusement faite.
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