LA TRANSLATION DES RESTES DE L'AMIRAL PAUL JONES

A PARIS.--La marine américaine et
l'armée française fraternisant.

La translation des restes de l'amiral John-Paul Jones, au sujet de laquelle nous avons publié une information préliminaire dans notre dernier numéro, s'est effectuée, comme il convenait, avec un apparat solennel. A cette occasion, le gouvernement des États-Unis avait envoyé à Paris un détachement de marins et de soldats d'infanterie de marine comptant 486 hommes et 22 officiers, qui, reçus à l'école militaire, trouvèrent auprès de leurs camarades de l'armée française un fraternel accueil.

Le jeudi 6 juin, après une cérémonie religieuse célébrée à l'église américaine de l'avenue de l'Aima, cérémonie où notre gouvernement était représenté par les personnalités les plus qualifiées, la dépouille mortelle de l'illustre amiral fut placée sur une prolonge d'artillerie, attelée de huit chevaux et décorée de drapeaux aux couleurs des deux nations, puis, escortée des troupes du service d'honneur et suivie du cortège officiel, conduite à la gare des Invalides.

A Cherbourg, la préfecture maritime avait fait établir une chapelle ardente dans le hangar de l'appontement des transatlantiques. C'est là que, gardé par des sections américaines et françaises, le corps devait reposer jusqu'au départ. Le samedi 8, les honneurs militaires rendus, un torpilleur de haute mer, Zouave, embarquait le cercueil, qui bientôt était hissé à bord du Brooklyn.


La chapelle ardente sur l'appontement du port de commerce de Cherbourg, gardée par un factionnaire français et un factionnaire américain.

Le transfèrement du corps de Paul Jones de la chapelle ardente sur le torpilleur de haute mer Zouave.

A CHERBOURG.--Le cercueil hissé
par un palan sur le pont du Brooklyn

SUR LA PLACE ROUGE, A MOSCOU.--Prières publiques, le 25
juin, pour la victoire des armes russes.
--Phot. Smirnov.

Le peuple russe est devenu une énigme pour le reste du monde: est-il un peuple de révoltés ou de loyaux sujets? Les faits se succèdent et se démentent. A Moscou, se tiennent les assemblées qui exigent la paix et une constitution nationale; à Moscou, les révolutionnaires assassinaient, il y a quelques mois, le grand-duc Serge et, il y a deux jours, le préfet de police Chouvalof; et c'est à Moscou, sur la place Rouge, que l'on pouvait voir, le 25 juin, une énorme foule d'hommes et de femmes s'associer pieusement à des prières publiques pour le succès des armées du tsar.

L'occupation de sakhaline par les japonais.

Les Japonais ont occupé Sakhaline. Le 7 juillet, l'escadre de l'amiral Kataoka est arrivée à la pointe du jour dans les eaux de l'île. Le lendemain, la position de Korsakofsk, faiblement défendue, tombait entre les mains de l'infanterie de marine nippone. Voilà le grand événement de ces derniers jours dans la guerre d'Extrême-Orient. L'importance de ce nouveau succès des Japonais n'échappera à personne. Pour la première fois depuis le commencement de la guerre, les Nippons pénètrent véritablement sur le territoire russe et, maintenant qu'ils ont Sakhaline, ils émettent déjà la prétention de ne plus jamais s'en dessaisir.

Le général Rotiger, qui remplace le général Sakharof au
ministère de la guerre en Russie.
Phot. C.-O. Bulla.

L'île de Sakhaline est, comme on le sait, une étroite langue de terre qu'un détroit de 33 kilomètres à peine, le détroit de la Pérouse, sépare de l'île nippone de Yéso. La convention d'Aïgoun (1858), ratifiée en 1860 par le traité de Péking, avait donné la presque totalité de l'île à la Russie. En 1876, la partie sud de Sakhaline avait été cédée par le Japon à la Russie en échange des îles Kouriles. Mais le Japon avait considéré qu'il avait fait là un marché de dupes. Les pêcheries de Sakhaline présentent pour les Japonais, qui se nourrissent en partie du produit de leur pêche, une grande importance économique. Aussi, maintenant que le contrat de 1876 est déchiré par la fortune des armes, il semble bien improbable que la Russie puisse jamais en faire rétablir les clauses.

A SAKHALINE.--Un appontement à Korsakofsk.

LES GRÉVISTES ET LE PROCUREUR

Marennes est une petite ville très paisible en temps ordinaire. On y cultive l'ostréiculture avec succès et les autorité y sont respectées tout aussi bien que dans les autres villes. Mais voici que, ces jours derniers, une grève survint, et ce fut la guerre allumée. Un certain nombre d'ouvriers de l'usine des produits chimiques de Saint-Gobain ayant réclamé vainement une augmentation de salaires, avaient cessé le travail. D'autres ouvriers furent engagés pour prendre la place des chômeurs, ce que voyant, les rouges vinrent mettre le siège devant les portes de l'usine. Cela se passait le 5 juillet au matin. Les grévistes, armés de gourdins, étaient rangés devant les grilles de l'établissement et s'opposaient au passage des jaunes. Selon l'usage, on alla prévenir le procureur de la République. Et ce magistrat, fidèle à son devoir et soucieux de sa responsabilité, courut se jeter entre ces frères ennemis et supplia les grévistes de ne plus assiéger l'usine. Ceux-ci trouvèrent plaisant d'arrêter le procureur et de le conserver comme otage. Ils poussèrent le malheureux magistrat contre la grille, l'enveloppèrent dans un cercle qu'il ne songea pas à franchir et, comme il faut bien se distraire un peu pendant les heures de chômage, l'obligèrent à saluer le drapeau rouge. On devine l'émoi que provoqua cet événement quand il fut connu dans Marennes. Les autorités, un peu désemparées par ce fâcheux précédent et redoutant la contagion de l'exemple, n'hésitèrent pas, pour faire délivrer ce prisonnier de marque, à passer sous les fourches caudines des grévistes. Le maire et le président du tribunal civil allèrent, en personne, prier le directeur de l'usine de faire cesser le travail... jusqu'au lendemain. Le lendemain, il y avait enfin des gendarmes devant l'usine.

LA GRÈVE DE MARENNES.--Devant l'usine de produits chimiques de la Compagnie de
Saint-Gobain: les gendarmes protègent les travailleurs contre les grévistes.

C'est devant cette porte que les grévistes ont retenu prisonnier, pendant plusieurs heures, le procureur de la République.