L'EXPERIMENTATION D'UN NOUVEAU SÉRUM ANTITUBERCULEUX.

Quelle épaisseur doivent avoir les murs des habitations?

En hiver, nous chauffons nos maisons; mais il se perd beaucoup de chaleur. C'est la faute des murs qu'on fait trop minces, par raison d'économie. Les murs de 20 à 25 centimètres, qui sont très courants dans les constructions légères, sont absolument insuffisants. Avec des murs de 60 centimètres, les variations saisonnières de température sont beaucoup moins sensibles. Mais, pour bien faire, il faudrait un mètre d'épaisseur,--comme dans les vieux châteaux. Nous ne sommes pas, tant s'en faut, près d'adopter de telles épaisseurs. Au contraire, on les réduit; et l'on peut le faire, grâce à l'emploi de substances qui, tout en ayant moins d'épaisseur, ont autant de solidité. La nature des matériaux importe beaucoup: les substances poreuses perméables à l'air, briques perforées, mortier maigre au sable, ralentissent les variations thermiques. Mais les matières poreuses prennent vite l'humidité. Dans les murs mitoyens entre habitations, on devrait laisser un intervalle de 5 centimètres, qu'on bourrerait de débris de liège, feutre, coton, papier. Entre les étages, dans les entrevous, il faudrait un matelas de mâchefer, de scories, de charbon. Et les toitures devraient être à double paroi, avec matelas d'air interposé. Telles sont les conclusions d'un hygiéniste allemand, M. Nussbaum, de Hanovre, qui vient de s'occuper dé la question.

Prognathisme et dégénérescence.

On entend par prognathisme une hypertrophie du maxillaire inférieur, qui se caractérise, à l'extérieur, par une proéminence du menton, dont la hauteur est exagérée, et une saillie anormale de la lèvre inférieure.

M. Galippe, qui a fait, de cette anomalie, une étude particulière, montre qu'elle s'observe aussi bien chez les animaux que chez l'homme et, en particulier, chez les animaux vivant à l'état de domesticité; et il la considère comme étant toujours un stigmate de dégénérescence.

Ce stigmate apparaît surtout chez les dogues de Bordeaux et chez les mastiffs, et, fixé par voie de sélection, il a donné naissance aux bull-dogs. Il se rencontre également chez certaines espèces de chèvres, de cochons, chez les bovidés (boeufs natos), chez le cheval et même chez certaines espèces d'animaux sauvages.

Dans notre histoire, on trouve d'illustres prognathes, parmi lesquels Louis XIII et Marie-Antoinette. M. Galippe, en présentant un des portraits de cette reine à l'Académie, a fait remarquer qu'il fallait considérer comme inexacts tous les portraits dans lesquels des artistes serviles avaient supprimé le caractère familial pour flatter le modèle. La forme arrondie du maxillaire inférieur et la hauteur de la symphyse mentonnière confèrent aux prognathes une physionomie d'un caractère tout à fait spécial qu'on retrouve chez un groupe de malades dont tout le système osseux subit une hypertrophie particulière, les acromégaliques, dont les géants ne sont qu'une variété.

Une ville intermittente.

Les villes, généralement, comme la plupart des choses, du reste, durent de façon continue, une fois qu'elles ont pris existence: elles finissent bien par disparaître; mais, si leur vie s'affaiblit progressivement, elle n'est jamais totalement suspendue. Leur vie est continue, et non-pas intermittente. Il n'en est pas ainsi, toutefois, pour la ville d'Avalon, en Californie. Avalon est une ville essentiellement intermittente. Située dans l'île de Santa-Catalina, près de Los Angeles, elle n'existe que pendant quatre ou cinq mois par an. Au mois d'avril elle sort de terre. Sur un sol qui n'était qu'un aride désert, des ingénieurs ont établi toute la partie souterraine d'une ville: égouts, canalisation d'eau, etc.; en certains endroits, ils ont planté des palmiers, des arbres. Il y a bien quelques petits chalets sans importance: ce sont les bâtiments administratifs La ville même ne comporte pas une seule maison. Elle est toute en tentes. Celles-ci, remisées à l'abri, en hiver, sortent de leur cachette en avril. On les dresse un peu partout: on peut apporter la sienne ou bien en louer une à l'administration. Elles sont de toutes dimensions; il en est qui ne comportent qu'une seule pièce; d'autres ont un salon, une salle à manger et plusieurs chambres à coucher. Le prix de location est fort modéré. La Compagnie gagne en réalité peu de chose sur la location; son bénéfice est dans la vente des provisions. Elle vend les matières premières à qui veut faire sa cuisine: aux personnes, plus nombreuses, qui veulent être affranchies du souci d'un ménage, elle vend des plats tout préparés. Elle a organisé des tentes de lecture, des tentes de concerts, etc. Et, en été, Avalon contient 80.000 personnes, toutes logées sous d'innombrables tentes éparpillées au bord d'une jolie baie. Elles sont fort confortables, munies d'une salle de bains, d'un cabinet de toilette et du reste. La Compagnie, qui a organisé Avalon, qui est propriétaire des bateaux amenant les voyageurs, des tentes où ils se logent, des restaurants où ils se nourrissent, des cuisines où elle prépare les repas «pour la ville», des magasins de toute sorte, établis pour tenter le public ou lui offrir les objets divers dont il a besoin, est enchantée de sa spéculation. Il est vraisemblable que l'exemple sera suivi et que d'autres susciteront à Avalon une concurrence.

M. Jules Jaluzot.--Phot. Benque.

M. JULES JALUZOT

Un krach sur le marché des sucres à la Bourse de commerce de Paris, la situation critique d'une des grandes maisons de nouveautés de la capitale, la fermeture des guichets d'une caisse d'épargne annexée à cette maison, tels sont les faits, amplement exposés et commentés par la presse quotidienne, qui mettent en vedette le nom de M. Jules Jaluzot.

Né à Corvol-l'Orgueilleux (Nièvre), M. Jaluzot a accompli, le 4 mai dernier, sa soixante et onzième année. Notable négociant, fondateur des magasins du Printemps, dont il a pris et conservé jusqu'à présent la direction, il est, en outre, à la tête d'établissements agricoles et industriels; enfin, depuis quinze ans, il occupe un siège législatif à la Chambre des députés, comme représentant de son département natal pour l'arrondissement de Clamecy. Ses divers titres et qualités expliquent le retentissement public des événements d'ordre commercial et financier où sa responsabilité se trouve engagée.

SPORT ET TRANSPORT

Deux grandes épreuves d'automobile, établies dans un but tout différent, presque opposé, viennent d'avoir lieu ces jours derniers: la course de pure vitesse du Circuit des Ardennes, gagnée par Hémery, à plus de 100 kilomètres à l'heure de moyenne, et le concours pratique, utilitariste, qui a promené dans tout le nord-ouest de la France les derniers modèles de camions, de fourgons et d'omnibus; l'une et l'autre de ces épreuves ont leur utilité et nos grandes maisons de construction d'automobiles n'auront pas manqué d'en tirer les enseignements qu'elles comportent.

Hémery, gagnant du Circuit des Ardennes, sur voiture Darracq, passe devant les tribunes de Bastogne, suivi de Le Blon. Le retour aux Tuileries des véhicules industriels et des fourgons militaires ayant participé au concours de transport dans le nord-ouest de la France.

Les obsèques de l'infant don Fernando: transport
du cercueil à l'église de Saint-Sébastien.

MORT DE L'INFANT FERNANDO

L'infant Fernando, second fils du comte de Caserte, prince des Asturies, et de la princesse, soeur aînée d'Alphonse XIII, décédée à la fin de l'année dernière, a succombé à une méningite, le 4 août, à l'âge de deux ans et cinq mois.

Avant le transfert du corps de Saint-Sébastien à Madrid, où ont eu lieu, à l'Escurial, avec le cérémonial d'usage, les obsèques et l'inhumation du neveu du roi d'Espagne, une cérémonie funèbre avait été solennellement célébrée dans l'église del Antiguo, voisine du palais de Miramar, où est mort le jeune prince.

M. le duc de Sotomayor, grand majordome du palais, le capitaine général de la province de Burgos, les aides de camp du roi Alphonse XIII et du prince des Asturies, conduisaient le deuil.

Le nouveau pont de Valence-sur-Rhône (masquant
l'ancien pont suspendu).

Phot. de M. Sédallian

LE NOUVEAU PONT DE VALENCE.

Dimanche prochain, la ville de Valence sera triplement en fête pour une triple inauguration: celle d'un nouveau collège, celle d'un nouveau parc (le parc Jouvet), et celle d'un nouveau pont sur le Rhône.

M. Loubet présidera lui-même ces cérémonies.

Le collège est construit sur des plans modernes; le parc est dessiné avec beaucoup d'art; quant au pont, il remplacera avantageusement l'ancien pont suspendu qu'on aperçoit en second plan sur notre photographie.

Construit par M. Clerc, ingénieur en chef, c'est le premier pont de pierre jeté sur le Rhône en aval de Lyon depuis le treizième siècle.

Il n'en existe, en dehors de lui, qu'un seul, conservé dans sa totalité, celui de Pont-Saint-Esprit, qui remonte à 1277.

Le nouveau pont de Valence est formé d'arches de 50 mètres d'ouverture, dimension qui a été dépassée pour des arches isolées, mais qui n'avait pas encore été atteinte pour des arches en série.

La construction des arches du pont de Valence a exigé l'emploi nouveau de cintres métalliques à grande portée, dont le montage et le démontage ont donné lieu à des manoeuvres intéressantes.

NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL

Nous consacrons cette semaine notre supplément musical aux concours du prix de Rome.

Le premier grand prix, qui donne à ses titulaires le droit de résider quatre ans à la Villa Médicis, à Rome, a été attribué à deux concurrents, M. Victor Gallois et M. Marcel Samuel-Rousseau. Ce dernier hérite de la place laissée vacante par la démission de M. Pech, qui a quitté Rome pour se marier; il ne sera pensionnaire de la Villa Médicis que pendant les trois ans qui restent à courir sur les quatre ans de M. Pech.

M. Victor Gallois est né à Douai en 1880; il étudia d'abord l'harmonie au Conservatoire de Paris, sous la direction de M. Xavier Leroux et obtint un premier prix; puis il entra chez M. Lenepveu, professeur de fugue et de contrepoint; c'est dans cette classe qu'il a remporté son premier prix.

Ce qui caractérise la «manière» de M. Gallois--on pourra s'en rendre compte par le fragment que nous publions--c'est l'élégance de la pensée et la recherche de l'écriture. Il semble qu'on retrouverait, dans le duo coloré de Maïa et de Jean, certaines harmonies de Léo Delibes, ce qui n'est pas un mince compliment.

M. Marcel Samuel-Rousseau est le fils du regretté compositeur Samuel Rousseau, auteur de la Cloche du Rhin et de Merowig. Egalement élève de M. Lenepveu, le jeune lauréat a déjà fait recevoir à l'Opéra-Comique un drame lyrique en un acte, le Bonheur des yeux, livret de M. Georges Mitchell.

Le fragment de la dernière scène de Maïa, que nous avons choisi dans la cantate de M. Marcel Rousseau, est d'une noble inspiration et même d'un sentiment dramatique assez puissant. M. Rousseau a su créer une atmosphère à ses personnages et la ligne mélodique est commentée et éclairée fort ingénieusement par l'accompagnement.

Il y a là le souci d'une trame harmonique intéressante et très travaillée.

Détail curieux: M. Marcel Samuel-Rousseau a été classé second des deux grands-prix parce que sa cantate portait le numéro 6 tandis que celle de M. Gallois portait le numéro 5; et voilà aussi pourquoi il ne restera que trois ans à Rome.

Mais les deux concurrents sont d'un égal mérite; et, à Rome, débarrassés du poids de l'enseignement scolaire, ils vont pouvoir dégager leur personnalité et leur originalité.

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NOUVELLES INVENTIONS

(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entièrement gratuits.)

LE GOUDRONNAGE DES ROUTES

En ces temps d'automobilisme à outrance, la poussière est devenue sur les routes un véritable fléau contre lequel on ne saurait trop prendre de mesures.

Mais comment la combattre d'une façon radicale, permanente et cependant peu dispendieuse?

Les procédés auxquels on a recours à l'heure actuelle sont au nombre de trois:

L'arrosage à l'eau, l'arrosage aux huiles lourdes rendues solubles dans l'eau et le goudronnage à chaud ou à froid. Le procédé véritablement efficace, le goudronnage à chaud, est le seul dont nous entretiendrons nos lecteurs. Ce procédé est celui préconisé tout particulièrement par le docteur Guglielminetti, dont les travaux sur la lutte contre la poussière sont bien connus et appréciés de tout le monde.

Le goudronnage à chaud, convenablement pratiqué, permet de supprimer à peu près totalement la poussière pendant une année entière, sur une chaussée même très fréquentée, tout en réduisant les frais d'entretien.

Son application, pour être efficace et peu coûteuse, réclame des soins et des appareils spéciaux.

Les meilleurs résultats à ce double point de vue ont été obtenus par M. Lassailly, ingénieur-directeur de la Société de goudronnage, 17, rue de Bourgogne, à Paris.

Les lecteurs nous permettront ici quelques considérations utiles concernant le goudron.

Ce produit, tel qu'il est fourni par les usines à gaz et qui doit être employé très chaud pour pouvoir s'épandre facilement sur le sol et y pénétrer, contient, en dissolution et en suspension, suivant les charbons dont il provient et les procédés employés pour l'extraction du gaz, de 4 à 7% d'eau ammoniacale, génératrice des ammoniaques du commerce. Ce sont les vapeurs de ce produit qui, commençant à se former vers 70-80° soulèvent la masse goudronneuse et font mousser le goudron par-dessus les bords de la chaudière; ce goudron vient généralement s'enflammer au contact du foyer et peut provoquer un incendie. Ce grave inconvénient ne peut être évité même avec des chaudières à foyer amovible comme celles qui existent déjà, car il faut toujours compter avec l'imprévoyance d'un chauffeur et, d'ailleurs, une fois que le goudron a commencé à mousser, il arrive fréquemment qu'on ne peut plus l'arrêter, même en cessant le feu, la chaleur acquise par le foyer étant largement suffisante pour assurer la continuation du débordement jusqu'à la vidange de la moitié du contenu de la chaudière, si ce n'est quelquefois de la chaudière entière.

Avec le goudron Lassailly, dépouillé d'eau et de produits légers inflammables, ce grave inconvénient est supprimé; il peut être chauffé impunément dans n'importe quel récipient et notamment dans les chaudières spécialement fournies pour cet usage, jusqu'à 190° de température; il n'y a d'ailleurs pas lieu d'atteindre ce chiffre, 100 à 120° suffisant largement. Ainsi chauffé il peut être appliqué au moyen d'arrosoirs et de balais; étant beaucoup plus chaud que le goudron brut, qu'on ne peut amener sans danger dans une chaudière ordinaire à plus de 70° de température, il possède l'avantage précieux de s'étendre beaucoup plus facilement.

Le tonneau Lassailly, pour le goudronnage
automatique des routes.
--Phot. de M Martin.

L'appareil automatique que représente notre gravure a donné de remarquables résultats et attiré l'attention des pouvoirs publics, en raison de sa grande rapidité opératoire et de l'économie considérable qu'il permet de réaliser, en abaissant de 0 fr. 25 à 0 fr. 15 le prix du goudronnage par mètre carré.

Nous empruntons sa description au remarquable mémoire du docteur Guglielminetti: les Différents Moyens de combattre la poussière des routes.

Les appareils Lassailly se composent essentiellement de deux voitures: l'une, chauffe-goudron, destinée à porter le goudron à la température voulue (90° environ); l'autre, goudronneuse, prenant le goudron ainsi chauffé dans la première et l'étalant automatiquement sur le sol. Pour les travaux qu'elle a à exécuter dans Paris et la banlieue, la Société Lassailly n'emploie que la seconde voiture, qui vient s'alimenter à l'usine de distillation, à Issy.

La vapeur est l'agent de chauffage et de propulsion adopté; son efficacité est très grande, puisque, en moins d'une demi-heure, on peut charger, chauffer et refouler dans la voiture goudronnante 1.000 litres, soit 1.200 kilos de goudron. Pendant que la goudronneuse étale automatiquement ces 1.000 litres, une nouvelle charge est introduite et chauffée à la température voulue dans le chauffe-goudron et l'opération se continue sans arrêt.

A remarquer dans cette goudronneuse un bac régulateur placé au-dessous de la tonne, dans lequel le goudron est maintenu, suivant les indications d'un flotteur, à une hauteur constante, ce qui permet d'obtenir une vitesse de sortie uniforme et, par suite, un épandage régulier de goudron. Cet épandage se fait au moyen d'une rampe alimentée par ledit bac et percée de trous dont le nombre et le diamètre sont fonction de la vitesse moyenne d'un cheval et de la quantité de goudron à répandre par mètre carré.

Une attention particulière doit être aussi accordée au système de balais-lisseurs qui prennent le goudron chaud au sortir de la tonne et l'étalent en une couche mince parfaitement régulière. Ces balais, absolument mobiles, sont attelés par des chaînes à la voiture et suppriment l'équipe de balayeurs, qui représente le facteur le plus élevé dans l'application du goudronnage, sans compter que ce travail, fait en pleine chaleur, sous les rayons ardents du soleil, constitue un métier très pénible et que l'on peut, sans exagération, taxer de «galérien».

Bref, les appareils Lassailly, tant par leur construction bien comprise que par les résultats qu'ils ont déjà donnés, paraissent réaliser toutes les conditions désirables pour le goudronnage, et nous ne saurions trop engager nos lecteurs que la question intéresse à s'adresser à la Société générale de goudronnage, qu'ils pourront d'ailleurs voir opérer à bref délai dans les différentes rues macadamisées de la capitale (principalement dans le quartier des Ternes), puisque cette Société vient d'être déclarée adjudicataire pour cette année du goudronnage de Paris.

Note du transcripteur: ce supplément ne nous a pas été fourni.