LE RÉCIPIENT «THERMOS»

Une bouteille susceptible de conserver plusieurs jours de la glace, ou de maintenir brûlant un liquide quelconque, du café, par exemple, pendant plus de quarante-huit heures, voilà, certes, de quoi intéresser tout le monde.

La bouteille «Thermos» tient ces merveilleuses promesses.

Disons tout de suite que sa construction est identique à celle des fameux ballons à air liquide, inventés par MM. Dewar et d'Arsonval, et qui sont capables de conserver pendant plusieurs jours de l'air liquide dont la température n'atteint pas 150 degrés au-dessous de zéro.

Tous les corps transmettent plus ou moins bien la chaleur, et le seul moyen de ne pas en perdre ou recevoir, c'est d'interposer un espace de vide parfait entre les corps à protéger et l'extérieur.

Tout invraisemblable que puisse paraître le fait, un espace vide d'air d'à peine 1 millimère d'épaisseur est plus isolant que plus de cent fois son épaisseur de verre ou de tout autre corps isolant.

On démontre, en électricité, qu'une étincelle capable de franchir 0m,50 dans l'air ne peut traverser un dixième de millimètre de vide bien fait.

La raison, au fond, en est très simple: la chaleur et l'électricité réclament, pour se transmettre, la présence d'une substance matérielle, et le vide n'en contient pas, du moins sous la forme ordinaire, puisque les savants admettent partout, même dans le vide parfait, l'existence d'un milieu spécial: l'éther. La bouteille «Thermos» (fig. 1) se compose donc d'une double enveloppe de verre; entre les deux enveloppes se trouve un faible espace, entièrement vide d'air.

La construction de ce récipient est des plus délicates et nécessite de très grands soins.

L'exacte concentricité des deux enveloppes est obtenue à l'aide d'anneaux de feutre, mauvais conducteur, anneaux maintenant un écartement régulier et protégeant la partie intérieure contre la, possibilité de casse par choc.

De même, le fond et le haut du goulot interne sont protégés par une feuille de feutre tassé.

L'extérieur de la bouteille, toujours dans le même but de protection, est recouvert de papier roulé et, finalement, d'une enveloppe métallique, portant une garniture de cuir et une courroie (fig. 2).

N'oublions pas de mentionner que la partie intérieure de la double enveloppe est argentée avant production du vide.

Cette précaution augmente très sensiblement la puissance protectrice de la bouteille.

On sait, en effet, que les corps chauds perdent leur chaleur par rayonnement. Le vide parfait lui-même ne protège nullement contre cette perte, puisque la chaleur rayonnante le traverse aisément, tout comme la lumière; mais la couche brillante d'argent supprime presque entièrement cette déperdition. Si l'on chiffre par 100 la quantité de chaleur rayonnée par le noir de fumée--la substance qui perd le plus par rayonnement--2 ou 3 tout au plus représenteront la perte relative occasionnée par l'argent poli.

La bouteille «Thermos» contient donc tous les perfectionnements permis par la science et rien d'étonnant que ses propriétés paraissent merveilleuses. Comme nous l'avons dit, le petit modèle, le seul actuellement en vente, et contenant près d'un demi-litre, conserve de la glace trois ou quatre jours, et presque autant un liquide à l'état brûlant--sans que ce dernier risque d'ailleurs de le casser.--Le problème de la conservation du lait, soit glacé, soit bouillant, va se trouver résolu avec ce récipient, surtout lorsque les constructeurs en auront établi un type d'une capacité plus considérable, l'efficacité de ces appareils étant proportionnelle à leur grosseur.

Nous n'insistons pas sur l'utilité de ce récipient, en été comme en hiver, pour les touristes, chasseurs ou voyageurs.

La bouteille «Thermos» se trouve en vente à des prix variant de 15 à 20 fr., avec courroie; 13 à 18 fr., sans courroie, suivant richesse de la garniture, aux Galeries Lafayette et au Louvre, à Paris. Pour renseignements, s'adresser par écrit à M. Marcel Meyer, ingénieur, 18, rue Grange-Batelière, Paris.