SCÈNE III

LA SOURIS, par la fenêtre.

Papa Crainquebille! Papa Crainquebille! Papa Crainquebille!

CRAINQUEBILLE.

Hein? Qui est-ce qui parle sur ma tête? C'est-y un miracle?

LA SOURIS.

Papa Crainquebille!...

CRAINQUEBILLE.

Ah! c'est toi?

LA SOURIS.

Où que vous allez comme ça sans parapluie?

CRAINQUEBILLE.

Où que je vais?

LA SOURIS.

Oui...

CRAINQUEBILLE.

Je vais me jeter dans la Seine.

LA SOURIS.

Faut pas faire ça! Y fait trop froid. C'est trop mouillé.

CRAINQUEBILLE.

Qu'est-ce que tu veux que je fasse?

LA SOURIS.

Il faut se remuer, mon vieux papa. Il faut vivre.

CRAINQUEBILLE.

Pourquoi?

LA SOURIS.

Je ne sais pas, mais faut se dégrouiller. Ça ne dure pas tout le temps, la mistoufle. Vous en vendrez encore des choux et des carottes, c'est moi qui vous le dis. Venez avec moi. J'ai un pain, du saucisson et un litre. On soupera comme des millionnaires et je vous ferai un lit comme le mien, avec des sacs et des copeaux, et puis, on verra demain s'il fait jour. Allons, venez, mon vieux papa.

CRAINQUEBILLE.

T'es jeune, t'es pas encore gâté. Le monde est mauvais, t'es pas encore du monde. Gosse, tu peux te dire qu'à ton âge t'as sauvé un homme. Oh! c'est pas une si belle affaire. Y a pas lieu d'en être fier, ça ne urs de la lune, ça n'embellira pas la République. Mais t'as sauvé un homme.

Crainquebille, la tête basse et les bras ballants, remonte la scène sans plus dire un mot.

FIN