SCÈNE PREMIÈRE

LE CAMELOT.

Il est vêtu comme un employé du Louvre; debout sur un tabouret, ayant devant lui, reposant sur un tréteau, une boîte grande comme une petite malle d'où il tire sans cesse des objets qu'il replace aussitôt, il achève de débiter à l'auditoire qui l'entoure le boniment dont voici la fin... A chaque fois qu'il cite sa maison, il soulève son chapeau haut de forme.

... Si la maison Gameron. Cormandel et Cie que j'ai l'honneur de représenter sur cette place, s'est enfin décidée aux sacrifices multiples dont l'énumération vient de vous être faite par moi, ce n'est pas, messieurs, dans un but purement humanitaire, vous ne le croiriez pas. Il est faux, et je ne crains pas de l'affirmer hautement, que la maison Gameron, Cormandel et Cie ait entrepris la ruine des grands magasins ou même du petit commerce, ainsi que des personnes malintentionnées ont essayé de le faire croire en pure perte en répandant à pleines mains des calomnies que nous n'avons qu'à regarder dans les yeux pour les faire rentrer sous terre. Non, messieurs, la maison Gameron, Cormandel et Cie n'a envisagé qu'une chose, une seule. Elle a son importance et je vous la révélerai tout à l'heure. Je ne demande à votre courtoisie bien connue qu'une seconde de patience et j'en profite pour me résumer: les six articles qui sont mis à la disposition de toute personne qui en fait la demande lui sont remis sur un mot, sur un mouvement, sur un geste, sur un simple signe. Ces six articles, dont voici la brève énumération, consistent en: 1° une canne pneumatique se repliant sur elle-même au moyen d'une simple pression des doigts et formant ainsi un objet de menue dimension que l'on peut parfaitement dissimuler dans une poche de moyenne grandeur. Cet objet, entièrement fait d'un métal inoxydable, représente une valeur marchande de trois francs. Je pense, messieurs, n'être pas taxé d'exagération. Il suffit de se reporter par la pensée au prix exorbitant atteint par la main-d'oeuvre aujourd'hui. Je poursuis: 2° une superbe parure de chemise en simili. Les trois boutons pour le plastron. Deux boutons pour les manchettes avec le patin bascule en aluminium réfractaire, susceptible de résister à l'action du feu pendant plus de quatre heures... Puis le bouton pour le faux col, orné d'une ravissante pierre bleue semi-turquoise. Je vous demande, messieurs, et je m'adresse plus particulièrement aux personnes qui ont l'habitude de ce travail... pensez-vous qu'un bijoutier... et je n'entends pas parler ici des Boucherons ou des Vevers...