La psychologie des jumeaux.
On a souvent raconté des choses curieuses sur la psychologie des jumeaux: elle serait très semblable le plus souvent, et il existerait de l'un à l'autre des corrélations singulières et frappantes. Un cas, récemment relaté par M. Ch. Féré à la Société de Biologie, présente, lui aussi, de la singularité. Il s'agit de deux jumelles qui, contrairement à l'opinion générale, ont le caractère très différent. Mais, chose singulière, au même moment, le caractère des deux jeunes filles change. La particularité n'est pas dans ce fait qu'il change, car les mutations de caractère sont chose connue et fréquente: elle est dans ce fait que la mutation est une permutation. Des deux jeunes filles, l'une était expansive, l'autre indifférente. Elles furent, en bas âge, réunies à un frère aîné, un fils que leur père avait eu d'un autre mariage.
La première l'accueillit fort mal et lui a toujours témoigné de l'antipathie. L'autre lui a fait bon visage. La première est blonde, à peau blanche, et grande; la seconde, brune, et courte. Leurs figures sont très différentes. Jusqu'à la treizième année, les deux sieurs ont conservé chacune le caractère qui vient d'être dit. Mais, à cette époque critique, du jour au lendemain, il y a eu changement total. La brune, autrefois affectueuse pour son frère, ne peut plus le supporter: l'antipathie qu'elle a prise pour lui lui donne même de l'animation et de la loquacité: elle s'en moque et le critique sans cesse. Elle a pris tout le caractère qu'avait sa soeur. Et celle-ci lui a pris le sien: elle est devenue apathique, cherche l'isolement, et supporte son frère sans marquer de répulsion. Le frère n'a rien gagné, les parents non plus.