La vaccination contre le choléra.

L'apparition du choléra en Russie, puis en Allemagne, peut faire craindre l'extension du fléau jusqu'à l'extrémité occidentale de l'Europe. C'est par ces pays qu'il a coutume de passer pour venir chez nous.

S'il vient, comme cela est probable, que faut-il faire?

A cette question, il est facile de répondre. On peut très bien indiquer les précautions à prendre. Mais il faut bien se dire qu'on peut, tout en les prenant, devenir aussi victime du mal; le microbe a bien des moyens de se faufiler. Quoi qu'il en soit, il importe essentiellement de réduire le nombre de ces moyens, et c'est ce à quoi on arrivera en observant quelques pratiques très simples. La principale, c'est, en temps d'épidémie, de ne plus employer, comme boisson ou pour la toilette (pour toute la toilette) que de l'eau bouillie. On fait, en se levant, toute sa toilette à l'eau bouillie; on évite de toucher de l'eau non bouillie ou les récipients où il vient d'y avoir de l'eau non bouillie. On se lave soigneusement les mains avant les repas; on ne consomme les légumes et fruits que cuits. Toute l'alimentation, toute la boisson, doivent avoir été stérilisées par la chaleur. Ne pas se fier aux eaux filtrées, ni aux eaux minérales ou dites de source. Aucun filtre existant ne constitue une garantie sérieuse contre n'importe quelle maladie transportée par l'eau; aucun filtre, si coûteux qu'il soit, si scientifiquement compris et attentivement surveillé qu'il puisse être, ne donne la sécurité que procure l'ébullition de l'eau. Pour les eaux minérales, ou de source, il faut bien savoir qu'elles peuvent se contaminer comme les autres eaux de source; elles ne donnent qu'une sécurité illusoire, car elles peuvent être pures pendant un temps et tout à coup cesser de l'être. L'eau bouillie, elle, est toujours pure: c'est la seule eau pure.

Il faut bien se dire, toutefois, que les mesures d'hygiène, de nettoyage, de désinfection, n'ont jamais suffi à enrayer une épidémie de quelque violence. Du reste, aucune maladie infectieuse n'est en voie de diminution, sauf la variole. C'est que la variole est la seule contre laquelle on dispose d'un traitement préventif, qui est la vaccine. On a un vaccin curatif pour d'autres maladies, mais ce vaccin ne diminue pas le nombre des cas: voyez par exemple ce qui se passe pour la diphtérie. On la traite assez bien maintenant; mais, si l'on réduit le nombre des morts, on ne réduit pas le nombre des cas. On ne diminue la proportion des cas de maladie infectieuse que là où l'on possède le vaccin préventif.

Ce vaccin existe pour le choléra. Depuis plus de dix ans on vaccine contre le choléra aux Indes, et avec grand succès; la chose est entrée dans les habitudes et la méthode est si bien assise que l'on ne prend plus la peine d'en faire connaître les bienfaits, pas plus que pour la vaccine en Europe. Pour le degré d'efficacité de la vaccination anticholérique imaginée par M. M. Haffkine, un ancien préparateur à l'Institut Pasteur, il ressort très simplement de quelques statistiques faites aux Indes, à Degubaar, à Karkuri, à Bilaspur.

Voici pour Degubaar:
Cas de choléra. Morts.
Non vaccinés 254 12 10
Vaccinés 407 5 0
A Karkuri:
Non vaccinés 198 15 9
Vaccinés 443 3 1
A Bilaspur:
Non vaccinés 100 5
Vaccinés 150 1

Dans tous les cas qui précèdent, vaccinés et non vaccinés vivaient dans les mêmes conditions, occupés aux mêmes travaux, appartenant à la même classe sociale.

Le vaccin de Haffkine est le seul vaccin que l'on possède contre le choléra. Il est en outre excellent, comme les chiffres précédents le font voir. La durée de l'immunité qu'il confère va de six mois à un an.

Mais il n'est pas curatif: il ne sert de rien de l'injecter à un cholérique. C'est un remède préventif, destiné à rendre les sujets non cholériques réfractaires à l'infection.