Le jeûne des araignées.
Un éminent naturaliste, M. J.-H. Fabre, étudiant récemment les moeurs de la lycose de Narbonne, constatait que cette araignée porte ses petits sur son dos pendant sept mois, et que, pendant ce temps, les jeunes araignées ne consomment absolument aucun aliment. Il concluait de cette observation que c'est la chaleur et la lumière solaires qui remplacent directement, pour elles, l'alimentation. Autrement dit, «la chaleur motrice, chez ces jeunes animaux, au lieu d'être dégagée des aliments, serait utilisée directement, telle que la rayonne le soleil, foyer de toute vie».
Mais il ne semble pas que le problème du jeûne des araignées soit aussi difficile à résoudre.
Un autre naturaliste, M. Lécaillon, ayant conservé pendant huit mois de jeunes araignées en dehors de l'action solaire directe, en hiver, a constaté que les réserves du tissu adipeux de ces animaux étaient suffisantes pour entretenir longtemps leur vie.
Pendant la belle saison même, les araignées restent souvent des mois entiers privées de nourriture, en raison de la rareté des proies qu'elles peuvent capturer sur leur toile servant de piège, ou à l'entrée de leur cachette. La faible étendue de leur champ visuel les expose aussi à ne capturer des proies qu'à de longs intervalles.
Un cas fréquent est encore celui où la femelle est occupée à «garder» son cocon ovifère ou à «surveiller» ses petits. Elle reste alors souvent très longtemps sans prendre de nourriture, négligeant même la proie qu'on lui présente, plutôt que d'abandonner sa ponte, même un instant.
Mais si on lui enlève son cocon de force, elle saisit alors sa proie.
Il est donc évident que la femelle n'éprouve ici aucun dommage et qu'elle est adaptée à pouvoir rester longtemps privée de nourriture.