TREMBLEMENT DE TERRE EN CALABRE
Dès la semaine dernière, alors qu'aucun autre journal illustré français, allemand ou anglais, ne contenait le moindre document, dessin ou photographie, sur le tremblement de terre de la Calabre, L'Illustration réussissait à consacrer cinq pages entières à ce tragique événement. Une organisation perfectionnée et coûteuse, qui ne recule devant aucun effort ni aucun sacrifice pécuniaire pour donner satisfaction aux légitimes curiosités du public, nous a permis, dans cette circonstance difficile, d'arriver, malgré la distance, en même temps que L'Illustrazione italiana, notre excellent confrère de Milan, pour la publication de photographies et de dessins montrant le désastre à Monte Leone, à Reggio, à Tropea et dans toute la région bouleversée. Nous reproduisons cette semaine une nouvelle série de photographies de l'aspect le plus poignant. On se préoccupe de tous côtés de chercher les moyens de soulager cette immense infortune: puisse la vue de ces villes en ruines, de ces scènes de désolation et de deuil, susciter partout des initiatives généreuses!
Aussitôt qu'il eut connaissance de l'effroyable désastre qui venait de désoler le sud de l'Italie, le roi Victor-Emmanuel exprima la volonté d'aller visiter en personne les victimes du cataclysme, leur porter ses consolations et ses encouragements, se rendre compte par lui-même de leur misère. Le 10 septembre, le surlendemain de la catastrophe, il quittait sa villégiature de Raconigi pour se rendre en Calabre. Tout apparat eût détonné au cours de cette visite royale aux pays éprouvés. Le roi, qu'accompagnaient seulement le général Brusati, le général Majo, le major Ravizza et le ministre de la maison royale, M. Ponzio-Vaglia, distança plus d'une fois cette suite restreinte pour s'aventurer seul entre les ruines amoncelées, parmi les pauvres gens éplorés que le plus infime fonctionnaire de village n'avait guère de peine à écarter pour lui faire place. Et à tous ces affligés pleurant leurs proches morts, leur maison ruinée, leur champ ravagé, Victor-Emmanuel adressait de réconfortantes paroles, leur disant, avec une émotion qu'il ne cherchait pas à contenir, la part qu'il prenait à leur peine.
Découverte d'un enfant vivant, après soixante-dix heures
de séjour, sous les ruines d'une maison, à Parghelia.--Phot. Alfieri et Lacroix.
La recherche des cadavres sous les décombres, à Parghelia.
Il parcourut ainsi toutes les localités les plus gravement atteintes: Briatico, Sant'Onofrio, Stefanaconi, Piscopio, Zammaro, San Gregorio, Triparni, où, de Monte Leone, le conduisit son automobile; puis Parghelia, San Constantino et Zugri, etc. A de certains endroits il dut se rendre à pied, les routes étant trop bouleversées pour permettre à l'automobile de passer.
L'éruption du Vésuve qui a coïncidé avec le tremblement
de terre: la route et la voie ferrée électrique obstruées
par les laves.--Phot. du comte J. Romano.
Comme il arrivait à Parghelia, on venait de retirer des décombres un enfant, miraculeusement sauvé de la mort, et qu'on retrouva, demeuré soixante-dix heures enseveli, maigre, hâve, réduit presque à l'état de squelette. Partout des maisons éboulées, des bourgs entiers bouleversés, des amoncellements de débris informes, les poutres des toits s'enchevêtrant parmi les pierres des murailles, quelque chose de lamentable à contempler. Dans presque toutes les localités atteintes, les églises, les plus hauts des édifices, sont tombées les premières; leurs voûtes effondrées jonchent le sol; le peu qui en reste encore debout, colonnes ébranlées, pendantes, murs lézardés, menace ruine, et les fidèles, pour prier, dans ces heures de rude épreuve, ont dû édifier en hâte, au grand air, des autels provisoires, faits des débris des autels détruits, où ils ont transporté les reliques, les images des saints, et devant lesquels ils s'agenouillent sur le sol mal raffermi.
| Le choeur de l'église de Stefanaconi. | Vue extérieure de l'église de Parghelia. | Intérieur d'une maison à Parghelia. Photographies Ch. Abeniacar. |