GRANDES MANOEUVRES ALLEMANDES
Après une revue du 8e corps à Coblentz et du 18e à Hambourg par l'empereur, les manoeuvres allemandes ont commencé le 12 septembre entre le corps d'armée national (8e corps) et l'ennemi (18e corps). Elles ont duré quatre jours. Le 8e corps mettait en ligne 6 brigades d'infanterie ou 12 régiments, 2 brigades de cavalerie ou 4 régiments, et 2 brigades d'artillerie ou 24 pièces. Le 18e corps, accru de la 28e division (55e et 56e brigade d'infanterie) lui opposait 6 brigades ou 12 régiments, 3 brigades de cavalerie ou 6 régiments, 3 brigades d'artillerie ou 34 pièces. La supériorité du 18e corps en cavalerie et artillerie lui a valu la victoire hypothétique. L'hypothèse stratégique mise en avant par le grand état-major allemand était l'exacte contre-partie de celle qu'avait adoptée l'état-major français:
Une armée française venant des environs de Nancy a franchi la frontière allemande, s'est engagée dans ce qu'on appelle la trouée de Sarrebruok, c'est-à-dire dans le couloir assez large compris entre les forteresses de Metz et de Strasbourg, entre les Vosges et leur prolongement, le Hardt d'un côté, et de l'autre le Hunsruck. Elle franchit sans encombre le plateau d'Alzey et assiège Mayence. Poursuivant sa route, le long du Mein, entre le Taunus et l'Odenwald, elle va pénétrer dans la Hesse ou la Franconie, quand une armée nationale, se concentrant à Marbourg, détache en avant vers Coblentz un ou plusieurs corps d'armée, avec mission de franchir le Rhin et de tomber sur les derrières de l'armée d'invasion dont une fraction assiège Mayence. Mais l'envahisseur a prévu le danger. Arrêtant un moment sa marche, il dépêche son aile gauche, à travers les contreforts du Taunus, attaquer de flanc l'avant-garde de l'armée allemande détachée vers Coblentz. Notre carte IV montre très exactement la double direction suivie inversement par les deux avant-gardes, ainsi que les manoeuvres fictives ou réelles auxquelles ce thème a donné lieu.
Le thème général des manoeuvres allemandes.
L'état-major allemand, sans doute pour frapper les esprits, avait conféré la supériorité numérique au 18e corps (représentant l'armée française). La victoire est restée, en conséquence, à l'envahisseur.
On fera à ce propos une remarque qui n'est pas dénuée d'intérêt:
Sans parler de la campagne d'Iéna, en 1806, trois exemples anciens ont pu guider l'état-major allemand dans la conception de cette hypothèse stratégique:
1° La marche de Hoche sur le Palatinat en 1793, son échec devant Kaiserslautern et sa revanche devant les lignes de Wissembourg. Le général républicain réussissait à rejeter les Austro-Prussiens au-delà du Rhin, après avoir débloqué Landau;
2° La prise de Cologne, Coblentz et Dusseldorf par le général Jourdan, commandant de l'armée de Sambre-et-Meuse en 1794, et sa victoire d'Altenkirchen;
3° La seconde campagne de Hoche, à la tête de l'armée de Sambre-et-Meuse en 1797, et sa victoire de Neuwied.
Du côté allemand comme du côté français, on a donc trouvé sur ce terrain historique des leçons à méditer.
J. Delaporte.
Carte montrant les lignes de la Compagnie française des
Câbles télégraphiques sur la côte vénézuélienne.
M. Taigny, chargé d'affaires
de France à Caracas.
Un singulier chef d'État de l'Amérique du Sud, le président Castro, dictateur de la république vénézuélienne, vient de se signaler par une nouvelle fantaisie qui, cette fois, touche directement la France.
Le président Cipriano Castro.
Sous prétexte que la Compagnie française des Câbles ne remplissait pas complètement les obligations de son cahier des charges et n'avait pas assuré de façon parfaite les services télégraphiques avec l'Amérique du Nord, il a fait prononcer la déchéance par les tribunaux à sa dévotion et ordonné la fermeture immédiate de tous les bureaux de la côte, à l'exception de celui de la Guaira, dont il avait besoin pour ses communications avec l'Europe. Ce n'est pas tout: aux réclamations courtoises de M. Désiré Brun, représentant de la Compagnie, il a répondu brutalement par un arrêté d'expulsion.
Ces actes arbitraires, ces abus de pouvoir, constituent à tous égards des illégalités flagrantes; la légitimité de l'annulation du contrat fût-elle admise, qu'elle n'impliquerait nullement une spoliation, et la mesure coercitive prise contre M. Brun, en violation des conventions internationales, ne se justifie pas davantage. Notre gouvernement a donc chargé M. Taigny, remplissant les fonctions de ministre de France à Caracas pendant l'absence de M. Wiener, de remettre au président Castro une protestation et d'exiger de lui les satisfactions que l'affaire comporte.