LES MITRAILLEUSES AUX GRANDES MANOEUVRES ALLEMANDES

Au cours des grandes manoeuvres, l'empereur d'Allemagne et son état-major ont observé avec un intérêt particulier tout ce qui concerne les progrès de l'artillerie.

L'importance qu'ils attachent au nouveau canon, dont nous avons reproduit le modèle dans notre dernier numéro, ne leur fait pas négliger la mitrailleuse, ainsi que l'attestent les documents complémentaires fournis par notre service photographique.

Pont de bateaux en vue d'un ancien château fort en ruines.

Les mitrailleuses d'infanterie allemandes en service.

Les Allemands possèdent, à l'heure actuelle, 16 groupes de ces engins (à 6 pièces, 3 caissons et 80 hommes) et ils on créent de nouveaux tous les ans. Ces groupes sont affectés à des bataillons de chasseurs ou à des régiments d'infanterie Nos photographies représentent, la première, une de ces unités en action; l'autre, des servants portant leur pièce, sorte de «civière-traîneau» qui, en temps ordinaire, est fixée sur l'arrière-train d'une voiture.

Signaux à bras

La mitrailleuse automatique Maxim de nos voisins emploie les cartouches d'infanterie, ce qui facilite singulièrement le réapprovisionnement. Celles-ci sont disposées, au nombre de 250, sur un ruban traversant l'arme. Chaque fois qu'un coup part, le canon, monté sur glissières, recule et actionne ainsi un mécanisme robuste qui met en place une nouvelle cartouche et en détermine ensuite l'explosion, sans que les servants aient autre chose à faire qu'à pointer et à changer de temps en temps le ruban Aussi obtient-on des vitesses de tir pouvant atteindre 500 coups à la minute au polygone, et 250 à 300 sur le champ de bataille. En somme, une mitrailleuse tire aussi vite que 25 fantassins, beaucoup plus juste à cause de son affût; un groupe allemand avec ses 6 pièces, fait donc autant de besogne qu'une compagnie d'infanterie.
L. S.

Un pont de bateaux sur le Rhin

Arcade monumentale inaugurée, à Bruxelles, par le roi Léopold, le 27 septembre.

Une partie des échafaudages pendant la construction
de l'arcade monumentale.

A l'extrémité de la rue de la Loi, à Bruxelles, et à l'entrée de l'admirable avenue qui conduit au domaine royal de Tervueren, s'élève un ensemble de constructions qui abritent le palais ou musée du Cinquantenaire de l'indépendance de la Belgique. Ce palais présente, en façade vers la capitale, deux colonnades en hémicycle que devait relier et compléter, au centre, un motif décoratif, à la fois arc de triomphe et porte de ville.

Au printemps de 1904, le roi Léopold conçut le dessein de faire achever le monument, à l'occasion du 75e anniversaire de l'indépendance, qui tombait, comme on sait, cette année, et d'en faire don à sa capitale.

Il appela un architecte français dont il n'est pas besoin, pensons-nous, de refaire ici l'éloge: M. Charles Girault, le bâtisseur de ce gracieux et spirituel Petit Palais des Champs-Elysées. Et il ne lui imposait qu'une condition: être prêt pour l'anniversaire. Il s'agissait de construire, en dix-huit mois, un monument de 20 mètres de profondeur, 45 mètres de hauteur et 60 mètres de façade--soit 20 de plus que l'Arc de l'Étoile. Combien eussent reculé devant cette tâche!

M. Girault se mit à l'oeuvre. En avril 1904, il attaquait les projets. La rapidité avec laquelle il a mis debout cet arc énorme tient du prodige. Il serait injuste, d'ailleurs, de n'en pas reporter une partie de l'honneur à l'entrepreneur, M. Wouten-Dousten, de Bruxelles, qui lui a été le plus précieux des collaborateurs.

M. Girault. Léopold II. Les sculpteurs.
Le jour de l'inauguration: le roi Léopold, l'architecte,
M. Girault, et le groupe des sculpteurs qui ont
collaboré à la décoration du monument.

Le monument présente trois grandes arcades de 10 mètres d'ouverture. Une ordonnance ionique supporte un entablement d'énergique et élégante silhouette que surmonte un attique décoré, aux angles, de Renommées, et, couronné, au centre, d'un quadrige de belle allure.

Sous la direction de M. Charles Girault, les meilleurs sculpteurs belges ont modelé ces figures et toutes celles qui complètent la décoration de «l'arcade monumentale», comme disent nos voisins. Quant à la partie architecturale, elle est de ce joli et fin granit bleuté de Belgique.

Le procédé de montage a grandement facilité l'exécution rapide des travaux. Deux formidables et très pittoresques échafaudages avaient été construits, en avant de chacune des façades. Un pont roulant courait à leur sommet et déposait l'une après l'autre les assises de pierre, soubassements, pieds-droits, fûts, chapiteaux des colonnes, taillés, parachevés à l'atelier.

Si bien que, le mercredi 27 septembre, le roi Léopold pouvait inaugurer--sans apparat, avec une suite peu nombreuse--le monument tout à fait fini. Il n'a pas ménagé à son architecte les compliments et s'est fait présenter par lui ses collaborateurs, se déclarant émerveillé du tour de force.