La chèvre comme agent de propagation de maladie.

On sait qu'il existe dans la région de la Méditerranée une affection fébrile qui porte le nom de fièvre de Malte. Cette fièvre existe un peu partout dans le bassin de la mer Intérieure, et l'on était si peu renseigné sur ses causes, en même temps que préoccupé de son développement et de ses dangers, que le gouvernement anglais a nommé une commission spécialement chargée d'étudier ce problème. Cette commission vient justement de publier une brochure importante --la troisième de la série--et il semble que les commissaires aient mis la main sur un fait de grande importance. Ils paraissent avoir découvert le mode de propagation du mal, qui, jusqu'ici, restait absolument inconnu.

C'est un peu par hasard. Ils s'étaient demandé si la chèvre--animal très abondant à Malte--peut prendre la maladie, et s'étaient procuré six chèvres de deux troupeaux différents. Avant d'inoculer le micrococcus militensis, le microbe de la fièvre de Malte, ils eurent l'idée de voir quelle action le sérum du sang de chèvre exerce sur ce microbe. Ils constataient aussitôt le phénomène de l'agglutination des microbes par le sérum, preuve à peu près certaine ou bien que les chèvres avaient eu la fièvre de Malte, ou qu'elles y sont réfractaires.

Ceci les amena à étudier les chèvres au point de vue bactériologique, et ils ont constaté que, chez cet animal, on trouve communément le microbe spécifique de la fièvre de Malte en abondance dans les urines et dans le lait. Dans tous les troupeaux on a trouvé des chèvres présentant le microbe, et souvent en quantités énormes.

De ceci on conclut que la chèvre doit être un des agents de transmission de la fièvre de Malte les plus puissants. La chèvre est extrêmement abondante à Malte; on la trouve partout, en ville et à la campagne; vivant au voisinage de l'homme, elle a toutes facilités pour lui communiquer son mal.

Chose curieuse, il semble que la fièvre de Malte doive être considérée comme une maladie de chèvre qui peut se propager à l'homme; mais une maladie de chèvre qui ne provoque pas de symptômes bien définis chez celle-ci et qui ne paraît pas l'incommoder, mais qui, par contre, incommode fort l'homme. Si la chèvre doit être considérée comme la principale, peut-être l'unique source de la fièvre de Malte, il ne reste plus qu'à isoler et traiter les bêtes atteintes et, surtout, à proscrire absolument l'usage du lait de chèvre cru. Le lait doit être bouilli: le plus infecté devient, par l'ébullition, parfaitement inoffensif.

Si les faits annoncés par les bactériologistes se confirment--et il faut reconnaître que leur argumentation se tient très bien--ils auront rendu un service important à l'hygiène du bassin méditerranéen.

La gorge de Malakoff (8 septembre 1855), d'après le tableau d'Adolphe Yvon, au musée de Versailles.--Phot. Braun, Clément et Cie.
Au fond du tableau, à gauche, l'entrée de la rade de Sébastopol, que le peintre d'histoire Adolphe Yvon, spectateur de la prise de Malakoff, a scrupuleusement reproduite, ainsi que le montre la comparaison avec le document photographique ci-dessus.