BEAUTÉS D'ESPAGNE
Mlles de Gonzalez Lopez.
Le caractère même du voyage qu'effectue en ce moment à la cour de Madrid, puis à celle de Lisbonne, M. Émile Loubet, l'apparat dont il est entouré, la précision avec laquelle le protocole en a réglé les détails, son peu de durée enfin, ne permettaient guère au Président de la République l'espoir dégoûter quelques-unes des joies que l'Espagne réserve en abondance aux touristes à qui leurs loisirs permettent les excursions en zigzags.
Il est à présumer que les quelques coins de pittoresque que M. Loubet a pu entrevoir, au milieu des cortèges officiels qui l'emportent, des cérémonies auxquelles il est convié, des fêtes données en son honneur, lui font parfois envier le sort de ces promeneurs moins pressés et point surveillés.
Il va voir Madrid parée et pavoisée. Mais Grenade et son Alhambra, Burgos et sa cathédrale, Séville et l'Alcazar, dont il a lu des descriptions enthousiastes, n'auront point sa visite. Il n'aura connu qu'un petit coin, et non le plus attrayant, de la belle et séduisante Espagne.
Peu de pays ont gardé autant de caractère que la Péninsule. Cette foule grouillante, bariolée, haute en couleurs, qui se presse dans la rue de Ségovie, que nous montrons ci-contre, on peut la retrouver aussi animée, aussi amusante dans n'importe quelle ville espagnole.
Le costume, évidemment, tend ici, connue partout ailleurs, à s'uniformiser, à se banaliser. Le magasin de confections fait tout doucement son oeuvre,--un peu moins avancée, toutefois, que chez nous. Les modes de Paris ont envahi Cadix-la-Coquette, comme Barcelone et Madrid, comme toutes les Espagnes, au moins toutes leurs grandes villes. Le boléro, les jupes courtes à painpilles, ne sont plus de mise que sur les planches de l'Opéra-Comique, et la surprise des Français voyageant tra los montes est grande de voir jouer Carmen en toilettes de ville,--comme chez nous la Louise de M. Charpentier ou le Rêve de M. Bruneau. Mais les jolies Espagnoles ont eu du moins le bon esprit, la sagesse, de conserver, même avec les robes à falbalas au dernier goût du jour, leur coiffure nationale, la mantille de dentelle ou de guipure, si seyante et qui, enveloppant leurs visages de transparentes et légères ombres, donne tant de piquant à leur beauté brune, à leur teint mat ou doré, à leurs yeux sombres.
Jeunes femmes madrilènes se rendant aux courses de taureaux.
Photographies Kaulak et Irigoyen.
Le roi et le prince de Bavière, Tribune de la reine et du président.
La revue de Carabancel (24 octobre): la cavalerie défilant au galop.
Retraite aux flambeaux devant le Palais Royal (soirée du 23 octobre).