ALPHONSE ALLAIS

Alphonse Allais est mort subitement, samedi dernier, à l'âge de cinquante-deux ans. Fils d'un pharmacien d'Honfleur, il était venu tout jeune à Paris pour étudier les sciences; mais, comme il arrive assez fréquemment, sa réelle vocation n'avait pas tardé à l'entraîner dans une voie bien différente, où il devait, d'ailleurs, trouver le succès et conquérir la réputation.

Alphonse Allais.

Après d'heureux débuts au Tintamarre et au Chat-Noir, la publication de monologues fort goûtés, même au-delà de Montmartre, berceau de sa notoriété, il collabora au Gil Blas, devint rédacteur attitré du Journal, puis rédacteur en chef du Sourire. Il aborda en outre le théâtre, en collaboration avec Alfred Capus et y réussit. C'est surtout la Vie drôle, cette série de chroniques, d'une fantaisie si particulière, d'une forme si originale, qui lui avait valu la faveur durable du public; la clientèle de lecteurs fidèles qu'il s'était faite se grossissait de nouveaux contingents quand il réunissait ces feuillets épars en des volumes dont les seuls titres, répétés comme des formules typiques, assuraient la vogue: A se tordre, On n'est pas des boeufs, le Parapluie de l'escouade, etc.

La verve par où Alphonse Allais s'était classé au premier rang des «auteurs gais» n'avait rien de banal ni de grossier; sa «blague» de pince-sans-rire était d'un observateur sagace, d'un fin satiriste, d'un humoriste du bon coin. Estimé du monde des lettres, il excella et sut rester égal à lui-même dans un des genres les plus difficiles à soutenir.