UNE NOUVELLE STATUE DE MOLTKE

Il n'est guère de ville allemande se respectant un peu qui n'ait sa statue de Moltke, voisinant avec celle de Bismarck. Berlin possédait seulement, sur la place Royale, l'effigie du chancelier de fer, face à la colonne de la Victoire. La place réservée, en pendant, au feld-maréchal demeurait vide, le sculpteur Joseph Uphues, chargé de la meubler, se consumant, depuis des années, en efforts, pour mettre au monde un chef-d'oeuvre.

Il ne paraît guère qu'il y ait réussi. Il a campé son Moltke debout, appuyé à une sorte de colonnade qui n'a pour excuse d'être dorique que l'ambition puérile du statuaire d'avoir voulu la a raccorder », comme disent les architectes, avec quelques vilaines bâtisses de Berlin, qui sont du même ordre. Ce siège bizarre est d'ailleurs ridicule de disproportion avec la figure. Mais il v a dans l'attitude que le professeur Uphues a donnée au vieux stratège, les mains croisées, le regard droit, une impression de tranquille confiance qui n'est pas sans caractère.

Le monument entier est en marbre. Ce serait, paraît-il, le plus gros bloc de marbre qu'on ait jamais taillé--au moins dans les temps modernes.--Mais cette statue a attiré encore l'attention sur elle d'une autre façon : c'est à l'occasion de son inauguration, le 26 octobre, que le kaiser a prononcé, verre en main, les paroles belliqueuses qu'on a fort commentées ces jours derniers.