LES ÉVÉNEMENTS DE RUSSIE

La grève monstre des chemins de fer russes nous a empêchés de recevoir jusqu'à présent des photographies de Moscou, de la Finlande et de la Pologne. Notre correspondant de Saint-Pétersbourg a réussi cependant à nous faire parvenir les beaux documents de nos pages 310, 311 et 312.

A Odessa.--La rue Alexandrovskaïa où les révolutionnaires
ont arraché les grilles pour s'en faire des armes.

D'un aspect plus mouvementé encore sont les photographies d'Odessa reproduites ici. Notre correspondant a pris ces instantanés au milieu même de l'émeute sanglante dont le télégraphe nous a apporté les échos. On constate, en les regardant, combien une grande ville en pleine révolution a un aspect différent de celui qu'on serait tenté de supposer. Entre les bagarres, les collisions sanglantes, les heures de pillage et de tuerie, la vie poursuit quand même son cours. Dès qu'on ne se bat plus autour d'une barricade, des gens paisibles, des femmes, s'en approchent sans trop d'effroi. Autour d'un révolutionnaire blessé, que l'on conduit de l'ambulance à l'hôpital, des galopins courent insouciants. Pourtant la page ci-contre est sinistre. Le correspondant de l' Illustration, qui a pris cette photographie, avait assisté, le 2 novembre, au meurtre à coups de crosse d'un étudiant par des soldats, sur un trottoir devant une boutique de tabac (close comme tous les magasins ce jour-là), et en face d'un poste de police. L'émotion le troubla et il manqua le cliché qui eût fixé cette scène de sauvagerie. Mais, un instant après, resté seul en présence du cadavre, avant d'aller chercher une voiture pour le faire enlever, il fit la photographie que nous publions et qui est si simplement tragique: un corps étendu, du sang sur les pavés, un passant qui regarde... sans s'approcher.

Après les excès révolutionnaires et policiers, des excès contre-révolutionnaires non moins graves se sont produits à Odessa comme dans tout le reste de la Russie: l'instantané ci-dessous montre une troupe de ces manifestants qui opposent le drapeau national au drapeau rouge, mais qui sont dans la lutte les plus féroces peut-être.

LA CONTRE-RÉVOLUTION A ODESSA.--Les «réactionnaires», portant le drapeau tricolore national et un portrait du tsar, vont attaquer les révolutionnaires et les juifs.

LES MASSACRES EN RUSSIE: DANS UNE RUE D'ODESSA, LE 2 NOVEMBRE
Photographie de notre correspondant particulier.

LES MANIFESTATIONS A SAINT-PÉTERSBOURG: UNE PROCESSION D'ÉTUDIANTS ET D'ÉTUDIANTES
Photographie de notre correspondant C.-O. Bulla.

LA JOURNÉE DU MANIFESTE IMPÉRIAL (31 OCTOBRE) A SAINT-PÉTERSBOURG: LES DRAPEAUX ROUGES A L'UNIVERSITÉ.

Le tsar, cédant au mouvement révolutionnaire qui s'accentuait en Russie, a signé dans la soirée du 30 octobre, un manifeste accordant des libertés et des droits au peuple russe. La journée du lendemain, où fut publié ce manifeste, fut marquée, dans toute la Russie, par des manifestations tumultueuses qui se centralisèrent, à Saint-Pétersbourg, autour de l'Université impériale: les délégués du parti socialiste ouvrier et les délégués des étudiants arborèrent des drapeaux rouges au balcon de ce monument et haranguèrent la foule, tandis qu'au-dessus du fronton on apercevait un étudiant fixant à la croix une bannière rouge.--Photographie de notre correspondant C.-O. Bulla.

MISS ALICE ROOSEVELT EN CHINE.--Sa réception à la gare
de Péking.
--Photographie h. Martin.

Miss Alice Roosevelt vient, on le sait, d'accomplir un sensationnel voyage en Extrême-Orient,--n'est-ce pas plutôt l'Extrême-Occident en se plaçant au point de vue américain?--Lorsque, il y a quelques mois, elle demanda la faveur de partir avec M. Taft, ministre de la Guerre, allant, à la tête d'une commission d'enquête, inspecter les Philippines, cette fantaisie ne fut pas pour étonner ceux qui connaissent bien la fille aînée du président des États-Unis. Dans tout l'éclat de ses vingt ans, d'une vive intelligence, d'un tempérament actif, d'un caractère indépendant et primesautier, passionnée sportswoman, curieuse de nouveauté et ne détestant pas la représentation, elle réalise le type achevé de la jeune fille américaine. Donc, miss Roosevelt accompagna la mission, à titre bénévole, mettant parmi les uniformes l'aimable contraste de son costume féminin, prenant sa part des réceptions, des fêtes et des honneurs officiels, bénéficiant du prestige de son illustre père, sans préjudice des sympathies conquises par sa bonne grâce enjouée et ses façons «bon garçon». Après les Philippines, l'intrépide voyageuse, en dehors du programme primitif, voulut encore visiter le Japon, la Corée, la Chine, où l'attendait le même accueil. Le 12 septembre, elle arrivait à Péking par train spécial, accompagnée d'une suite nombreuse. A la descente du wagon, elle fut reçue par MM. Rockhill, ministre des États-Unis; Ou-Ting-Fang, ministre des Voies et Communications; Lien-Eang, membre du Waï Wou Pou et, durant les trois jours qu'elle passa dans la capitale chinoise, elle devait être traitée avec une particulière distinction par l'impératrice douairière et l'empereur, auxquels elle fut présentée.