LES FÊTES DE L'ALLIANCE ANGLO-JAPONAISE A TOKIO

Au mois d'octobre dernier, l'escadre anglaise de Hong-Kong venait mouiller dans les eaux du Japon; il s'agissait d'une démonstration pacifique, confirmative de l'alliance anglo-japonaise et concertée d'avance. Donc, suivant le programme convenu, les équipages débarquèrent à Yokohama, d'où des trains spéciaux les conduisirent par groupes successifs à Tokio. Leur visite fut l'occasion de réjouissances varices; ce n'étaient partout que pavoisements aux couleurs accouplées des deux nations, guirlandes de lampions, banderoles portant la formule de bienvenue: Welcome; on avait organise notamment, au parc de Hibya--à peu près l'équivalent de notre jardin des Tuileries --une sorte de grande kermesse: théâtres en plein vent, vastes tentes à l'abri desquelles les blue-jackets fraternisaient, le verre en main, avec leurs camarades japonais, la bière, peut-être aussi quelques autres breuvages, coulant à discrétion et gratis. En outre, pour ajouter un charme à la fête, la municipalité n'avait pas craint de réquisitionner extraordinairement tout un bataillon de geishas, personnes plutôt légères, n'ayant point coutume de se montrer en public.

C'est ainsi que l'on put voir des matelots, même des officiers, agitant de petits drapeaux de papier, «se balader» à travers les rues de la capitale nippone en aimable compagnie. Un certain nombre, ayant célébré l'alliance par de trop copieuses libations, «bourlinguaient» fortement et allèrent échouer à l'ambulance que la délicate et prévoyante sollicitude de leurs hôtes avait aménagée pour un cas qui, d'ailleurs, n'était pas pendable, quoi qu'en aient dit les rigoristes, témoins de cette mémorable bordée.

Anglais, Japonais... et Japonaises fraternisant dans les rues de Tokio

Les gagnants: M. et Mme François Gelper, M. Georges Messing.
LE SECOND MILLION DE LA LOTERIE DE LA PRESSE

Les heureux gagnants du deuxième million de la loterie de la Presse, M. Georges Messing, ouvrier fondeur en cuivre, Mme Gelper, sa soeur, blanchisseuse, et M. Gelper, son beau-frère, ouvrier peintre, habitaient, en un faubourg de Lille et dans la plus étroite des ruelles, la plus petite des maisons. C'étaient de pauvres gens, mais de vraiment braves gens, très travailleurs et très économes, dont le premier souci, à la nouvelle de leur fortune inespérée, fut d'en affecter une large partie à leurs parents moins favorisés du sort, si bien que ce second million, loin de ne profiter qu'à un seul, va faire le bonheur d'une famille nombreuse: il ne pouvait mieux tomber!
M. Georges Messing sur la scène de
son petit théâtre de marionnettes.

Le domicile qu'habitaient Gelper et Messing: allée de la Vieille-Aventure, à Lille. (Les nouveaux millionnaires ont aussitôt posé l'écriteau: A louer.)

M. Georges Messing, M. et Mme Gelper, sont d'ailleurs du plus aimable accueil, et c'est très gracieusement qu'ils ont reçu l'envoyé spécial de L'Illustration que les banquiers de Lille, MM. Pajot et Lefebvre (chez qui ils avaient acheté le billet gagnant), avaient bien voulu conduire auprès d'eux, le soir même de ce 1er décembre qui faisait de ces modestes ouvriers les célébrités du jour. Ils étaient alors en pleine joie: tous les voisins, tous les camarades d'atelier des gagnants s'étaient réunis pour fêter la bonne aubaine et buvaient à la santé des millionnaires; et, aux sons d'un orchestre local, c'était, dans un estaminet voisin, un bal qui, pour avoir été improvisé en quelques instants, n'en était que plus cordial et plus joyeux. Avec beaucoup de bonne grâce, M. Messing, s'arrachant aux poignées de main amies, nous conduisit visiter son théâtre de marionnettes, créé et construit par lui, où, chaque samedi et chaque dimanche, il donnait aux enfants du quartier des représentations très réputées parmi cette jeunesse.

C'est M. Georges Messing et sa soeur Mme Gelper qui avaient pris, en prélevant peu à peu, chacun dix francs, sur leurs maigres gains journaliers, ce billet n° 9606 de la 36e série, qui devait leur rapporter une si considérable fortune. Ils comptent vivre très tranquillement à Lille, dans leur même quartier; leur plus grand bonheur est de ne plus être assujettis aux aléas de métiers pénibles, et leur plus grand plaisir de faire le bien autour d'eux.

La maison de M. Thiers, place Saint-Georges, à Paris: aspect actuel.



La maison de M. Thiers pendant sa démolition sous la Commune.

Vue d'ensemble des ruines de la maison de M. Thiers, place Saint-Georges, pendant la Commune.