Les abeilles, les insectes et les fleurs.
C'est une question fort controversée de savoir si les insectes, en général, et les abeilles, en particulier, sont attirés par l'éclat des fleurs ou par leur parfum. Il y a quelques semaines, M. Félix Plateau signalait à l'Académie royale de Bruxelles le cas suivant: si l'on place un miroir, avec une inclinaison convenable, à 20 ou 40 centimètres de fleurs naturelles, les insectes qui viennent se poser sur ces fleurs semblent ne prêter aucune attention aux images réfléchies. Le savant belge se croyait autorisé à conclure que ce n'est pas la vue des fleurs qui attire les insectes.
M. Gaston Bonnier, qui partage cette opinion, vient de communiquer à l'Académie des sciences le résultat d'observations prouvant surtout combien il est difficile de se prononcer en matière si délicate. Lorsque des abeilles sont occupées, l'après-midi, à recueillir de l'eau sur les feuilles des plantes aquatiques, elles ne touchent pas au miel qu'on leur présente sur ces feuilles ou sur des flotteurs de diverses couleurs Si, au contraire, on tente l'expérience le matin, les gouttes de miel sont rapidement enlevées. Le savant professeur explique la chose par le rigorisme «coutumier» avec lequel les abeilles observent leur consigne. Quand elles sont «commandées» pour aller chercher de l'eau, elles ne se permettraient pas de récolter du miel; le matin, au contraire, il est tout naturel que les abeilles «chercheuses», envoyées en reconnaissance pour trouver un champ de butin, s'empressent de signaler à leurs troupes le miel qu'elles rencontrent. Ce que nous savons des moeurs des abeilles rend assez vraisemblable cette interprétation ingénieuse.