LES THÉÂTRES
L'Opéra-Comique vient de faire entendre deux oeuvres nouvelles qui ont beaucoup plu au public. L'une, les Pêcheurs de Saint-Jean, paroles de M. Henri Cain, n'est rien moins qu'une très belle symphonie dramatique, où le compositeur, M. Widor, affirme une fois de plus les hautes qualités qu'on lui connaît. Musique savante et facilement compréhensible, inspiration soutenue et d'une absolue sincérité, tels sont les mérites divers qui expliquent et justifient le succès de ce bel ouvrage. Mme Triché et un excellent ténor, M. Salignac, contribuent pour une large part à sa réussite. La seconde nouveauté, la Coupe enchantée, livret de M. Matrat, d'après La Fontaine, n'est pas moins remarquable à d'autres points de vue. La partition de M. G. Pierné, légère, d'une expression charmante, et développée suivant la poétique de l'opéra-comique d'autrefois, se distingue des productions anciennes par des délicatesses d'harmonie et d'orchestration que ne recherchaient pas les maîtres du genre.
L'audition des envois de Rome, au Conservatoire, consacre la bonne réputation de MM. Malherbe et Levadé parmi les musiciens. M. Malherbe est un symphoniste très fort; nous lui voudrions moins de science et plus de jeunesse. M. Levadé a charmé davantage les auditeurs, surtout dans son très classique développement du psaume CXI qui contient de très belles parties.
LE CHANTEUR CHALIAPINE
Au théâtre des Folies-Dramatiques, deux maîtres du vaudeville, MM. Kéroul et Barré, viennent de remporter une nouvelle victoire avec trois actes follement gais d'un bout à l'autre: Une veine de...
Les 400 coups du Diable, de MM. V. de Hottens et V. Darlay, au Châtelet: des décors superbes, des danses, des chants, des cortèges à n'en plus finir dans un éblouissement de lumière électrique; il n'y manque qu'un peu de la grosse gaieté des féeries de jadis. Au demeurant, un gros succès.
Le chanteur Chaliapine.
On vient d'arrêter, à Moscou, un chanteur russe célèbre, Chaliapine, basse chantante des théâtres impériaux, qui s'était fait connaître en France, cette année même, de très brillante façon, en interprétant avec un grand talent, à Monte-Carlo, le Mefistofele de Boïto. Chaliapine s'était jeté ardemment dans le parti révolutionnaire. On l'accuse d'avoir entonné, ces jours derniers, dans une réunion politique, un chant d'une violence inouïe. Ce fut la cause de son arrestation.
Chaliapine, ancien ouvrier, avait été lié, tout jeune homme, avec le romancier Maxime Gorki, qui, alors, menait lui-même une existence tout à fait précaire.
Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre
ne nous ont pas été fournis.