Les préparatifs du Congrès.

Pendant que l'on discute avec animation, à Paris et dans la France entière, les candidatures officielles ou probables à la présidence de la République, on s'occupe spécialement, à Versailles, de tout préparer pour recevoir dignement les 900 parlementaires qui, le 17 janvier, éliront le successeur de M. Fallières. Commencés il y a bientôt deux mois, les travaux sont à peu près terminés aujourd'hui. Ce délai peut paraître long à ceux qui savent qu'il y a en permanence, au château, tout un personnel chargé d'entretenir le palais pour le cas où s'ouvrirait, par démission ou autrement, une vacance présidentielle. Mais, cette fois, des mesures spéciales ont dû être prises.

Il y a sept ans, en effet, la lutte, circonscrite entre M. Fallières et M. Doumer, ne nécessita qu'un seul tour de scrutin, alors que, cette année, on en prévoit pour le moins trois. Or, chaque tour, qui amène 300 sénateurs et 600 députés à défiler un à un à la tribune, avec, le pointage et le dépouillement des bulletins, la: proclamation du résultat, la préparation du vote suivant, demande trois heures environ. Commencée à 2 heures de l'après-midi, la séance menace donc de durer jusqu'à minuit, sinon davantage. Il a fallu, par suite, renforcer la buvette. Des commandes fermes ont été adressées aux fournisseurs ordinaires du Luxembourg et du Palais-Bourbon, et, le jour venu, 250 kilos de veau, de jambon et de pain viendront s'emmagasiner dans le garde-manger du palais, à côté d'un millier de bouteilles d'eaux minérales. En outre, deux marmites monumentales ont été installées, où mijotera un bouillon parfumé.

On a dû se préoccuper aussi de l'éclairage, très incomplet jusqu'ici, puisqu'il n'était assuré que par une centaine de becs de gaz «papillon», quantité suffisante d'ailleurs, tous les précédents congrès ayant pris fin avant la nuit ou ayant eu lieu dans les mois aux longs jours. On avait songé, tout d'abord, à l'électricité, mais Versailles, paraît-il, ne peut fournir le courant nécessaire, et l'on dut adopter le bec Auer: il y aura 600 lampes de ce modèle. Quant au chauffage, il est réalisé par un calorifère très puissant.

Les appartements intérieurs ont été tendus à neuf. Le nouvel élu n'a point, à Versailles, ainsi qu'on l'a dit parfois, de chambre personnelle où il puisse, s'il lui plaît, passer la nuit. Seuls, les deux présidents de la Chambre et du Sénat ont droit au logement: ils n'usent d'ailleurs que de la salle à manger mise à leur disposition, pour y convier à déjeuner les bureaux de leurs assemblées respectives.

Dans la salle, les sièges ont été recouverts de cuir jaune foncé. Les membres des deux Chambres s'assoient, sans places marquées, au hasard, ou plutôt, si l'on peut dire, suivant leurs affinités électives.

Les frais assez élevés que nécessite cette mise en état indispensable sont supportés pour un tiers par le Sénat et pour deux tiers par la Chambre. C'est la questure du Palais-Bourbon qui règle et ordonnance les dépenses. En revanche, c'est le personnel du Luxembourg qui assure, le jour de l'élection, le fonctionnement des différents services; au cas où le congrès se prolongerait le lendemain, le personnel de la Chambre remplacerait celui du Sénat. Enfin, douze lignes télégraphiques ont été équipées entre Versailles et Paris; et quatre trains spéciaux ont été commandés aux chemins de fer de l'État: un pour le gouvernement, qui partira de Montparnasse, et les trois autres, qui partiront respectivement de cette dernière gare, des Invalides et de Saint-Lazare, pour les membres des deux Assemblées.