SYMPATHIES POUR LA FRANCE
Le général Sapoundsakis est un homme grand et fort, superbe dans son uniforme bleu foncé très simple, cheveux blancs, moustache blanche. Un visage ferme et doux à la fois, où brillent des yeux dont le regard doit savoir être, tour à tour, impérieux ou plein d'indulgence et de bonté.
Sa longue capote bleue, ses bottes à l'écuyère dont le devant remonte sur le genou, lui donnent tout à fait l'air d'un maréchal du premier Empire. C'est l'impression qu'il nous produit dès son arrivée, et, comme il parle admirablement le français, l'illusion est complète.
Il nous accueille de la façon la plus aimable, la plus paternelle.
--Soyez les bienvenus, nous dit-il. Votre seule qualité de Français vous donne droit à toute ma sympathie!
Puis il lit un mot que le général Eydoux m'avait chargé de lui remettre.
--Ah! le général Eydoux, «notre général», si vous saviez ce que nous lui devons!... Il a toute mon admiration et toute mon affection... Dites-le-lui bien, et dites-lui toute ma reconnaissance dès que vous lui écrirez, car je n'aurai malheureusement pas le temps de le faire, j'ai tant d'occupations ici...
Le lendemain, on nous présentait au commandant Spiliadis, sous-chef d'état-major du général, le même qui, avec 1.800 hommes, enleva gaillardement Preveza. Nous lui demandons de nous raconter le combat de Nicopolis, puis son entrée dans la ville conquise:
--Quand je suis entré dans Preveza, nous dit-il, je me suis dit: Je venge enfin les Grecs, mais je venge aussi les 3.000 soldats français que le fameux Ali pacha fit, en 1812, lâchement massacrer dans les rues de cette ville...
Que de souvenirs français ici! Que de sympathies pour nous, aussi! Ce général, qui se dit le profond admirateur de nos théories militaires et les applique constamment; presque tous les officiers et beaucoup de soldats qui parlent notre langue; les sonneries de clairon ou de trompette qui sont des airs bien connus de nos troupiers; toute l'artillerie de campagne à tir rapide, enfin, qui sort du Creusot... On se sent vraiment dans une atmosphère de sympathie, dans une atmosphère presque française. Et cela suffirait à nous attacher à cette brave armée d'Epire, au milieu de laquelle nous ne nous sentons nullement dépaysés. Il y a plus: un uniforme français apparaît, au milieu des tenues kaki: c'est le capitaine Barès, chef du centre d'aviation de Bue, attaché militaire. Il suit la campagne, qu'il doit étudier au point de vue aviation. Et c'est un homme charmant avec lequel, bien entendu, nous fraternisons tout de suite, sans peine.