LE VOYAGE DU TSAR DES BULGARES A SALONIQUE

Avant d'arriver à Salonique, le 19 décembre dernier, et d'avoir, avec le roi des Hellènes, cette rapide et utile entrevue dont on n'a peut-être pas assez souligné l'importance, le roi Ferdinand avait traversé, sans hâte, à petites étapes de son train spécial, comme en tournée d'inspection, les régions de la Thrace côtière et de la Macédoine occupées, de Dimotika à Salonique, par ses troupes victorieuses.

De Drama, où on lui présenta quelques fameux comitadjis, le souverain s'en alla visiter le port de Kavala qui, au pied du Pangée et en face de Ihasos, sera le prochain débouché bulgare sur l'Égée. Kavala, c'est l'antique Néopolis qui fut le port de Philippe», la capitale reconstruite par le grand roi macédonien, et dont les ruines, à moins de quinze kilomètres de là, sont un but d'excursions traditionnelles. Le roi Ferdinand, qui joint au souci des réalisations présentes un goût assez vif pour les reconstitutions symboliques du passé, dut certainement songer, tandis que ses bottes foulaient les vestiges millénaires des anciennes fortifications de Kavala, qu'il renouait, lui premier roi chrétien depuis la catastrophe byzantine, les traditions oubliées de l'Occident victorieux. Pouvait-il ne point évoquer, à quelques lieues de là, ce fameux champ de bataille de Philippes, où César, maître de l'Occident, et entraînant avec lui les légions européennes, triompha de Brutus et de Cassius, qui, maîtres de l'Orient, revenaient, avec leurs soldats asiatiques, par la route ordinaire des invasions?...

De Kavala, le roi Ferdinand gagna Sérès, et de là, sans avoir averti officiellement les Grecs de son arrivée, il débarqua assez brusquement à Salonique, où ses fils, seuls prévenus, l'attendaient à la gare, tandis que, simplement, un détachement envoyé là à tout hasard lui rendait les honneurs. Ainsi se trouvaient évitées les difficultés assez délicates d'un protocole incertain. Car, si le roi Ferdinand se rendait à Salonique pour s'y rencontrer avec le roi des Hellènes, son intention n'était point de faire une visite officielle au roi des Hellènes, exerçant déjà des droits souverains et définitifs sur cette ville. Et la nuance a son prix.

Après avoir été salué à la gare par les princes Boris et Cyrille, le ministre plénipotentiaire bulgare, M. Stanciof, qui les avait accompagnés, et les officiers supérieurs des troupes bulgares casernées dans la ville, le roi Ferdinand descendit au consulat général de Bulgarie à Salonique. Peu après, le roi Ferdinand alla rendre visite au roi de Grèce auquel, dès les premiers mots, il dit: «Je suis venu ici en simple touriste.» Puis il reçut à son tour le roi des Hellènes et la photographie ci-dessous fut prise à l'issue de cette seconde entrevue.

Le lendemain, qui était la Saint-Nicolas, une messe solennelle fut célébrée à l'église russe en l'honneur du prince Nicolas de Grèce, et le roi Ferdinand tint à assister à cette cérémonie avant de se rendre au déjeuner qui lui était offert par le roi Georges, et où la conversation entre les deux alliés--au lendemain des âpres contestations au sujet de la prise de Salonique et des différents autres incidents gréco-bulgares, très vifs, qui se sont élevés dans la ville même, après l'occupation--fut, assure-t-on, des plus cordiales et certainement des plus opportunes.

Le soir même, le souverain bulgare prenait le train pour Sofia où le rappelaient d'importantes dépêches.

Rechid pacha. M. Novakovitch. M. Danef. M. Venizelos. M. Miouchkovitch.
LES CONVERSATIONS DIFFICILES DE LONDRES: LE DERNIER MARCHANDAGE
Dessin de L. Sabattier.

Aux délégués de la coalition balkanique exigeant de la Turquie l'abandon de tout son empire d'Europe, sauf le maigre hinterland de Constantinople, le premier plénipotentiaire ottoman Rechid pacha a fini par consentir la cession de ces vastes territoires, à l'exception cependant d'Andrinople, encore défendue bien qu'affamée, et des îles de l'archipel turc dont l'empire ottoman refuse désespérément de se dessaisir. Les alliés n'ont pas admis ces réserves et ils ont adressé, le 3 janvier, aux Turcs, un ultimatum qui, faute d'entente définitive, dans la séance de lundi sous la présidence à poigne du délégué serbe, a entraîné une suspension des négociations,--qui doit permettre au conseil des puissances d'utilement intervenir. Car on ne croit plus guère maintenant à la reprise des hostilités: «Dans ces sortes de marchandages, dit irrespectueusement le Times, qu'il s'agisse de la vente d'un tapis dans un souk de Bagdad ou de la vente d'un cochon à la foire de Connaught, il arrive fatalement, au moins en apparence, un moment d'extrême tension. Les parties haussent le ton. L'acheteur sort de la boutique, de la façon la plus énergique. Le vendeur, de son côté, jette son tapis d'un air non moins résolu. Mais généralement ce moment critique est celui où le marché est le plus près de se conclure...»

LES OPÉRATIONS DE L'ARMÉE GRECQUE CONTRE JANINA.--La bataille de Pesta (15 décembre 1912): une pièce de 105, en batterie sur la route, tire à un angle de 45 degrés, par-dessus une colline, sur les ouvrages turcs de Pisani. Photographie Jean Leune.--Voir l'article, page 21.