UN GRAND HOMME D'ÉTAT

ESPAGNOL

M. Moret.--Phot. Cabjet.

Le président, de la Chambre et ancien président du Conseil espagnol, M. Moret, qui vient de s'éteindre à Madrid, incarnait réellement un demi-siècle d'histoire de l'Espagne, car peu d'hommes d'État auront joué un rôle si continu dans des régimes aussi divers: élu député indépendant en 1863, sous le règne d'Isabelle II, il fut tour à tour ministre du dictateur maréchal Serrano, d'Amédée de Savoie, de la République de 1873, d'Alphonse XII, de la reine régente Marie-Christine, et enfin, depuis l'avènement d'Alphonse XIII, chef de trois ministères, en 1905. 1906 et 1909. Dans ces hautes fonctions, il brilla surtout aux Cortès par son admirable éloquence, joignant à la faconde andalouse les qualités d'esprit britannique qu'il s'était assimilées durant son ambassade à Londres. Par contre, il échoua dans la réalisation de la plupart de ses projets politiques, quelques-uns aussi importants que l'autonomie coloniale, quand il était ministre d' «Ultramatar», en 1898, ou la révision constitutionnelle. Port ulcéré depuis, M. Moret, après avoir parlé de se retirer et de bouder la monarchie, avait fini par accepter, à la mort de Canalejas, la présidence de la Chambre, où il semblait prendre une retraite honorifique, tout en voyant le chef du cabinet actuel, M. de Romanonès, ressusciter son ancien programme d'attraction des gauches au régime. Ni l'âge, ni les déboires n'avaient altéré sa belle prestance et, malgré ses soixante-quinze ans, rien ne faisait prévoir sa mort, presque subite, d'une attaque de grippe médullaire; il se préparait à partir en villégiature pour le Midi de la France (c'était un sincère ami de notre pays). M. Moret possédait déjà sa statue, érigée de son vivant à Cadix, sa ville natale, par la gratitude et l'admiration de ses concitoyens.