DOCUMENTS et INFORMATIONS

La T. S. F. à Hanoï.

L'antenne. Le poste.
Le nouveau poste de T. S. F. à Bac-Mai (près Hanoï).

Le gouverneur de l'Indo-Chine vient d'inaugurer le poste de télégraphie sans fil récemment installé à Bac-Mai, à 3 kilomètres d'Hanoï.

Cette station est actuellement la plus puissante de l'Extrême-Orient; elle fait partie du réseau local de l'Indo-Chine qui comprend déjà trois autres postes, cap Saint-Jacques (Cochinchine), Kien-An (Haïphong), Quang-Tchéou-Wan (Chine), et qui doit être relié au grand réseau intercolonial par la station centrale de Saïgon dont la construction va être commencée.

Le poste de Bac-Mai dispose d'une puissance de 35 kilowatts et emploie l'étincelle musicale. L'antenne comprend deux éléments:

Une nappe horizontale formée par 10 fils bimétalliques que supportent 4 pylônes en acier, de 75 mètres de hauteur, disposés aux angles d'un rectangle de 150 mètres de longueur sur 50 mètres de largeur.

Deux parties inclinées, l'une vers le poste, l'autre vers le bout libre de l'antenne, soutenues par deux petits pylônes placés respectivement à 80 et à 220 mètres des pylônes principaux.

Ce système d'antenne a une longueur totale de 480 mètres et couvre une surface totale de 15.000 mètres.

Avec le tiers de la puissance disponible, Bac-Mai a été entendu par le petit poste du cap Saint-Jacques, situé à 1.200 kilomètres dont 1.000 kilomètres de forêts et de montagnes élevées; ses signaux ont été reçus, le jour, par des navires se trouvant à plus de 2.600 kilomètres. La portée nocturne n'a pas encore été déterminée, elle atteindra probablement 4.000 à 4.500 kilomètres.

Tous les appareils, de construction exclusivement française, ont été installés sous la direction du capitaine Péri, chef du service radiotélégraphique de l'Indo-Chine. Ces résultats prouvent une fois de plus que, malgré les allégations contraires, notre matériel technique de T. S. F. vaut largement celui de l'étranger; ils confirment en outre la compétence des officiers chargés d'établir notre réseau intercolonial.

Floraison exceptionnelle de l'amandier.

La douceur extraordinaire de la température dont nous avons joui jusqu'en ces jours derniers a provoqué des avances de végétation tout à fait anormales; on a pu cueillir des roses superbes, pendant le mois de décembre, dans les jardins de M. Cochet-Cochet, à Coubert (Seine-et-Marne).

Mais il est particulièrement curieux de comparer quelques dates de floraison de l'amandier, depuis huit ou dix ans: 25 janvier en 1913, 24 février en 1912, 28 février en 1906, 7 mars en 1905, 11 mars en 1911, 12 mars en 1910, 20 mars en 1907, 23 mars en 1908.

L'hiver 1912-1913 apparaît donc comme beaucoup plus doux que les hivers bénins auxquels nous sommes habitués. Les froids récents ont arrêté la végétation sans grand dommage pour l'agriculture; la vigne, notamment, n'était pas encore assez avancée pour souffrir de cette modification brusque de l'état atmosphérique.

Le plus grand aqueduc du monde.

On vient d'achever aux États-Unis un aqueduc qui, par la longueur du parcours autant que par les difficultés et la rapidité de construction, semble l'emporter de beaucoup sur tous les travaux exécutés jusqu'ici.

Cet aqueduc est destiné à alimenter en eau potable Los Angeles, une des principales villes de Californie. Mesurant 235 milles de longueur, soit 376 kilomètres, il peut actuellement amener chaque jour un million de litres d'eau répartis en cinq réservoirs. Partant des montagnes de la Sierra Nevada, il traverse le désert de Mojave et atteint la vallée de San Fernando où la conduite en maçonnerie est remplacée par des tubes en acier de 6 pieds de diamètre.

Les travaux furent commencés en 1905, et, à partir de 1908, ils occupèrent une armée de 5.000 ouvriers. On se trouva en présence de difficultés considérables pour l'approvisionnement en eau et en vivres, la distance des chantiers à une voie ferrée variant de 5 à 35 milles. Il fallut, dès le début, créer 390 milles de chemins, poser 120 milles de rails dans le désert et installer 350 milles de lignes téléphoniques. Au cours de l'été, la température atteignait 49 degrés centigrades. Sur une longueur de 53 milles l'aqueduc est formé par un tunnel creusé dans le granit.

L'eau suit la pente naturelle du sol, partant de l'altitude de 3.812 pieds pour arriver à celle de 276 pieds à Los Angeles.

Ce travail gigantesque a coûté 125 millions; sauf sur un parcours de 9 milles, il a été entièrement dirigé par l'administration municipale.

LE RÉSEAU
DES PRIMEURS ET DES FLEURS

A l'occasion du concours général agricole qui vient de se tenir au Grand Palais, la Compagnie P.-L.-M. nous a présenté, en cet aride mois de février, un hall fleuri rappelant par l'abondance, la fraîcheur et la variété des coloris, les plus jolis décors de l'horticulture française aux expositions de printemps. A côté des roses, des anémones, des giroflées, des oeillets cueillis dans les jardins de la Méditerranée, les légumes de Provence ou d'Algérie faisaient ressortir l'or des oranges et des citrons récoltés à Nice, à Blida, au Maroc, chantant aux Parisiennes encadrées de fourrures les bienfaits du soleil. Une telle exposition, irréalisable il y a une vingtaine d'années seulement, apparaît aujourd'hui comme une chose toute simple. Nous sommes, en effet, habitués à fleurir nos salons hiver comme été; les fraises embaument nos tables avant que les marronniers aient achevé leur feuillaison, nous savourons les petits pois d'Algérie quand ceux de Clamart sont à peine sortis de terre. Ces résultats, dont le réseau P.-L.-M. a voulu nous offrir une synthèse amusante, ont, pourtant, nécessité un effort considérable et un grand esprit de suite.

Les Compagnies du Midi et d'Orléans ont montré un zèle louable; mais la question a été résolue avec une ampleur exceptionnelle par la Compagnie P.-L.-M., dont le réseau court sous tous les climats, depuis les plaines de la Beauce et les hautes vallées alpestres jusqu'aux rives africaines de la Méditerranée.

Il fallait, avant tout, assurer la rapidité de transport, problème que rendent particulièrement ardu l'affluence des voyageurs hivernaux, la longueur du parcours entre la région de Nice et Paris, la nécessité d'arrêts fréquents pour recueillir les colis amenés sur des points multiples de la grande artère.

Graphiques montrant la progression du trafic des fleurs
et des primeurs, en grande vitesse, sur le réseau P.-L.-M.

Naguère encore, les fleurs expédiées de Nice étaient remises, dans la mesure du poids disponible, à certains trains de voyageurs, à l'exclusion des grands rapides. Devant l'accroissement du trafic, la Compagnie n'a pas hésité à créer un train spécial, à marche accélérée, qui ramasse les colis de fleurs dans tous les centres d'expédition situés entre Nice et Marseille. De cette dernière gare les fourgons sont acheminés par des trains rapides ou express sur leurs différentes destinations: Paris; Londres, via Boulogne; la Belgique, la Hollande, l'Allemagne, via Jeumont et Petit-Croix; la Suisse, via Genève, etc.

Dans ces conditions, les fleurs cueillies à Nice le matin et expédiées à une heure du soir parviennent à:

Durée
de transport.
Paris, le lendemain à 10 h. 30 matin. 21 h. 30
Boulogne, 6 h. 30 soir. 29 h. 30
Francfort-sur-Mein, 11 h. 01 soir. 33 h.
Londres, surlendemain 4 h. 30 matin. 39 h. 30
Bruxelles, 5 h. 06 matin. 40 h.
Cologne, 6 h. 58 matin. 40 h. 58
Berlin, 8 h. 06 matin. 42 h.

Pour les fruits et primeurs, l'organisation est plus complexe.

Indépendamment des trains de messagerie habituels, la Compagnie met en marche, chaque jour, de six à dix trains spéciaux de denrées qui assurent le transport rapide des fruits et primeurs en provenance de l'Algérie ou du midi de la France, à destination de Paris, de l'Angleterre, de l'Allemagne et de la Suisse. La vitesse moyenne atteint 60 et 65 kilomètres à l'heure sur la majeure partie du parcours, et la durée totale du trajet Marseille-Paris varie de 22 à 24 heures.

La région d'Avignon et de Barbentane, centre de production le plus important du réseau, est desservie par trois groupes de trains qui partent respectivement d'Avignon entre 2 heures et 4 heures de l'après-midi, entre 7 heures et 9 heures du soir, entre 1 heure et 4 heures du matin. Ces trains arrivent à Paris le lendemain entre 10 heures du matin et 1 heure, entre 3 heures et 5 heures de l'après-midi, ou le jour même entre 7 heures et 11 heures du soir.

Des services de correspondance rapides, créés par les Compagnies du Nord et de l'Est et par les chemins de fer allemands permettent aux fruits et légumes expédiés d'Avignon d'arriver à Londres en 37 heures, à Cologne en 40 heures, à Berlin en 68 ou 72 heures.

Pour éviter les effets de la chaleur et de la fermentation en cours de route, le P.-L.-M. a fait construire des wagons spéciaux, largement aérés, avec caisse et toiture à doubles parois, admis à franchir la frontière sans transbordement; 2.900 voitures de ce type sont actuellement en service.

En même temps qu'elle doublait presque la rapidité du transport, la Compagnie réduisait les tarifs dans des proportions dépassant souvent 60% et dont le tableau ci-dessous fait ressortir l'importance.

Tableau montrant un exemple des réductions de tarifs
appliqués par le P.-L.-M. au transport en grande vitesse
des fruits et légumes frais. (On a négligé les centimes.)

Dans ces conditions, le trafic intérieur, le trafic international et le trafic franco-algérien devaient suivre une marche ascensionnelle constante que résument les graphiques ci-dessus. (Les périodes de baisse correspondent, en général, à des années de mauvaise récolte.)

Enfin, l'administration du P.-L.-M. ne s'est point seulement préoccupée de diminuer le temps et le prix du transport; elle a encore envisagé la question de l'emballage qui joue un grand rôle dans le commerce des fruits et des primeurs. Elle a établi des concours d'emballage dans toutes les régions desservies par son réseau: à Marseille à Digne, à Bastia, à Avignon, à Lyon, à Auxerre, à Beaune, à Nice, à Antibes, à Tunis, à Bizerte, etc. Cette initiative a produit d'excellents résultats, car les fruits du Midi nous arrivent plus frais et plus beaux qu'il y a dix ans.

Ils nous arrivent également meilleurs, car la Compagnie a distribué gratuitement dans nos départements méridionaux et en Corse une quantité considérable de boutures de vignes, des milliers de plants de fraises, des semences de tomates et de pommes de terre très appréciées sur certains marchés: elle a encouragé la production de la prune «reine-Claude verte» et de la mirabelle, en donnant un grand nombre de beaux plants de ces deux variétés dans les régions convenant le mieux à la culture du fruit.

Notons enfin que la Compagnie a institué en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, en Suisse, des représentants et des agents commerciaux destinés à servir de trait d'union entre la clientèle étrangère et les producteurs de Provence. Ces agents font connaître à nos cultivateurs les goûts des acheteurs, et, d'autre part, ils indiquent aux marchands de Londres ou de Berlin, par exemple, les sources d'approvisionnement.

Il y a là un ensemble d'efforts admirablement raisonné et un esprit d'initiative qui font le plus grand honneur à la Compagnie P.-L.-M. et dont profitent également le producteur et le consommateur.
F. Honoré.

Les oeillets de la Côte d'Azur. Bouquetières niçoises en costume du pays.